25/01/2006

Ubu à la plage

J'ai été très occupé ces derniers jours : je devais assister à des séances de formations qui nous étaient offertes avec prodigalité par un de ces organismes dont la Communauté française a le secret.

 

Ces formations ont une conséquence qui n'est pas anodine : pour en maîtriser l'organisation, la Communauté française décide de fermer un certain nombre d'écoles en même temps, lesquelles seront ouvertes mais inaccessibles aux élèves, ce qui lui permet, selon des calculs dont la procédure remonte à quelque alchimiste médiéval, atteint de saturnisme aggravé, de nous former à enseigner mieux mais en moins de temps. Je faisais d'ailleurs un bilan des sorties et suspensions diverses avec mes rhétoriciens : si j'ai bien calculé -je ne suis pas alchimiste - ce sont près de trois semaines de cours qui s'envolent, au gré des diverses activités que nous organisons ou que l'on nous impose... Et pendant ce temps-là, les programmes, écrits dans un dialecte patagon, s'amoncellent, avec leurs sacrées compétences, dont la clarté atteint tant de transparence diaphane que, dans un souci de ressasser très louable, la Communauté nous offrira une nouvelle journée de formation pour que nous comprenions enfin les compétences... Après cinq ans d'application du programme...

 

Mais n'anticipons pas, comme aurait pu le dire un électeur lambda à qui l'on promettrait la semaine des quatre jeudis du côté d'octobre ou le riverain de Zaventem qui vient de gagner un canon de DCA pour assurer son sommeil quotidien. Je reviens donc à ma formation d'hier. Les yeux embués de sommeil, le visage encore plissé par le doux contact de mon oreiller, je me rendis donc dans un établissement de Laeken où nous étions convoqués pour une formation sur "la critique des sources sur Internet".  Sirotant un charmant café (pas trop léger : mauvais signe ?) et mordant dans un charmant petit pain au chocolat, j'affrontai le dédale des couloirs de cette école, lisant avec attention les listes affichées sur les portes, jusqu'à me retrouver dans le local de ma formation. Où il n'y avait pas d'ordinateur... Je redoutai de me retrouver dans un de ces discours allégoriques qui ferait florès à Champignac mais pas face à un auditoire de professeurs en goguette : renseignements, pris, des ordinateurs étaient indispensables à ma formation mais un malentendu avait dû se glisser quelque part... Sûrement.

 

Le formateur, dans un aveu d'impuissance qui n'est pas sans évoquer ce crétin de Lamartine pleurnichant sa chère et tendre près du Lac du Bourget qui  s'en foutait, nous licencia et nous promettant une nouveau rendez-vous pour le lendemain mais avec un autre formateur... Nous dispersâmes notre petit groupe et nous aventurâmes dans les prés buissonniers de nos occupations privées. Le lendemain, donc hier pour les quelques lecteurs que mes digressions n'ont pas encore égarés ou découragés, c'est selon, mais de toutes façons, c'est vous qui lisez et vous pouvez très bien sauter des lignes, à défaut d'autre chose, et montrer ainsi la vivacité de votre pensée, la souplesse de votre lecture ou votre agacement, mais si je continue vous n'aurez pas terminé avant le point du jour, c'est-à-dire demain, et moi je devrai rectifier mes dates, puisque hier se sera transformé en avant-hier et que le lendemain, qui était hier, deviendra aujourd'hui, si j'en termine aujourd'hui, soit demain... Enfin, pour moi qui ai vécu cela hier mais le raconte aujourd'hui. Le lendemain, disais-je donc, nous nous retrouvâmes dans le Campus du Ceria, suite à un nouveau rendez-vous fixé par téléphone, dans un local bien pourvu en ordinateurs, celui-ci... La charmante dame qui nous accueillait, nouvelle tasse de café, semblait crispéé sur son téléphone : elle attendait des nouvelles du formateur, le nouveau, qui ou n'était pas au courant et nous attendait dans le local précédent, sans s'étonner apparemment de l'absence d'ordinateurs et de participants, ou avait été enlevé par des aliens en ribaude... Toujours est-il que le coup de fil ne venant pas, par un mouvement inversement proportionnel, je repartis d'abord vers mon école, où le chef d'atelier me proposa une formation en couture mais me déconseilla l'escalade, et ensuite chez moi.

 

Bref, une journée sans ordinateur mais avec formateur, une autre où l'on inverse le mouvement... D'autres collègues, qui eurent à subir leur formation, furent accueillis par un vibrant "L'intitulé ne correspond pas à la formation", formule qui devrait les plonger dans l'hébétude mais qui, allez savoir pourquoi, les plonge dans une rogne pas possible... Tout cela parce qu'ils ont perdu leur temps lors d'exposés peu maîtrisés alors que leurs élèves pensaient à tout, sauf à l'école... Un peu comme l'Institut de formation en cours de carrière...

 

Franchement, tout ceci est pourtant raisonnable, non ? 

 

Pour l'année prochaine, j'hésite entre yoga et karaté...

10:25 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

Commentaires

"l'île du jour d'avant", ou grand paradoxe temporel tu vois, Ubu, c'est bien la preuve que le surréalisme n'avait nul besoin d'être inventé....;-)))
belle journée!

Écrit par : FuN | 25/01/2006

Liens Si tu n'y vois pas de problèmes, je reprend ton blog dans mes liens.

Salutations

Écrit par : Le pèlerin vagabond | 25/01/2006

... Moi je veux bien te croire, mais pour rédiger ton message, quelles sont tes sources? :))

Écrit par : aldagor | 25/01/2006

C'est partout pareil... Nous, on est obligés de suivre certaines formations si on veut une évolution de carrière (+ de responsabilités, donc de sous et d'emmerdes, ndlr) et on peut en suivre d'autres pour progresser dans notre pratique professionnelle (si le Chef veut bien nous autoriser à y aller, ndlr).
Les 1e sont généralistes et communes à tous les gens de l'Usine et même à d'autres gens d'autres Usines comme la nôtre (on nous bourre le crâne avec des tas de matières qui nous concernent pas mais peut-être ceux des autres Usines et encore, c'est pas sûr, et ne nous servent à rien dans notre quotidien pro ndlr). Les autres sont fonction de notre boulot (et donc utiles à notre quotidien pro, mais pour rappel, ne nous permettront pas d'avoir des responsdabilités et/ou des sous en plus).
C'est pas beau ? C'est magnifique !

Écrit par : La Fée Carambole | 25/01/2006

les petits pains au chocolat ils vous les offres ? ou tu dois apporter ton manger avec ?

Écrit par : zelda | 25/01/2006

le café état un peu léger mais le marc, excellent...

Écrit par : Epiqure | 25/01/2006

*** Bonjour Ubu
Le genre de situation qui me rendrait fou de rage... quelle déprime que de perdre son temps...
Mon avis général sur la question: 1) gérer 10 millions de personnes... ou même 1 million... il n'y a que les puissants pour dire que c'est possible... Il est désespérant, qelque part, de voir comment des personnes totalemet déconnectés de la réalités s'arrogent le droit d'influer sur les pratiques pédagogiques d'autres personnes qui en savent certainement beaucoup plus qu'eux sur la question.
2) Le nivellement par le bas commence à faire son effet... chercheur d'emploi invétéré, il y a longtemps que j'ai remarqué, avec un brin d'amusement, un soupçon d'amertume, et une masse de lucidité, que la non-compétence coûtant moins cher que la compétence, on attribuerait à des non-compétents des fonctions essentielles à l'administration ... subtil plan de nos chers dirigeants (qui ne sont pas ceux qu'on croit) qui pourront, de plus en plus, réclamer la fin du fonctionnariat au profit de la prise en charge de missions spécifiques par le domaine privé...
3) paranoïaque le Gorgo?

Écrit par : gorgo | 25/01/2006

Saturnisme Cher Ubu,
Tu parles de saturnisme. C'est une intoxication par le plomb. Le symptôme en est les coliques de plomb avec constipation, je crois. Si on a un problème de ce côté, il est normal que les formations commencent avec retard! De plus, les hémorroïdes rendent de mauvaise humeur...
Pourtant, le CERIA forme des ingénieurs industriels en chimie...
Ils auraient dû avertir les participants!
Plus sérieusement, c'est grâce à de telles aventures que les économies dans l'enseignement se font par désaffection des salles de cours de la part des étudiants et profs...
Au fait, Sarco pourrait-il te prêter son Karcher? Fais attention à mettre de la vaseline pour ne pas boucher le tuyau!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 25/01/2006

Une chose m'intrigue... Y a-t-il eu un nouveau programme ? Ou est-ce le même qu'en 1981... (Qu'on aurait simplement raboté, vu les diminutions d'horaires...)

Une ex prof curieuse. (Et qui trouvait les programmes d'enseignement absolument nuls, complètement dépassés, et patagoniens, effectivement...)

Écrit par : Pivoine | 25/01/2006

A propos de votre premier post... Sur la laïcité. Comme c'était un post ancien, plutôt que de mettre un commentaire, je vous ai envoyé un mail. J'espère que vous le recevrez !

Cordialement,

Pivoine.

Écrit par : Pivoine Blanche | 25/01/2006

j'ai l'impression de me retrouver en sale des profs , me suis perdue dans les couloirs ... heureusement personne ne fume .

Écrit par : zelda | 26/01/2006

un subtil mélange de karaté, de yoga, de chachacha, de mantra, un poil de cours de flûte à bec et un zest de crochet pour l'habileté des doigts (capitaine), et tu seras l'homme de la situation...;-)

Écrit par : FuN | 26/01/2006

bonjour Ubu tu devrais essayer le karaté je pense. Pour ma part dans une situation analogue du genre "vol au dessus d'un nid de coucous" ça a fait ses preuves. faut juste un peu d'espace pour s'entraîner... bon courage!

Écrit par : baramine | 26/01/2006

yoga ? J'ai eu la chance, cette année, d'assister à 2 formations extrêmement intéressantes... Comme quoi, tout arrive !

Écrit par : paikanne | 26/01/2006

Bonsoir ;))) Chère Fun,
Je suppose qu'en plus l'email du formateur ne devait pas fonctionner : peut-être avait-il contracté un méchant virus sur le net ;))

Cher Pélerin,
Je te remercie et te rends la politesse dès la prochaine mise à jour de mes liens, qui devient pressante ;)))

Cher Aldagor,
Tu me prends vraiment pour un saumon ? Tu crois que je vais remonter à la source du malentendu dans la Casa Kafka, moins jolie que la Case à Ubu ? ;)))

CHère Fée,
C'est la définition même du "Meilleur des mondes" selon le principe de Peter : comme la hiérarchie a atteint son niveau d'incompétence, il est normal qu'elle veuille que tout le monde en fasse de même, afin de survivre aux changements d'équipes ;)))

Chère Zelda,
Le premier jour offerts, pas le second ;))) Sinon, théoriquement, le repas était offert partout : moi, je les ai sautés ;)) Tu soulèves d'ailleurs une curiosité à ce sujet : des collègues ont eu droit à un ticket à 8 euros pour le Lunch Garden le plus proche tandis que d'autres se tapaient des plats froids "à gerber" selon une amie qui adore pourtant manger... Je me demande si certaines écoles n'en profitent pas pour renflouer leurs caisses en stoemelings.... ;)

Chère Epiqure,
Je n'aime que le marc d'alcool : mais n'ai-je pas connu l'ivresse ? ;))

Cher Gorgo,
Je pense encore avoir beaucoup de choses à apprendre sur mon métier mais, en fait, j'ai horreur du courant d'infantilisation qui règne dans ces formations : inscription personnelle non-respectée, utilisation factice des prénoms, discours aseptisé et déconnecté... Alors je rouspète, j'insiste pour que l'on m'appelle Monsieur et je contamine le discours;))) Pauvres formateurs ! ;))) Maintenant, pour les fonctionnaires, je te dirai qu'ils ne font pas mieux : l'IFC est un organisme de fonctionnaires et il est incapable de gérer les formations prodiguées par toutes ces ASBL... Et les inspecteurs académiques ne font pas mieux : la mienne a rougi plusieurs fois lors de notre dernière séance d'abrutissement. Elle a même essayé de venir me titiller sur mon terrain : pas marché ;)))

CHer Armand,
Tu crois que mon formateur était un alchimiste : il a dû se manger son plomb de ménage ;))) Quant aux économies... je suppose que les formateurs sont toujours payés (et bien...) même s'ils ne font rien... ;)) Ce sont nos moines à nous ;))

Chère Pivoine,
A ma connaissance (parce que je n'étais qu'élève encore en 1981), il y a eu au moins trois programmes depuis : l'un en 1986 (avec auteurs imposés, sous un ministre libéral), le suivant en 1991 (basé sur le communicatif : il fut mis en application en même temps que la Communauté française) et le plus récent date de 2001, sur les compétences (c'est-à-dire du vide avec rien autour : une sorte de resucée bâtarde des deux précédents...) Je suppose qu'il y a encore des collègues qui travaillent avec les anciens programmes ;))) Sinon, j'ai bien reçu ton mail et j'y réponds ce ouiquainde ;))

Chère Zelda,
Si, moi je fume ;))) Ce qui est un habile camouflage quand je fulmine, en plus ;)))

Chère Fun,
Tu oublies un petit massage si la formatrice est charmante (c'est rare !) ou du catch s'il en va autrement... Et comme chez nous on a rationné les séances de kiné ;))))

Cher ou (chère ?) Baramine,
Vu ma corpulence, il me suffit de me déplacer pour faire de la place... Sinon, gare aux pieds égarés ;))) En fait, j'aurais dû devenir catcheur :)))

Chère Paikanne,
Moi aussi mais il y a bien des années de cela ;))) J'ai l'impression que cela arrive de plus en plus par inadvertance ;)))

A bientôt ;)


Écrit par : Ubu | 26/01/2006

Mmmmmhhhh... Les compétences... C'est bien ce dont parlent Nico Hirtt et de Sélys. Résultat des réunions dans les grandes associations liées à la commission européenne (sortes de groupes de réflexion), en vue d'une privatisation de l'enseignement. Il ne s'agit plus d'acquérir des connaissances, mais des compétences, ce bouquin est décidément intéressant à lire. Quand j'ai perdu mon boulot, j'aurais dû l'emporter avec moi. Mais c'est un bouquin que j'ai oublié là-bas...

Tout cela est navrant.

Écrit par : Pivoine | 27/01/2006

Ne pensez plus, on pense pour vous! Le décret sur la formation continuée est une de ces loufoqueries que nous partageons tous dans les différents réseaux! Il est absurde et a été dénoncé comme tel ... mais il est!
Ce n'est pas la formation continuée qui est à mettre en cause, on a tous besoin, sinon de nouveaux outils, de nouvelles techniques, au moins de rappels de cuti en pédagogie (excuse ce gros mot!). Mais pour la faisabilité ... ??? !!!
A propos, un jour sans matériel mais avec formateur et le lendemain l'inverse, n'était-ce pas une mise en situation-problème pour vous amener à travailler la compétence "synthétiser l'impossible en fonction des inepties proposées"? P.S.: remplacez, s.v.p. le mot "proposées" par "imposées"

Écrit par : FC | 27/01/2006

coruption quand tu nous tiens !

Écrit par : zelda | 28/01/2006

Merci pour ton cmmentaire chez moi ...à propos du recadrage des profs. Je partage entièrement ton avis et tout particulièrement sur l'inutilité de chercher à humilier! A bientôt!

Écrit par : FC | 28/01/2006

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