06/01/2006

I'm beginning to see the light

Les lucioles diffusaient leur lumière douce sur la colline déchiquetée : les traits ténus tissaient des toiles dans l'ombre morte, sous le regard un peu las d'Obéron. Depuis des siècles, il marchait, dernier survivant des mythes abandonnés, des rêves enfouis sous les néons agressifs des fausses nuits de la ville. L'éclairage public n'offrait de refuge qu'aux tapins blafards, aux prédateurs et à leurs lames étincelantes. S'en suivaient des gyrophares ponctuels : leurs hurlements tenaient lieu de rugissement dans la faune nocturne. Et la ville irradiait toujours plus loin, elle masquait la campagne dévastée de ses lueurs aveuglantes...
 
Sauf au flanc de cette colline sombre où la lumière retrouvait la douceur des ombres, pour des ébats nocturnes intenses mais fugitifs. Obéron croyait même entendre les bruissements des petits lumignons qui s'emmêlaient puis se quittaient pour s'ébattre plus loin... Il s'étendit au bord du ruisseau : s'y reflétaient les nuances de la vie nocturne dans l'éclat un peu passé de l'eau trouble. Obéron rêvait...
 
Il songeait à ces lanternes qui transportent les âmes des morts au fil de l'eau, à ces feux où dans des banquets de fête on se séparait de ceux que l'on avait aimés, à ces tables où l'on lisait les astres. A cette époque où les hommes rêvaient plus haut, toujours davantage au-delà d'eux-mêmes, sans se laisser contraindre par leur confort. Il songeait aussi aux chimères, aux dragons, aux licornes, à ces luminescences et langues de feu que le progrès avait muées en chaudrons infernaux où les nouveaux sorciers appelaient à canaliser la force brute de la lumière. Certains avaient même prétendu l'analyser et la mesurer : mais mesure-t-on ce qui nous dépasse et nous échappe ?
 
Obéron mourut dans un songe  : une ronde de lucioles accompagna son rêve évanoui.
 
 

Librement inspiré
d'une des photos
trouvée sur le site
de ma cousine Nathalie

05:12 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

En poésie, Armand n'est pas le meilleur! Cher Ubu,
Les visions poétiques n'étant pas mon point fort, je pense que les vers luisants, qui peuvent être confondus avec des coléoptères (lucioles) dans l'obscurité, sont des vers avec leurs propriétés nécrophages...
Alors, Obéron (roi des elfes dans la mythologie scandinave) était déjà mort depuis longtemps...
Sa dépouille était donc cannibalisée lentement par des vers et c'est ainsi que les plus belles légendes disparaissent dans le néant.
Amitiés.

Écrit par : Armand | 06/01/2006

bonjour Ubu... ton passage ce matin me rechauffe le coeur,
je te ouha

Écrit par : Gibritte | 06/01/2006

oups... je te souhaite un excellent week-end,
il va faire beau paraît-il!
pour moi, il sera chantant comme tu le sais, ça s'annonce bien

Écrit par : Gibritte | 06/01/2006

magie on dirait un extrait du cycle des princes d'Ambre, en plus poétique encore.
Merci m'sieur Ubu, de cette belle imagerie échevelée et grâcieuse

Écrit par : FuN | 06/01/2006

Ben voyons Que le monde est petit.T'as été au vernissage?
Moi pas.

Écrit par : cruella | 06/01/2006

yep... Et tes textes sont plus lumineux que ses lampadaires...

Écrit par : ikkerbis | 06/01/2006

Tony was here bonsoir, Ubu.

Écrit par : 1789 | 06/01/2006

ubu c'est beau ...

Écrit par : zelda | 07/01/2006

!!! Tu as donc une cousine! Le voile tombe petit à petit sur Ubu :))

Écrit par : aldagor | 07/01/2006

Bonjour ;) Cher Armand,
Les lucioles ne sont pas nécrophages : en plus, elles clignotent pour s'accoupler... Serais-tu jaloux ? ;)))

Chère Gibritte,
J'espère que les chansons étaient bonnes ;))

Chère Fun,
Je ne connais pas ces princes : les aurais-je décervelés lors d'une absence ? ;))

Chère Cruella,
Moi non plus, pas de vernissage : je dois y réfréner des pulsions homicides... Je préfère le bistrot du coin ;)

Cher Tony,
Il me semble que 1789 est passé ;)))

Chère Zelda,
Le dernier Obéron que j'aie vu au ciné, c'était Ruppert Everett : en effet, il est pas mal aussi ;)))

CHer Aldagor,
Attention, rien de plus : sinon, j'éteins la lumière ;)))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 08/01/2006

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