04/11/2005

Sarkoman ?

Nicolas Sarkozy est un grand ministre : je vous l'ai déjà faite, celle-là, non ? Sous prétexte qu'il se prend pour "Un justicier dans la ville", il prétend gouverner autrement : intéressant jeu de dupe...
 
Nicolas fut le grand élève de Pasqua et Balladur. Pasqua, le ministre de l'intérieur qui aimait la jeunesse, dont un certain Malik Oussekine mort au champ d'horreur lors d'une charge des brigades légères du côté de 1986. Et Balladur ? Faut-il vraiment en dire plus ? Bref, pour un homme politique nouveau, il a déjà un passé. Et je ne reviendrai pas sur ses diverses expériences ministérielles, qui ne l'empêchent pas de faire le coup de l'héritage grâce à une vraisemblable schizophrénie persistante.
 
Sarkozy donne un coup de Karcher : c'est toute la banlieue qui s'incendie... Il ne doit pas vérifier la substance de ce qu'il projette, ni avoir pris conscience du gouvernement, que dis-je des gouvernements, dans lesquels il est invité : à moins qu'il ne le soit au titre de président de l'UMP, sans aucune volonté de particratie, allons donc, qu'allez-vous penser là, ma brave dame....
 
Une politique de proximité avait été installée tant bien que mal dans ces îles de béton : elle fonctionnait tant bien que mal mais endiguait le désastre économique et social de cette France lointaine, de ces citoyens précontraints ou de ces allochtones parqués... Il fallait bien rendre présentables les bidonvilles, fruits du succès des 30 Glorieuses. Et puis ? Rien, des cités qui tournent en rond, un morne ennui à longueur de couloir et des crapules qui surfent sur la misère, puisque les services publics disparaissent de cette autre France, puisque les immigrés ou anciens immigrés s'y retrouvent logés, faute de pouvoir se payer mieux ou faute d'être accepté ailleurs, comme le rappelle encore la discrimination à la location menée par une société immobilière française (voir Le Canard enchaîné de cette semaine) En même temps, ces quartiers difficiles fournissent la légitimation de la politique de sécurité. Ne sont-ils pas menaçants, ne sont-ils pas dangereux, ces "jeunes d'origine difficile" ? Puisqu'aucune politique de prévention ne marche -ce qui reste à prouver - menons des incursions dans ces territoires hostiles, en négligeant les acteurs locaux : les flics qui préfèrent dialoguer que "baver" et qui connaissent leurs clients; les acteurs sociaux débordés de dossier suite à la suppression du personnel; les imams qui calment le jeu ou l'attisent, selon leur tendance, puisqu'il est plus facile pour un jeune de rentrer dans une mosquée qu'en boîte, comme le rappelait Y.B., les instits et les profs, qui ont vu partir les assistants d'éducation en quelques années de réforme scolaire ; et les autres, pères et mères de famille, qui n'attendent que la possibilité de fuir ces zones pour que leurs gosses aient droit à un avenir...
 
Sarkozy est-il responsable ? Oui, même s'il est loin d'être le seul. Quand des responsables politiques persistent à évoquer ces jeunes Français comme des gens à part, quand ils assimilent forcément l'immigration et la misère à la délinquance, quand ils ne conçoivent la protection des citoyens qu'en termes de coups de matraque, quand un ministre annonce une rafle à la presse avant de la mener à bien une semaine plus tard, quand la réforme de la justice fait disparaître petit à petit le rôle du juge d'instruction au profit de celui de procureur, que reste-t-il encore à préserver ?
 
C'est ainsi que se forge une identité haineuse : en général, le respect gagne sur l'usage de la force. Peut-être plus jamais dans les banlieues françaises...
 

Quelques liens pour compléter...
 
Dessins de Karine et d'A. Cide
http://www.20six.fr/kruptesthai
 
Un blog satirique
http://sarkostique.over-blog.com/
 
Blog du représentant de la firme Karcher
http://sarkozyblog.free.fr/index.php?2005/

18:51 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

Commentaires

La paix n'est pas l'absence de guerre mais l'oeuvre de la justice. La justice c'est aussi l'intégration. Je ne parle pas religion, mais société.
Pour qu'il y ait une intégration réussie dans la société il faut que chaque membre ait droit... à un travail qui l'affranchit de toute dépendance vis à vis de l'état (allocs) ou de la criminalité (trafics).
Nos grands-parents italiens ont réussi leur intégration car ils ont travaillé, ont prospéré et ont eu des ambitions qui sont le moteur d'un certain civisme. Quand on a rien à perdre, la haine devient un style de vie.
PS: il me reste de la mousse à raser, mais plus de cheveux ;-)

Écrit par : 1789 | 04/11/2005

Cher Tony, Tu n'as pas tort : cela m'effraie d'entendre des jeunes gens qui disent n'avoir plus rien à perdre... Je préfèrerais qu'ils essaient autre chose, même s'ils se disent qu'ils n'ont rien à gagner : tenter le coup, en quelque sorte... Revendiquer leur dignité et la justice, en effet, plutôt que subir la condescendance ou le mépris...

NB : Moi je perds mes cheveux mais petit à petit ;)) Faudra attendre :)))

Écrit par : Ubu | 04/11/2005

waouw mci ;)

Écrit par : karine | 04/11/2005

Le savon nous sauvera tous! Cher Ubu,
Dans un Karcher, on peut ajouter quelque chose à l'eau...
Je propose une bonne savonnée, bien glissante pour transformer les rues en tobogans...
Si celui qui lance des pierres et celui qui tire des grenades lacrimogène se retrouvent ensembles, les quatres fers en l'air, au bas de la rue, fortes chances qu'ils ne se lancent plus de projectiles!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 04/11/2005

Take it easy !!!!!!! Question: si nous étions à la place des dirigeants français que ferions-nous?
Quelqu'un a-t-il un soupçon de solution ?
Moi c'est simple je leur amène un big band jazz et je les fait swinguer.
Casse pas la tête Ubu,tu sais que Dieu va tout arranger,il attend son heure.
Au plaisir de te revoir .Amitié

Écrit par : DUKE | 05/11/2005

INtégartion? Est-ce un problème d'intégration ? La grande majorité de ces jeunes sont nés sur le territoire français...
Dans une économie de services, dominée par une idéologie de rendements maximaux, il faut avoir une tête présentable, ce qui, pour une grande partie des patrons de ces entreprises de services, veut dire "blanc".
Je travaille comme interprète, je suis donc plongé tous les jours dans ce monde des services, et je ne rencontre que de très rares employés issus de la migration (et c'est toujours dans des ONG et jamais dans des entreprises...)

Écrit par : aldagor | 05/11/2005

Ségrégations diverses. Cher Serge,
Les patrons ont tous un but commun: gagner un maximum en prenant un minimum de risques. Les travailleurs aussi, d'ailleurs...
Alors, si un certain pourcentage des clients des cafés et restaurants "boudent" les maghrébiens, les noirs, les enfants, les handicapés, les hippies, les vieux, les francophones, les juifs, les homosexuels, les nonnettes ou toute autre personne qui n'est pas tout à fait comme eux, les tenanciers des lieux essaient de les décourager...
Par contre, dans l'industrie et les grosses sociétés, c'est très souvent la compétence, l'assiduité au travail et parfois (trop souvent) le piston. Il se fait que les immigrés de fraiche date n'ont pas de piston... Ce critère joue en leur défaveur.
Bienvenue dans le XXI siècle!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 05/11/2005

Bonjour ;) (je sais, c'est très original !) Chère Karine,
Vraiment pas de quoi ;)

Cher Armand,
Ta solution me plaît : très "slapstick" ! :)))

Cher Duke,
Il semblerait que l'on préfère les rythmes martelés au swing... Sinon, Dieu est en retard : déjà qu'il ne s'est pas mis à exister ;))

Cher Aldagor,
L'intégration n'est pas qu'un énoncé de principe : elle devrait être un fait. Et depuis des années, en France comme en Belgique, elle est un échec majoritaire... Depuis 30 ou 40 ans... Je ne crois pas que l'économie de services soit seule en cause, en ce domaine : l'absence de politique d'intégration, la tolérance dangereuse à l'égard des communautarisme liée à la peur des cultures métisses, de part et d'autres, sont aussi en jeu... Je constate encore qu'à l'heure actuelle, les immigrés comme les allochtones sont regroupés sous des étiquettes religieuses, exclusivement. Quant aux quelques élus, ils sont envoyés à la pêche aux voix communautaires : rappelle-toi les manoeuvres de Ouezkti ou de Kir. La suite des propos de Picqué qui disait que les "Turcs ne posent aucun problème : d'ailleurs, ils sont gérés par leur ambassade" ? ... Par contre, la relégation sociale reste d'actualité... Partout : je te rappelle la condition de nationalité dans les services publics... Et je suppose que les profs allochtones sont proportionnellement moins nombreux dans les "bons" athénées, des "bonnes" communes: même si dans les écoles en discrimination positive, ils peuvent montrer une possibilité de réussite sociale, ce dont il faut convaincre pas mal de mes élèves... Donc, la discrimination est loin d'atteindre exclusivement le privé...

Cher Armand,
Il importe donc de changer les mentalités, partout ! ET pas qu'à l'école ! ;))
Personnellement, je préfère avoir affaire à quelqu'un de compétent quand je désire un service... D'ailleurs, les navetteurs continuent à emprunter la Stib, sans se soucier de la tête du chauffeur... Quant au raisonnement sur l'exception, il finira par s'atténuer : comme pour l'immigration italienne, dans le temps... Ce que j'espère, c'est qu'il ne faudra pas un Marcinelles pour s'en souvenir...

Écrit par : Ubu | 05/11/2005

oula... ..."c'est très souvent la compétence, l'assiduité au travail et parfois (trop souvent) le piston"..."Bienvenue dans le XXI siècle! "

heu, je crois que vous vous êtes trompé de siècle... si ca vous dit, je peux vous raconter un vécu d'immigré ;)

Écrit par : item | 05/11/2005

Cher Item, Un vécu d'immigré, ce n'ets pas original sur les blogs : à condition de ne plus se considérer comme immigré ;)
A bientôt

Écrit par : Ubu, origine indéterminée | 06/11/2005

je suis une imigree chez les arabes ici on ferme sa gueule ! on ne bouge pas une oreille . ...

Écrit par : zelda | 08/11/2005

Ouaip Tu le sais, j'ai des contacts fréquents avec la France. Là-bas, ils le disent, le résultat, ce n'est pas vouloir aider les banlieues, c'est souhaiter s'en débarrasser au plus vite, maintenant. Ils font peur...et quand on a peur...
Bref, on finit par jouer à Ouroboros et tout ça va faire les beaux jours, ou du Sarko (quand il aura fini de bécoter sa journaleuse), ou du Jean-Marie.

Alors, quoi : Charibde en Scylla ou Peste et Choléra ?

Écrit par : Isabelle | 10/11/2005

Les commentaires sont fermés.