18/01/2006

On tombe toujours quand on se penche ?

Des comédiens qui tapent leurs répliques idiotes à côté, un texte prévisible, de la violence complaisante, des références utilisées n'importe comment : j'ai presque cru avoir revu un Chuck Norris de la grande époque, celle où il parvenait à froncer les deux sourcils en même temps pour traduire sa profonde contrariété et pour exprimer que le méchant rouge qui lui faisait face, ou le méchant voyou qui le provoquait, allait se retrouver profondément confronté à l'existence douloureuse de certains de ses organes...

 

Chuck Norris ne jouait pas au théâtre de Poche hier : les comédiens présents sur scène non plus, d'ailleurs. Il faut dire que les répliques qu'ils avaient à se partager, les morceaux de bravoures auxquels ils se consacraient, la mise en scène flamboyante dans ses jolies vidéos, tout donnait l'impression d'un puissant brouet dans lequel les bonnes consciences cherchaient à se rassurer par le peu d'idée, d'émotion ou d'intelligence d'une pièce digne de figurer dans un asile de crétins.

 

La pièce, puisqu'il paraît qu'il s'agissait d'une oeuvre de théâtre, déroulait ses clichés : aux citations lourdes de Kafka, lâchées sans parachute, aux mentions de Giordano Bruno, Platon ou Socrate, succédaient des images projetées ou, plutôt, lancées au hasard, qui amalgamaient Gandhi, Malcolm X ou la bannière étoilée sur Iwo Jima dans une tentative forcenée de convaincre le spectateur que, oui, le Poche a acheté des projecteurs de vidéo, et meême qu'ils fonctionnent. Critique des médias ou du réflexe citationnel ? Même pas : la critique tombe à plat quand l'utilisation s'en fait si complaisante... Parce qu'aucun texte ne soutenait la vague idée de la pièce : ce professeur d'université (quel héroïsme dans ses thèses audacieuses !) qui publie une étude comparative entre l'Allemagne nazie et l'Amérique contemporaine, étude fondée sur leurs mythes identitaires respectifs, a des allures de guignol peu convaincant face à son méchant bourreau monolithique comme un figurant dans Conan le Barbare...  

 

Et on assiste au catalogue des clichés de la contestation, feuilleté avec monotonie par des comédiens qui ont dû oublier leur talent dans leur loge. Qu'ils jouent volontairement des personnages artificiels ou qu'ils prétendent à la crédibilité, toujours cette même manière de lâcher leurs répliques avec une belle unanimité de ton : juste à côté. Et le spectateur que je suis d'avoir l'impression d'entendre la bande son du film d'à côté, avant de se souvenir qu'il n'y a qu'un charmant bois, des frondaisons tranquilles et des allées où il doit faire bon se promener, loin des dissertations calamiteuses d'un théâtre qui, oeuvre louable, recycle sa propre merde à l'infini. Et moi, dans la fosse, de rester très sceptique...

 

Le pire était sans doute d'entendre des idées que je pourrais défendre moi-même aussi mal mises en scène, massacrées par cette pignolade même pas drôle, comme si ce spectacle invitait à rentrer dans la secte manichéenne de ceux qui pensent bien, parce qu'ils laissent penser à leur place... Cette impression fugitive d'avoir assisté à une prise d'assaut de ma conscience m'aurait presque amené à envisager de voter Sarkozy, d'embrasser le poster de G. W. que j'aurais amoureusement dressé dans ma chambre, de publier un blog sur les aventures glorieuses des croisés modernes de la CIA... Hum, presque j'ai dit : je contrôle encore mes délires, moi ...  Je me suis juste contenté de ne pas applaudir, comme l'ami que j'avais embarqué dans cette galère et, malheureusement, contrairement à la majorité du public qui, confit dans sa satisfaction, battait des mimines avec la douce émotion du bébé qui découvre qu'il peut jouer à "popo"...  J'ai même réussi à ne pas bondir au cou de la brave dame qui, à la sortie, disait à une de ses amies : "Ce qui est bien, c'est qu'il ne prend pas parti". Je suis juste parti...

 

Enfin, le genre de pièce qui vaut le détour ! Au fait, il y a longtemps que je me suis balladé au bois de la Cambre...

 

 

14:17 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Mais, mais Mais pourquoi t'infliges-tu le supplice du Poche? Je ne t'ai pas encore convaincu qu'en Belgique, il n'y a qu'un seul homme de théâtre convenable? (moi :))

Écrit par : aldagor | 18/01/2006

Auteurs engagés. Cher Ubu,
Bien des pièces (et chansons car c'est le même problème) servent à exprimer des idées connues de tous (généralement générales et "à la mode" pour éviter les contestations).
Les auteurs de pièces et chanteurs "engagés" ne m'ont jamais plu.
On ne mélange pas la misère et la variété.
Imagine Arena, dans une baignoire (sur scène, pas un groupe de fauteuils dans la salle, côté spectateurs), en train de chanter son nouvel emprunt pour l'enseignement francophone...
Ses spectateurs, pourquoi viendraient-ils? Ecouteraient-ils seulement les chiffres cités?
Amitiés.

Écrit par : Armand | 18/01/2006

Bonsoir ;)) Cher Aldagor,
Attention, si je vais voir une de tes pièces, n'oublie pas que je critique de deux manières : au scalpel et à la tronçonneuse ! :)))) Non mais !

Cher Armand,
C'est encore pire : ici, la pièce tombe dans les travers mêmes qu'elle prétendait démontrer. Il n'y a même pas de contestation : juste des idées prêtes à porter. On est loin de Dylan ou du Poche d'il y a 10 ans encore, qui assénait des coups de point mais n'oubliait pas de faire du théâtre... Ou c'est moi qui vieillis mal ou c'est son directeur qui est un patachon ! ;))
Sinon, pour le spectacle d'Arena, tu me préviens : j'ai une réserve de teinture d'iode à la maison qui pourrait lui redonner quelques couleurs ;)))

Amitiés.

Écrit par : Ubu | 18/01/2006

la secte manichéenne de ceux qui pensent bien, parce qu'ils laissent penser à leur place... bien dit, ça!

Écrit par : 1789 | 19/01/2006

.... "une étude comparative entre l'Allemagne nazie et l'Amérique contemporaine"

Note que c'est un schéma qui fait recette auprès d'un très grand nombre de nos concitoyens, à l'instar de ceux qui tentent de convaincre autrui de ce que les résistants socialistes de 40-45 ont une idéologie originelle et commune avec leurs bourreaux...Tu vois ce que je veux dire au niveau du ras des paquerettes...Bon, comme c'était de toute façon pas une pièce que je comptais regarder...

Écrit par : promethee | 19/01/2006

Bonsoir, approximativement ;)) Cher Tony,
Quand je sens la manipulation, je ne me demande même pas d'où elle vient : je grogne ;)) Quitte à passer pour un indécrottable râleur ;))
Une confidence, pourtant : je n'ai pas de poster de W :))))

Cher Prométhée,
Tout schéma vaut ce qu'il vaut : mais le danger des analogies, c'est d'y croire alors qu'elles ne sont que des outils... En fait, cela aurait été plus dangereux si le spectacle avait été réussi : mais il y avait peu de risques... Par contre, Michael Moore m'amuse, lui ;))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 20/01/2006

hooouuuuuuuuu! t'as pas l'poster de Doubleyou? Pff! Démodé!
Il est offert à l'achat d'un jeu de fléchettes...
;-)

Écrit par : 1789 | 20/01/2006

ca me fait penser a certains blogs .... heureusement le poche est limite en places ...tu ne peuxpas t'abrutire devant des films cons comme tous le monde ? :-))

Écrit par : zelda | 21/01/2006

Bonjour ;)) CHer Tony,
Mais j'ai le jeu de fléchettes : je vise mieux, d'ailleurs ! ;)))

CHère Zelda,
Dans le théâtre con, l'acteur te voit ne pas applaudir : je peux toujours espérer que cela lui donner matièrer à réflexion... si c'est possible ;))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 23/01/2006

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