19/10/2005

Le char de l'état navigue sur un volcan

Le capitaine Ubu reprend la barre.
 
Beaucoup d'agitation ces derniers jours, en plus d'un coup de fatigue. Il faut dire que l'actualité progresse plus vite que ce que mon pauvre cerveau peut enregistrer : je ne fonctionne que par éclairs, on ne me propose que des rediffusions.
 
Le gouvernement campe sur ses positions, avec la satisfaction du travail bien fait - puisque les ministres nous le disent - et l'orgueil d'avoir agi par nécessité... Autrement dit, le cochon de travailleur est un paresseux tandis que le gentil fraudeur, qui planque ses billes au Luxembourg, est un poète qui s'ignore et à qui on propose de se libérer de ses états d'âme par une déclaration eunuque, faute d'avoir été unique...  Et puis il faut bien lutter contre le chômage des jeunes "pensionnés". Relancer la productivité avec des métallos de 59 ans, au moins, il fallait y penser ! Il est vrai que les fesses des ronds-de-cuir s'éliment moins vite, à moins que des frais de bouche indigestes, les gabegies financières des grands prix inutiles ou les diverses aides aux entreprises  - les pauvres, on les ignorait à ce point sinistrées - ne justifient tous ces soucis...  On a le métier pénible qu'on peut : on voit ainsi des politiciens de premier plan - c'est en tout cas ce qu'on leur fait croire - qui guignent les rares postes de gouverneur de province, instance qu'une fédéralisation hâtive nous avait presque fait oublier.
 
Autrement dit, cher trimeur, si tu travailles au quotidien, c'est ta faute : tu n'as rien compris à notre "nouveau" monde qui prend des parfums aigres de dix-neuvième siècle en se gargarisant des servitudes du progrès. Les partis politiques camouflent leur incompétence et leur goût de la prévarication  sous les oripeaux grisés de leur engagement : ils nous préparent un avenir. Au même moment, lors de la journée de la pauvreté, des chiffres sortent : un Belge sur sept vit avec moins de 750 euros mensuels, à la limite de la pauvreté. En gros, le parachute d'un patron de grosse société lui permettrait de s'offrir combien de ces pauvres soldés ? Cent ? Mille ? Et le chômage structurel - nos politiciens et nos entrepreneurs seraient-ils des incapables ? Un doute m'étreint -  les pousse, ces fâcheux pauvres,  à accepter des emplois acceptables (tiens, et les inacceptables ?) dans des conditions parfois inacceptables. Notre système social est donc sauvé : le pauvre se paupérise, le gros boursier plane et éternue, la Belgique s'enrhume.
 
Il faut assister, perfuser l'économie : la dignité de l'entrepreneur est à ce prix. Le pauvre est un rêveur : il ne calcule même pas le prix de ses folles exigences, il ne réalise pas l'essentiel. La classe moyenne est rapace : elle vivote dans un flou peu artistique, au quotidien, s'endette et bascule parfois. Ce sont les deux groupes sociaux qui s'opposent à la prospérité économique, voyons...Tandis que le gros actionnaire ou le gentil patron nous sauve au prix de ses impérissables royalties, que de mauvais esprits nommeraient peut-être racket : le retour des rentiers...
 
Le politicien moyen nous sortira sans doute que ce n'est pas la rue qui décide : avant d'édulcorer son discours par d'insupportables sucreries dans quelques mois, du côté de nos sempiternelles élections où, promis-juré-craché, de nouveaux projets de société, des plans de sauvetage affriolants, des projets de formation exhaleront leurs parfums rances à nouveau. Et les experts, des trémolos dans la voix, de nous rappeler notre bonheur de ne pas être refoulé dans le désert...
 
Le capitaine Ubu reprend la barre mais il hésite encore entre la Lusitania, le Titanic et l'Erika : peut-être se contentera-t-il d'une péniche au fil de l'eau.
 
 

08:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Cher Ube... le prends pas mal, hein! (...) le pauvre se paupérise, le gros boursier plane et éternue...
- qui a élu la classe politique, le gros beurk sale riche de sa race, ou le pauvre gentil pauvre bien consciencieux et tout et tout et pas rapace pour un sou mais pauvre, pauvre et pauvre, héréditairement et irrémédiablement pauvre de sa caste?

Je suis toujours étonné par les clivages riche/pauvre, gentil/méchant et en général par toutes les catégories "fourre-tout" illusoires d'appartenance des êtres humains.
Discours purement politique, jamais humain.

Ubu, choisis mieux la flotte, tous les navires n'ont pas sombré... ou alors reste sur la terre ferme.
Ne dit-on pas que le bonheur est dans le pré?

Écrit par : 1789 | 19/10/2005

*** Cher Ubu
L'Histoire est en marche et l'orgueil des puissants sans limites. Le mélange est explosif: plutôt que d'accepter l'intenabilité du système capitaliste dans un contexte mondial, ils préfèreront laisser l'occident se re-paupériser sous l'argumentation implacable du: travaillez plus longtemps pour moins de confort où nous déménageons en Chine, vous êtes d'ailleurs invités à nous suivre et y gagner les 100 euros syndicaux d'application là-bas...
A quand un politique qui nous dirait, en substance: il est inacceptable qu'à l'heure où les problèmes matériels de la vie sont maîtrisés, la plus grande partie de la population vive encore sous le joug du travail effrenné et dans la précarité?
Bref, plutôt que de changer radicalement de vision de la société, "on" préfère nous parler de réalisme économique et laisser le bateau sombrer... comme pour le titanic, il y a quand même assez de place dans les chaloupes pour ceux qui ont eu l' "intelligence" de se sucrer un maximum sur nos bon principes socialo-libéraux...
Comme je le disais lors d'un post précédent, sous une autre forme, les oligarques ont très bien compris (mais même là, quand ils se pensent modernes, ils sont antiques) que tant que le peuple a du pain, il ne se soulèvera pas...
Ils se disent modernes, ils parlent de progrès, mais ils restent engoncés dans une invention pluri-millénaire: l'argent...

Écrit par : gorgo | 19/10/2005

Petits et gros fraudeurs. Ou fixer la limite du tolérable? Cher Ubu,
Pour le fric planqué, l'argent noir, les fraudeurs fiscaux et sociaux, plutôt que les amnistier, il faut les faire payer... Et ça, ce n'est pas compliqué, SI ON LE VEUT VRAIMENT.
On peut vérifier le niveau de vie et contrôler qu'il correspond bien aux revenus.
Je m'explique: quelqu'un qui a sa maison, sa maison de campagne et son yacht DOIT NECESSAIREMENT avoir plus de 1.000 euros de revenus par mois pour les garder en état.
Le fisc s'y était attelé et avait inventé les "signes de richesse" (posséder deux voitures, un cheval de selle, un bateau...) et décidé qu'il faut des revenus minimaux de X Y ou Z selon le nombre de signes de richesse.
Pour augmenter la finesse des mesures, il avait trouvé qu'il serait pratique d'exiger, par exemple, des agences de voyage qu'elles révèlent les noms et adresses des personnes qui "achetaient" des voyages pour plus de 1.000 euros, je crois. Tollé général: pas toucher à la vie privée, état policier... (et j'en passe)!
Autrement dit: interdire de frauder, mais interdiction de débusquer les fraudeurs...
C'est là toute l'ambiguîté des gens: en chassant les "gros" fraudeurs, on trouvera aussi les petits, ceux qui font un petit travail au noir, achètent sans payer de TVA, mentent sur leurs revenus ou situation de famille pour bénéficier d'un logement social... et ça, la majorité n'en veut pas!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 19/10/2005

en retard je voulais juste dire . qu'ici le probleme de la lecture est resolu ... il n'y a qu'un livre ! et le must est de l'apprendre par coeur .
ca fait un peuple tout a fait equilibre qui ne se pose pas de question ... des gents heureux quoi

Écrit par : zelda | 19/10/2005

ad hoc?Un barbu à la barre? Quelle barbe!

Écrit par : Epiqure | 19/10/2005

Bonjour sous la grisaille ;) Cher 1789,
Le problème n'est pas seulement qui l'a élue, cette classe politique : il y aura toujours des clients contents... Il est surtout difficile de savoir pour qui les politiciens travaillent . Pour le chômeur qu'ils font exclure alors qu'eux-mêmes sont incapables d'attirer des activités économiques viables ou d'assurer des formations de qualité ? Pour les copains, sans appel d'offre ? Au fond, les politiciens complètent très bien une situation économique particulièrement violente : le taux de chômage exerce une pression sur celui qui crève au boulot parce qu'il craint de le perdre et les petits cadeaux entretiennent l'amitié. N'oublie pas qu'à chaque corrompu correspond un corrupteur...
Par delà les catégories ? Les discours de la Feb et du MR ne sont-ils pas tout aussi caricaturaux que ceux du PS et de la FGTB ? Entre les deux, une réalité : les gens qui crèvent de misère, qui se font presser par des citrons et jeter... A propos, comment les entreprises vont-elles restructurer sans un recours massif aux prépensions ? Vont-elles ensuite se plaindre du poids du chômage ? Le discours économisant engendre ses propres caricatures : en fait, ce sont sans doute les seules qui se réalisent...

Cher Gorgo,
Plutôt d'accord avec toi : le seul mythe qui anime tous les camps, la référence unique, c'est la croissance... C'est-à-dire lier le bien-être aux capacités de productions : au détriment du bien-être ? Mieux vaudrait passer à un système de décroissance en douceur, tant que c'est possible, et favoriser la qualité de vie pour tous... Techniquement, est-ce impossible ?

Cher Armand,
Effectivement, le clientélisme est une pratique qui dépasse le monde politique : et le "client" qui y cède favorise son intérêt immédiat au détriment de sa situation même... Injecter des moyens dans les brigades financières ? Le gouvernement qui oserait se couperait de ses soutiens...

Chère Zelda,
Un livre : ma bibliothèque en rêvait ! ;)) Mais on lit aussi des bilans financiers, non ? ;))
Plus sérieusement, dans la littérature du Maghreb, les écrivains évoqunt souvent leur expérience négative de cet apprentissage-là. Les mêmes qui rappellent la particulière pauvreté de la diffusion de la littérature de langue arabe, malgré Mahfouz (qui fut même best-seller en Israël) et les quelques autres...

Chère Epiqure,
Tintin pour l'épilation ;)))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 20/10/2005

Assez discuté. Pleurons, maintenant. Cher Ubu, pour que le pays soit séduisant aux yeux des employeurs, il faudrait avant tout que le vampirisme fiscal nécessaire à la douloureuse survie du système agonisant s’éteigne enfin.
Mais, as-tu jamais entendu un socialiste critiquer l’insupportable oppression fiscale?
Ce serait prêcher le libéralisme…
Tu parles des chômeurs. Mais à part une minorité de fainéants, l’ambition des gens n’est pas de soutirer des allocations mais de s’affranchir de la pauvreté institutionnalisée. Tu dis bien, les corrupteurs et les corrompus vont ensemble. Je suis même plus en colère avec les électeurs qu’avec les élus…
Ne me parle pas des discours de la FEB et du MR. Je ne les connais pas et ne veut pas me frotter à eux. Si j’étais à moi seul un état, je ne leur reconnaîtrais aucune légitimité. Les libéraux ne sont pas représentés en Belgique. Il n’y a que le PS. Même l’opposition est une branche du PS…
C’est terrible, Ubu, la misère existe, elle est une évidence chez nous !!! J’en suis révolté. Surtout que je ne vis pas loin de ces usines désaffectées qui ont autrefois fait la prospérité de la Belgique. No fate ! Rien ! Et ce qui me tue le plus c’est de voir leurs tronches de maqs nous promettre que dans 15 ou 20 ans on aura redressé la barre!!! Combien de vies ravagées, combien de carrières brisées ? Combien de jeunes qui ne connaîtront jamais cette existence professionnelle qui fait de chacun un élément responsable et constructif de la société ?
Pleurons, maintenant.

Écrit par : 1789 | 20/10/2005

ces ecrivains la on les brule sur les buchet ! avec leur livre !

Écrit par : zelda | 21/10/2005

Bonsoir tardif et pressé ;)) Mes corrections me hurlent aux oreilles ;)

CHer 1789,
Attention, tu vas finir par voter à gauche : je n'ai pas dit PS mais à gauche ;))

Chère Zelda,
Je me souviens des dessins de Pétillon à ce propos : il avait fait une parodie d'Apostrophes où des mollahs iraniens donnaient leur sélection de livres à brûler... Enfin, ne t'inquiète pas : contente-toi de coups de soleils ! ;))

A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 23/10/2005

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