29/01/2006

Ubu le bienheureux

J'ai comme une envie de ne rien faire, d'attendre que la terre, qui n'en finit jamais de tourner, repasse me voir. J'écouterais bien des gazouillis inutiles, je me respirerais bien les fragrances du temps qui passe. Et puis je rêverais d'une île déserte où je causerais aux cocotiers, où je ferais la leçon du silence aux mainates, où je me distillerais des airs idiots que je choisirais, tout lentement...  

 

Je me ferais une hutte avec des systèmes de poulies, je m'éventerais à longueur de journée et je regarderais la verdure pousser, la pluie tomber et le soleil éclater... Et je rêvasserais sans doute aux immeubles sombres, dont la masse pèse sur mes ruelles de passage, aux métros fiévreux et blafards, à tous ces sons qui parfois m'emmerdent, simplement parce qu'ils se répètent.

 

Et je finirais par m'emmerder à ne rien faire, à ne plus pouvoir râler, à devoir me livrer à des introspections saugrenues pour me délivrer de l'ennui.

 

Au fond, il me faut un monde à affronter.

22:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

28/01/2006

Roboprof

L'actualité et le froid polaire me poussent à quelques éternuements, voire plus si manque d'affinités...

Ainsi, un jeune homme de treize ans agresse des collègues avec une mitraillette factice... Il voulait se venger parce qu'un prof, qui n'était pas le sien, l'avait coincé dans une école, qui n'était pas la sienne, avec un portefeuille, qui n'était pas le sien... Sous d'autres cieux, dans un espace de formation qui avait déjà eu l'honneur de la presse pour d'autres faits, un enseignant s'est vu lynché dans sa classe, sans que la direction s'en émeuve beaucoup, sauf pour la réputation de son établissement... Par ailleurs, ma Ministre à moi s'est inquiétée de la récente enquête sur le coût de l'école : l'école coûte donc cher, surtout avec les nouveaux programmes dont la bêtise est belle comme l'antique... Y compris au prof !

Devrais-je ajouter à ces manuels abscons, qu'un vent mauvais me dépose dans les mains et dont le style jargonneux me fait toujours espérer une prochaine traduction en français, à ces livres dont je me fais un plaisir de les lire dès qu'ils n'émanent pas de quelqu'un qui a des idées sur tout, sur l'école en particulier, mais n'a  surtoutque des idées à lui , à ces multiples bics qui rayeront de notes plus ou moins rondes les partitions de mes chers élèves, devrais-je  y ajouter - disais-je avec cette manie de la digression qui me fera passer pour un frénétique  de la marge, sans doute par déformation professionnelle -  un équipement de sécurité complet, avec assurance intégrée ?

Imaginons-le ! Je me verrais bien doté d'un radar anticonnerie : mais il me faudrait le désactiver lors de mes formations, lors de mes confrontations avec l'inspection ou encore lorsque j'écoute les interventions de nos chers politiciens, ou quelque chose au cabinet, qui ont toujours du vent à prodiguer. Et mon radar pourrait-il sans souci se transformer en éolienne ?  Pour les armes de riposte, je crains d'en abuser : me retiendrais-je face à ma ministre à moi, qui délire dans sa quête d'un suffrage qu'elle puisse enfin gagner, ou face à un pédagogue breveté qui a trouvé l'idée géniale qui éliminera à coup sûr l'enseignement et lui préfèrera la formation, tellement plus professionnelle...  Un blindage serait bienvenu, en ces temps de lynchage, mais je redoute de ne plus pouvoir du tout me déplacer en classe : l'exiguité de mes locaux sied déjà mal à mon corps d'athlète, plutôt à classer du côté des sumos... J'avais bien songé aussi à un clavier des réclamations mais mon mauvais esprit m'aurait poussé à placer la sortie papier (l'administration réclame toujours sa livre de papier) à un endroit que la décence m'interdit de citer ici...

Nous vivons une époque formidable : la violence y est devenue un mode d'expression, à l'égal du mensonge ou de l'humiliation... Le politicien ou le chef d'entreprise peut raconter n'importe quoi, puisque cela sera noyé sous le flot de l'info, selon qu'un sportif rapporte sa baballe ou pas.  Le téléspectateur appuiera avec délices sur le numéro qui lui permettra de rayer de l'écran le participant de telle ou telle émission qui prétend confondre la télévision et la réalité, entre deux écrans de pub... Et le petit con frimeur n'en finira pas de s'identifier à n'importe qui parce qu'il y ressent l'impression d'un geste gratuit, comme si Dennis La Malice se transformait en Scarface...

Le monde de Robocop : une bluette...

18:51 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

25/01/2006

Ubu à la plage

J'ai été très occupé ces derniers jours : je devais assister à des séances de formations qui nous étaient offertes avec prodigalité par un de ces organismes dont la Communauté française a le secret.

 

Ces formations ont une conséquence qui n'est pas anodine : pour en maîtriser l'organisation, la Communauté française décide de fermer un certain nombre d'écoles en même temps, lesquelles seront ouvertes mais inaccessibles aux élèves, ce qui lui permet, selon des calculs dont la procédure remonte à quelque alchimiste médiéval, atteint de saturnisme aggravé, de nous former à enseigner mieux mais en moins de temps. Je faisais d'ailleurs un bilan des sorties et suspensions diverses avec mes rhétoriciens : si j'ai bien calculé -je ne suis pas alchimiste - ce sont près de trois semaines de cours qui s'envolent, au gré des diverses activités que nous organisons ou que l'on nous impose... Et pendant ce temps-là, les programmes, écrits dans un dialecte patagon, s'amoncellent, avec leurs sacrées compétences, dont la clarté atteint tant de transparence diaphane que, dans un souci de ressasser très louable, la Communauté nous offrira une nouvelle journée de formation pour que nous comprenions enfin les compétences... Après cinq ans d'application du programme...

 

Mais n'anticipons pas, comme aurait pu le dire un électeur lambda à qui l'on promettrait la semaine des quatre jeudis du côté d'octobre ou le riverain de Zaventem qui vient de gagner un canon de DCA pour assurer son sommeil quotidien. Je reviens donc à ma formation d'hier. Les yeux embués de sommeil, le visage encore plissé par le doux contact de mon oreiller, je me rendis donc dans un établissement de Laeken où nous étions convoqués pour une formation sur "la critique des sources sur Internet".  Sirotant un charmant café (pas trop léger : mauvais signe ?) et mordant dans un charmant petit pain au chocolat, j'affrontai le dédale des couloirs de cette école, lisant avec attention les listes affichées sur les portes, jusqu'à me retrouver dans le local de ma formation. Où il n'y avait pas d'ordinateur... Je redoutai de me retrouver dans un de ces discours allégoriques qui ferait florès à Champignac mais pas face à un auditoire de professeurs en goguette : renseignements, pris, des ordinateurs étaient indispensables à ma formation mais un malentendu avait dû se glisser quelque part... Sûrement.

 

Le formateur, dans un aveu d'impuissance qui n'est pas sans évoquer ce crétin de Lamartine pleurnichant sa chère et tendre près du Lac du Bourget qui  s'en foutait, nous licencia et nous promettant une nouveau rendez-vous pour le lendemain mais avec un autre formateur... Nous dispersâmes notre petit groupe et nous aventurâmes dans les prés buissonniers de nos occupations privées. Le lendemain, donc hier pour les quelques lecteurs que mes digressions n'ont pas encore égarés ou découragés, c'est selon, mais de toutes façons, c'est vous qui lisez et vous pouvez très bien sauter des lignes, à défaut d'autre chose, et montrer ainsi la vivacité de votre pensée, la souplesse de votre lecture ou votre agacement, mais si je continue vous n'aurez pas terminé avant le point du jour, c'est-à-dire demain, et moi je devrai rectifier mes dates, puisque hier se sera transformé en avant-hier et que le lendemain, qui était hier, deviendra aujourd'hui, si j'en termine aujourd'hui, soit demain... Enfin, pour moi qui ai vécu cela hier mais le raconte aujourd'hui. Le lendemain, disais-je donc, nous nous retrouvâmes dans le Campus du Ceria, suite à un nouveau rendez-vous fixé par téléphone, dans un local bien pourvu en ordinateurs, celui-ci... La charmante dame qui nous accueillait, nouvelle tasse de café, semblait crispéé sur son téléphone : elle attendait des nouvelles du formateur, le nouveau, qui ou n'était pas au courant et nous attendait dans le local précédent, sans s'étonner apparemment de l'absence d'ordinateurs et de participants, ou avait été enlevé par des aliens en ribaude... Toujours est-il que le coup de fil ne venant pas, par un mouvement inversement proportionnel, je repartis d'abord vers mon école, où le chef d'atelier me proposa une formation en couture mais me déconseilla l'escalade, et ensuite chez moi.

 

Bref, une journée sans ordinateur mais avec formateur, une autre où l'on inverse le mouvement... D'autres collègues, qui eurent à subir leur formation, furent accueillis par un vibrant "L'intitulé ne correspond pas à la formation", formule qui devrait les plonger dans l'hébétude mais qui, allez savoir pourquoi, les plonge dans une rogne pas possible... Tout cela parce qu'ils ont perdu leur temps lors d'exposés peu maîtrisés alors que leurs élèves pensaient à tout, sauf à l'école... Un peu comme l'Institut de formation en cours de carrière...

 

Franchement, tout ceci est pourtant raisonnable, non ? 

 

Pour l'année prochaine, j'hésite entre yoga et karaté...

10:25 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

19/01/2006

L'école, lieu privé ?

Somptueuse idée de ma ministre à moi, Sainte Marie de l'Amer : démarcher le secteur privé pour financer les bâtiments scolaires. Somptueuse idée qui succède, à un an près, à sa circulaire très équivoque sur les matériaux didactiques provenant de firmes commerciales. En gros, ma ministre compte obtenir un tiers du refinancement des bâtiments, que l'on rénoverait ou construirait, de firmes qui assureraient un prêt désintéressé, le temps que la Communauté française rembourse. Et dans 27 ans, sans doute le 27 septembre, les bâtiments seraient à nouveau à la collectivité.

 

Et en attendant ? D'après ma ministre à moi, il serait exclu que les firmes prêteuses aient quelque droit d'ingérence que ce soit sur la gestion budgétaire ou administrative des écoles : bien entendu !  Tout comme il fallait une circulaire, il y a un an, pour décider de déroger à la loi qui interdit toute publicité commerciale dans le cadre des écoles publiques... Restent à trouver les généreux mécènes qui assureront à la fois le prêt et la discrétion pour un taux de remboursement qui semble bien alléchant... C'est sans doute ce que l'on entend par l'investissement des entreprises dans l'école...

 

De nombreuses écoles publiques connaissent des situations d'insalubrité : la disparition d'une partie du partimoine immobilier de la Communauté française, revendu lors du dernier refinancement interne en 1996, n'y est pas pour rien, puisqu'il a autant profité à l'enseignement privé confessionnel, qui n'y a pas contribué, qu'au réseau officiel, le seul à se sacrifier... Le calcul du personnel d'entretien, lié au nombre d'élèves et non à la qualité des bâtiments, le désamiantage ou les cas de mérule ont ajouté leurs touches à ces bâtiments lézardés, parfois en dehors des normes de sécurité minimale. Je me suis parfois demandé comment les catastrophes majeures avaient pu être évitées depuis aussi longtemps, sachant que beaucoup d'ateliers ne sont pas aux normes de sécurité minimale, que de nombreuses machines sont dangereuses (et parfois reléguées par les professeurs d'atelier, d'ailleurs !), que de nombreuses sorties de secours sont fermées pour éviter aux élèves de prendre la clé des champs ... Et tout cela avec un fonds des bâtiments scolaires aux abonnés absents : il ne disposait que de quoi financer quelques urgences et ses dettes passées...

 

Veux-tu une solution, ma ministre à moi ? Je te la propose gratuitement : ne financer que les écoles publiques, pour changer un peu... Ce qui permettrait sans doute de faire un travail de fond (ou de fonds, c'est selon) et de virer l'argent dépensé pour de fumeuses ASBL qui prodiguent des formations douteuses (encore deux jours à me taper, la semaine prochaine, pour une formation que je n'ai pas choisie, une fois de plus !), pour des écoles privées (l'évêché est occupé ? ) ou pour ces centres divers où les entreprises recrutent en séconomisant les formations qu'elles devraient dispenser à leur personnel, si elles assumaient leurs responsabilités comme auparavant. Tu pourrais même, soyons fous, dégraisser ton cabinet de tous ces chargés de mission qui ont fui leurs classes et qui émrargent toujours au buget de l'enseignement alors qu'ils ont choisi la politique depuis longtemps. Mais une élection, cela se perd parfois, n'est-ce pas ?

 

Ou alors, sponsorisons les webcams installées dans les classes difficiles : cela devrait attirer l'attention d'une chaîne mal avisée, de parents inquisiteurs ou de voyeurs ordinaires... Oui, pourquoi pas ? Imaginons un môme : filmé dans sa crèche, ensuite dans son école, il deviendrait le candidat idéal pour la télé-réalité... Et l'intimité ? Pas rentable : comme vous le dira le moindre formateur en management (étrange d'ailleurs, cette similitude des recettes pour être compétitif : encore un truc qui m'échappe ?), il faut savoir se vendre.

 

C'est bien joli, ma ministre à moi, de promettre à l'encan : des chèques-langues alors que les écoles manquent de profs de néerlandais et d'anglais, des travaux alors que le plafond s'émiette dans certaines classes, des aides alors que le chauffage quotidien devra bientôt être assuré par des poêles à bois, chaque élève apportant sa bûche à l'instit... C'est bien joli de nous concocter un monde à la sauce dix-neuvième pour ensuite se présenter comme une sorte de sauveur providentiel. Il paraît que tu as suivi des études d'économie sociale, ma ministre à moi : j'avoue que l'économie m'emmerde et que je n'y connais pas grand-chose mais pour le social, j'ai vraiment l'impression que tu ne t'es jamais souciée de savoir à quoi cela pouvait bien ressembler...

 

Liens

L'article sur les bâtiments scolaires

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&am...

 

Une réponse à la circulaire sur le matériel didactique commercial

http://indymedia.all2all.org/news/2005/01/92524.php

00:06 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (28) |  Facebook |

18/01/2006

On tombe toujours quand on se penche ?

Des comédiens qui tapent leurs répliques idiotes à côté, un texte prévisible, de la violence complaisante, des références utilisées n'importe comment : j'ai presque cru avoir revu un Chuck Norris de la grande époque, celle où il parvenait à froncer les deux sourcils en même temps pour traduire sa profonde contrariété et pour exprimer que le méchant rouge qui lui faisait face, ou le méchant voyou qui le provoquait, allait se retrouver profondément confronté à l'existence douloureuse de certains de ses organes...

 

Chuck Norris ne jouait pas au théâtre de Poche hier : les comédiens présents sur scène non plus, d'ailleurs. Il faut dire que les répliques qu'ils avaient à se partager, les morceaux de bravoures auxquels ils se consacraient, la mise en scène flamboyante dans ses jolies vidéos, tout donnait l'impression d'un puissant brouet dans lequel les bonnes consciences cherchaient à se rassurer par le peu d'idée, d'émotion ou d'intelligence d'une pièce digne de figurer dans un asile de crétins.

 

La pièce, puisqu'il paraît qu'il s'agissait d'une oeuvre de théâtre, déroulait ses clichés : aux citations lourdes de Kafka, lâchées sans parachute, aux mentions de Giordano Bruno, Platon ou Socrate, succédaient des images projetées ou, plutôt, lancées au hasard, qui amalgamaient Gandhi, Malcolm X ou la bannière étoilée sur Iwo Jima dans une tentative forcenée de convaincre le spectateur que, oui, le Poche a acheté des projecteurs de vidéo, et meême qu'ils fonctionnent. Critique des médias ou du réflexe citationnel ? Même pas : la critique tombe à plat quand l'utilisation s'en fait si complaisante... Parce qu'aucun texte ne soutenait la vague idée de la pièce : ce professeur d'université (quel héroïsme dans ses thèses audacieuses !) qui publie une étude comparative entre l'Allemagne nazie et l'Amérique contemporaine, étude fondée sur leurs mythes identitaires respectifs, a des allures de guignol peu convaincant face à son méchant bourreau monolithique comme un figurant dans Conan le Barbare...  

 

Et on assiste au catalogue des clichés de la contestation, feuilleté avec monotonie par des comédiens qui ont dû oublier leur talent dans leur loge. Qu'ils jouent volontairement des personnages artificiels ou qu'ils prétendent à la crédibilité, toujours cette même manière de lâcher leurs répliques avec une belle unanimité de ton : juste à côté. Et le spectateur que je suis d'avoir l'impression d'entendre la bande son du film d'à côté, avant de se souvenir qu'il n'y a qu'un charmant bois, des frondaisons tranquilles et des allées où il doit faire bon se promener, loin des dissertations calamiteuses d'un théâtre qui, oeuvre louable, recycle sa propre merde à l'infini. Et moi, dans la fosse, de rester très sceptique...

 

Le pire était sans doute d'entendre des idées que je pourrais défendre moi-même aussi mal mises en scène, massacrées par cette pignolade même pas drôle, comme si ce spectacle invitait à rentrer dans la secte manichéenne de ceux qui pensent bien, parce qu'ils laissent penser à leur place... Cette impression fugitive d'avoir assisté à une prise d'assaut de ma conscience m'aurait presque amené à envisager de voter Sarkozy, d'embrasser le poster de G. W. que j'aurais amoureusement dressé dans ma chambre, de publier un blog sur les aventures glorieuses des croisés modernes de la CIA... Hum, presque j'ai dit : je contrôle encore mes délires, moi ...  Je me suis juste contenté de ne pas applaudir, comme l'ami que j'avais embarqué dans cette galère et, malheureusement, contrairement à la majorité du public qui, confit dans sa satisfaction, battait des mimines avec la douce émotion du bébé qui découvre qu'il peut jouer à "popo"...  J'ai même réussi à ne pas bondir au cou de la brave dame qui, à la sortie, disait à une de ses amies : "Ce qui est bien, c'est qu'il ne prend pas parti". Je suis juste parti...

 

Enfin, le genre de pièce qui vaut le détour ! Au fait, il y a longtemps que je me suis balladé au bois de la Cambre...

 

 

14:17 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

14/01/2006

House of the rising sun ?

Jauni Holiday, le chanteur de rues au Bombardon maléfique, accuse le coup : l'idole des jeunes, enfin des anciens jeunes, demande à changer de nationalité... Notre Jauni national s'inquiète : Johnny sera-t-il également sollicité pour interpréter "Les portes du Pénitencier" lors du concert du premier mai ? Lantin, Forest, Saint-Gilles et les détenus de Mons s'en émeuvent déjà, ainsi que les responsables de société de logement, tous empressés d'accueillir la vedette française dans leurs humbles demeures...

Johnny Cash se dit prêt à une divine apparition pour les réconcilier dans un même message de paix.

09:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

Bonjour chez vous !

Il faut faire de nouvelles expériences, me disent souvent des copains, des relations ou même des amis, me poussant ainsi à m'agiter la poussière : réac, moi ?  Il faut évoluer, progresser, s'imbiber de nouveaux horizons : moi qui avais surtout opté pour la vodka polonaise, celle à l'herbe à bison, il y a quelques années, sans doute parce qu'il est très rare de voir des bisons roses, même virtuels...  Enfin, bon, j'évolue donc, avec ma bonne vieille méfiance qui se flanque en escorte.

 

Le même ami qui m'avais conseillé en son temps de débarquer sur les blogs  (judicieuse idée, du moins pour moins, si j'en crois les heureuses fréquentations virtuelles que ce carnet m'a procurées) m'avait invité à m'inscrire dans un nouveau monde virtuel : je me rendis donc sur Taatu. Et bof...

 

Joli monde, totalement creux : des lieux proprets et lisses proposant diverses activités insignifiantes pour des plaisirs très virtuels et, en fait, qui ne présentent aucun intérêt... Splendide innovation  : le type de site qui ressemble à une émission de télé-réalité ou à un club Med virtuel. Comme si celui qui s'inscrit choisissait de louer un appartement dans le village du prisonnier, de se détendre virtuellement dans ces fêtes contraintes et virtuelles, de se plier à la joie forcée des plaisirs canalisés. Bref, aucun intérêt et même une certaine méfiance, comme avec ces cantines de luxe qui dans des décors de cafétaria désign proposent des plats insipides ou des salades mollasses composées par des nutritionistes efflanqués, comme avec ces films péteux qui prétendent à l'intelligence dans leurs images volontairement léchées ou ces films "coups de poing" des petits Frères de la Sainte Misère (rendez-nous Ken Loach et Strip Tease, bon dieu !) qui m'entretiennent d'ailleurs la migraine, parce que j'e n'aime pas ces mouvements de caméra qui camouflent l'absence de scénario sous un amas d'images misérabilistes...

 

Entre les loisirs forcés et les discours programmés, il n'y a plus qu'un pas : je franchis donc le seuil de mon propre formatage avec ces quelques suggestions. Je propose aux créateurs de Taatu de permettre la création de profils nihilistes, afin que moi-même je puisse me transformer en méchant terroriste (virtuel, seulement) et me défouler en minant le joli parc (zouf, agression de pigeons), la salle de danse (clous sur la piste), le cinéma (pop-corn avec sauce laxative) ou les appartements (mérule à tous les étages). Et je suggère à Wallimage d'obliger les Frères (Daerdenne ? D'Arden ? Dard d'haine ?) à intégrer un personnage de clown dans chaque film, qui chanterait le "bia bouquet", serait habillé  comme Walligator et porterait une étoile de Marshall  : le tout dans un même plan...

 

Enfin, ces sites à la con, ces films où l'on rentre comme en prêtrise, tout ce monde qui fait dans le loisir utile commercial ou idéologique ont au moins un avantage : je trouve toujours de la place dans mon bistrot préféré...

 

Bonjour chez vous !

09:42 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

08/01/2006

Insulaire libre

Un jugement récent du conseil d'Etat français me laisse pantois : il refuse d'entériner une loi en mettant en avant son caractère incompréhensible pour le citoyen lambda, le simple quidam qui n'est pas censé ignorer la loi, bref vous ou moi, si nous étions français... Bien plus, le conseil d'Etat prend appui sur un des articles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ce vieux texte qu'on semblait avoir oublié depuis quelques années. Révolutionnaire, non ?
 
"Force reste à la loi"  nous serinent les caciques officiels : les ministres de la justesse, les premiers flics "nettoyeurs" nostalgiques du Justicier dans la ville, ou même les lobbies de l'industrie musicale qui, diantre, parviennent à contrer un vote tout à fait légal du Parlement français qui amendait à tours de bras les petites lois de son ministre de l'inculture. "La loi est belle" se dit le citoyen au-dessus de tout soupçon. Jusqu'au jour où...
 
En principe, une loi ne fonctionne que si le citoyen y adhère et compte, en gros, la respecter, ne fût-ce que pour préserver sa tranquilité et parce que, au fond, il n'est pas mauvais bougre, le citoyen. La preuve ? Il écoute encore les promesses électorales... Et d'ailleurs, s'il fallait juger une civilisation au nombre de ses lois, nous aurions atteint un sommet, tant les lois se multiplient  : loi de groupe, loi de masse, loi contre ou pour, loi sur l'histoire. L'homme politique moderne semble avoir une prédilection pour le jeu des lois : alors jouons...
  • Loi contre le terrorisme : c'est pratiquement une appellation contrôlée. De nos jours, toute loi renforçant le contrôle du citoyen s'appuie sur la luttre contre le grand banditisme politique. Bref, c'est la loi des bons contre les méchants. Seul problème : beaucoup de méchants n'ont rien de terroristes et réclament simplement le droit à des libertés fondamentales qu'ils estimaient garanties... Quant aux terroristes, eux s'en foutent : on a vu à Londres comme aux USA à quel point ceux-ci pouvaient faire semblant d'être des citoyens modèles, jusqu'à se confondre dans la masse...  Et on a vu aussi combien ces lois bafouaient des principes fondamentaux, comme le droit à l'information ou à la présomption d'innocence lors de perquisitions chez des journalistes ou encore lors d'arrestations "préventives" (on n'oserait les appeler des raffles !)
  • Loi de protection des minorités :  souvent nécessaires, elles révèlent également les limites de l'action politique, qui découpe la société en catégories... Les lois contre la xénophobie ou l'homophobie sont indispensables, puisqu'une démocratie ne se soucie pas, normalement, que de sa seule majorité électorale. Et pourtant, quand des élus (cf. la loi sur la construction de logements sociaux en France) violent la loi, quand des institutions officielles, comme l'Office des étrangers (ah, les Zaïrois de Zaventem, ou cette journaliste de Mongolie) s'en soucient comme de leur première chemise, qui peut encore croire à la crédibilité de ces lois ?
  • Loi et histoire : le souci historique est à géométrie variable. Le législateur estime, à raison, agir sur les mentalités. Et puis, les réalités électorales le rappellent à l'oraison des génocides qui doivent encore se taire ou des colonisations aux apports "positifs". Si une loi qui reconnaît la souffrance de victimes, même au passé, se veut une leçon de courage et une affirmation sans équivoque, que dire de ces atermoiements autour de l'histoire officielle ? Simplement, j'espère que les historiens indépendants poursuivent leur oeuvre et que toutes les histoires marginales nous rappellent l'essentiel...
  • Loi du plus fort : version modernisée du "Oui, notre bon maître !", elle se revêt des oripeaux du parlementarisme pour faire passer en force les fameuses lois douloureuses "mais nécessaires". Ainsi, il y eut un plan global, dans le temps, un contrat pour l'école ou un pacte intergénérationnel (tiens, il y a eu une guerre ?). Ainsi, on voit des émissaires du  Seigneur Medef apporter leurs propres versions des chartes à adopter qu'ils transmettent à leurs élus-relais. Ainsi, les groupes de pression assurent leurs intérêts, en négociant avec le gouvernement, s'il le faut. A ce sujet, la récente loi sur les droits numériques, qui doit être rediscutée en France,ou les campagnes qui officialisent Windows chez nous sont de jolis exemples : plus besoin de siffler l'autorité, elle vient toute seule, pantoufles en gueule...  En même temps, ces mêmes grandes entreprises se donneront les moyens de contourner les lois qui leur déplaisent, puisque seul celui qui connaît la loi à fond peut se permettre de l'ignorer...

Tant de souci de ma petite vie chez mes chers élus me donne le tournis : dans mes rêves, je distingue une nuée de politiciens qui veillent sur mon sommeil comme des fées. Et bien, les fées ont de sales têtes, ces temps-ci... Je me demande si je ne vais pas essayer d'échapper à tant de sollicitude dans une île déserte, s'il en reste encore une, une belle île où ne subsiteraient que quelques balises caressées par le vent... Enfin, si la loi autorise encore les ermites incapables de nager à sombrer en Arcadie... 


08:36 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

06/01/2006

I'm beginning to see the light

Les lucioles diffusaient leur lumière douce sur la colline déchiquetée : les traits ténus tissaient des toiles dans l'ombre morte, sous le regard un peu las d'Obéron. Depuis des siècles, il marchait, dernier survivant des mythes abandonnés, des rêves enfouis sous les néons agressifs des fausses nuits de la ville. L'éclairage public n'offrait de refuge qu'aux tapins blafards, aux prédateurs et à leurs lames étincelantes. S'en suivaient des gyrophares ponctuels : leurs hurlements tenaient lieu de rugissement dans la faune nocturne. Et la ville irradiait toujours plus loin, elle masquait la campagne dévastée de ses lueurs aveuglantes...
 
Sauf au flanc de cette colline sombre où la lumière retrouvait la douceur des ombres, pour des ébats nocturnes intenses mais fugitifs. Obéron croyait même entendre les bruissements des petits lumignons qui s'emmêlaient puis se quittaient pour s'ébattre plus loin... Il s'étendit au bord du ruisseau : s'y reflétaient les nuances de la vie nocturne dans l'éclat un peu passé de l'eau trouble. Obéron rêvait...
 
Il songeait à ces lanternes qui transportent les âmes des morts au fil de l'eau, à ces feux où dans des banquets de fête on se séparait de ceux que l'on avait aimés, à ces tables où l'on lisait les astres. A cette époque où les hommes rêvaient plus haut, toujours davantage au-delà d'eux-mêmes, sans se laisser contraindre par leur confort. Il songeait aussi aux chimères, aux dragons, aux licornes, à ces luminescences et langues de feu que le progrès avait muées en chaudrons infernaux où les nouveaux sorciers appelaient à canaliser la force brute de la lumière. Certains avaient même prétendu l'analyser et la mesurer : mais mesure-t-on ce qui nous dépasse et nous échappe ?
 
Obéron mourut dans un songe  : une ronde de lucioles accompagna son rêve évanoui.
 
 

Librement inspiré
d'une des photos
trouvée sur le site
de ma cousine Nathalie

05:12 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

02/01/2006

Bonne année, donc...

Les réveilons, je les redoute souvent : ils sont précédés, pour moi, d'un gros moment de misanthropie où je remettrais en cause l'humanité entière au nom de mes hantises personnelles.
 
Et puis, le mouvement l'emporte et viennent les petits plaisirs : les rencontres, les découvertes qui permettent de passer d'une année à l'autre sans s'enfermer dans des bilans mais en poinatnt de nouveaux horizons... Même si au petit matin on se rêverait volontiers vampire pour ne pas trop voir ce fichu soleil qui vous tape sur la nuit blanche...
 
Pendant une semaine au moins, on pense au plaisir avant tout : on s'extrait de la routine pour savourer. Quoi donc ? Les petites joies qui parsèment nos jours toute l'année mais dont on se rappelle seulement lorsque les rites nous les ressortent : à moins d'être un admirateur de Delerm (le père, celui qui écrit des textes insignifiants sur des banalités avec platitudes) ou de Delerm  (le fils, qui nous soulage tellement quand sa chanson s'arrête : y a pas de bobo !)
 
Nos plaisirs nous reviennent donc au palais : ils acquièrent le goût extraordinaire des saveurs que nous négligeons, parce que nous n'avons ou ne prenons pas le temps, parce que nos discussions se trouvent supplantées par le bruitage importun des médias, parce que l'atmosphère ambiante se préfère bien sinistre, comme si la grisaille constituait enfin la raison d'exister. Et parce que nous nous laissons chaque jour formater notre plaisir, en nous rappelant seulement à l'occasion que nous pouvons nous l'approprier.
 
Je ne peux vous souhaiter tout le bonheur du monde, comme dans la chanson. Je ne peux vous souhaiter des événements heureux. Je ne peux vous dire que je vais vous aimer, vous apprécier ou éprouver de l'affection pour vous, les réels comme les virtuels. Je ne peux vous dire qu'on va causer, s'émouvoir, s'enguirlander ou rigoler ensemble. Je ne peux vous promettre ce dont nous disposons tous déjà : je peux juste nous rappeler que chacun de ces instants que nous partageons nous est précieux, même quand les fêtes se terminent.
 
A bientôt

13:22 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |