05/11/2005

Les identités meurtrières...

De plus en plus, nous nous posons des questions sur notre identité : identité nationale, identité religieuse, identité politique... Comme s'il nous fallait payer le tribut du sang à une appartenance quelconque, comme si cette appartenance devait nous déterminer  totalement.
 
Il nous faut prendre position, pour ou contre, de manière à adopter une attitude de confort dans un monde instable, nous disent les uns ou les autres, tant ceux qui se complaisent dans leur "culture" identitaire, soucieux de se justifier par l'appartenance à un club fermé, que ceux qui se posent en opposants irréductibles et règlent des comptes avec l'idéologie qui les enferme toujours, tissant leur appréciation en une trame ténue et fragile faite de conversions à de nouvelles chapelles, d'approximations redondantes et d'obsessions assénées avec radicalité, à la manière de celui qui renie un quelconque baptême pour se plonger dans d'autres fonds baptismaux afin de goûter, une fois de plus, aux délices masochistes de la noyade. Les uns se réfèrent à l'autorité, les autres au choc des autorités : des hardes de pensée...
 
Qu'on l'appelle militantisme, prosélytisme ou  ce qu'on veut, ce type d'attitude se saisit d'elle-même comme prétexte et s'affirme à vide, comme si l'adhésion ou l'opposition exigeaient la radicalité, comme si identifier amis et ennemis, sa tribu et les autres peuplades menaient à comprendre un monde en demi-teinte. C'est un peu comme si on ingurgitait un poison et son contre-poison pour assurer son existence : et, finalement, le malade meurt guéri mais toujours paranoïaque...
 
Les faits s'exploitent ainsi : nous leur accordons une vérité absolue alors même que c'est notre propre jugement qui les modifie. Nous sélectionnons les informations qui nous agréent, nous découpons notre réalité en tranches digestes, nous déterminons et contraignons les discours que nous écoutons en fonction de nos replis. De peur d'oser nous découvrir en acceptant la vérité toute relative qui nous anime : notre changement perpétuel. De crainte, aussi, de découvrir dans ce que nous détestons chez d'autres ce qui nous anime nous-mêmes...
 
Montaigne disait que tout bougeait (en fait, il disait que tout branlait, mais il était un peu cochon...), autant le monde qui nous entoure que notre propre personnalité... Il aurait pu ajouter que notre propension à juger n'était qu'une tentative de nous arrêter, de nous confiner nous-mêmes, comme si le fait d'arrêter les rotations de ce pauvre monde (Ah, si seulement tu t'appelais Raymonde !) et  nos pirouettes permettait de résoudre nos propres conflits. Et c'est ainsi notre équilibre que nous perdons : notre seule certitude, c'est de tomber, comme ces funambules qui s'arrêtent et reconstruisent le vide autour de la fragile ligne qui les maintenait tout en acceptant leurs oscillations.
 
L'identité se met en carte : pour éviter qu'elle nous restreigne, dessinons la mappemonde de notre imagination, de nos doutes, de nos rêves... Et brisons nos garde-fous : la folie douce n'est-elle pas notre seule manière de respirer ?

13:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Céssa, Ubu Prenons la douce folie comme carte d'identité sur la mappemonde. Kékepart, ca m'arrange.
Quoique le découpage en galettes, tranches et la panade de la réalité serait peut-être plus digeste pour mon neurone en difficulté.

Écrit par : equipure | 05/11/2005

Le monde est mondial Le contexte dans lequel j'ai été élevé ne m'a pas joué de mauvaises surprises. Ni illusions, ni fantasmes. Beaucoup d'amour.
Je suis Italien né en Belgique de parents siciliens. J'en suis heureux et fier. Mais personne au monde ne m'a autant cassé les pieds que ceux qui me ressemblent, que ceux qui ont mon sang, mes origines.
Alors, la couleur, religion, conviction politique ou nationalité des gens ne m'apparait pas comme la condition nécessaire à leur fréquentation. Fréquentation qu'il arrive souvent d'apprécier, en dépit des différences.

Écrit par : 1789 | 05/11/2005

... Nous sommes ce que nous pensons, et en cela, nous ne sommes pas tous frères...

Écrit par : aldagor | 05/11/2005

Droit à la différence... avec modération! Cher Ubu,
Chez les fourmis et les abeilles, toutes sont interchangeables. Pas de prénom, grains de beauté... Ce que la vie doit être monotone chez elles!
Dans la vie réelle, la lutte pour le pouvoir met en exergue les différences: le panier de crabes ou chaque bestiole essaie d'arracher les pinces des autres.
Je crois qu'il y a place entre ces deux extrêmes pour l'amitié, l'amour, la solidarité "individuelle", les goûts personnels, le don de soi...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 05/11/2005

Bonsoir ;) Mes corrections et préparations redécident ;)

Chère Epiqure,
Au contraire, savourer chaque rencontre sans préjugé est une véritable économie de neurone : on apprécie celui qui nous fait face. Sans l'excuser ni l'incriminer pour ce qu'il est mais en le jugeant pour ses actes... ;))

Cher 1789,
Ce sont les différences qui s'apprécient : sinon, le monde serait tellement monotone. Reposant mais monotone ;) Quant aux racines, je ne parle même pas un mot de sicilien ;)

CHer Aldagor,
Si nous acceptons de nous penser, pas de nous panser perpétuellement de ce qui qui prétend nous déterminer ;)

Cher Armand,
Si seulement les extrémités n'étaient que des bornes théoriques... je pense que je pourrais prendre des vacances sereines ;)

A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 06/11/2005

identitees meurtrieres mon livre du moment ... tres tres interessant .. Amin Malouf . libanais .

Écrit par : zelda | 08/11/2005

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