01/02/2006

L'école coûte cher...

 

Un rapport sur le prix de l'école et le Parlement de la Communauté française de pousser des cris d'orfraie... Cette même Communauté françaises qui, il y a peu, invitait les directions d'école qui se plaignaient de la hausse du coût de l'énergie  - et ce n'est pas rien dans des établissements qui ont été mal isolés, quand les potaches ne doivent pas se contenter de simples préfabriqués ou de cathédrales du savoir, au plafond haut comme un espoir déçu - de prélever la différence sur leur frais de fonctionnement.

 

Alors, si au lieu d'envisager de nouvelles solutions délirantes, qui obligeront encore davantage les équipes à rendre des comptes, nous demandions une publication des comptes des écoles ? Si le budget des dépenses, subventions et recettes devenait d'une clarté évangélique ? Et, rêvons un peu, si les diverses associations de parents indiquaient précisément leur lot de souscriptions facultatives vite rendues obligatoires par les nécessités d'entretenir de bonnes relations ? Si l'on demandait en effet à certaines écoles de lever l'équivoque sur ces cours particuliers rendus nécessaires par des notes désastreuses et assumés par ceux-là même qui les établissent, ces notes ? Et si établissait le nombre d'intervention pour les sorties pédagogiques que les sanitaires de cabinet auraient pu payer ? Ce serait sans doute la douche froide...

 

Il y a beaucoup d'écoles qui fonctionnent honnêtement : sans doute parce que les profs qui y exercent se montrent davantage fidèles à leur métier qu'au discours trouble de l'institution. D'autres pratiques que celles décrites dans ce rapport, qui concerne environ 600 élèves sur plus de 400.000, existent : les écoles de devoir sérieuses (il en est d'autres, financées en véritables ASBL) ou les tutorats, à l'inscription purement symbolique ; les frais assumés pour les élèves en attente d'un satut, qu'ils soient mineurs non accompagnés, dépendant d'un centre d'asile ou à charge du CPAS local ; les interventions sociales diverses et bien d'autres choses encore... Il est vrai que certaines de ces interventions passent par des caisses noires, parce qu'une fête scolaire rentable peut parfois permettre à des élèves en situation délicate de partir en voyage... Je donnais cours il y a quelques années à des élèves dont le père avait travaillé à Clabecq : l'association des parents a dû intervenir pour leur permettre de partir pour Prague avec leurs copains de classe...

 

Au fond, ce débat sur l'école est encore amusant : il est probable qu'il débouchera sur une mesure cosmétique sans grand intérêt, comme la Communauté française s'en est fait une spécialité. Il est vraisemblable encore que la dualité des établissements scolaires sera toujours aussi criante, et ce dans chaque réseau : que l'école riche du coin assumera le façadisme institutionnel au moyen d'un quota d'élèves en difficulté sociale et pourra affirmer, confite dans sa charité paternaliste, qu'elle a ses pauvres. Tandis qu'ailleurs des pédagogues outrecuidants d'imbécilité ou des politiques en panne de fadaises originales feront mine de s'interroger sur ces élèves qui rentrent à la maison avec du travail, une notion que méconnaissent leurs parents ou même leurs grands-parents, et reviennent à l'école sans l'avoir effectué...

 

L'école coûte cher : d'accord. Que la Communauté française la dote donc de crédits de fonctionnement suffisants et qu'elle lui permette d'assumer ses missions éducatives à moindres frais : en assurant la gratuité des écoliers dans les musées, expositions et théâtres qu'elle subventionne, par exemple ;en assurant des services de transport en commun gratuits ; en acquittant les frais du matériel scolaire nécessaire ; en payant un ordinateur portable à chaque élève du secondaire...

 

Oui, je sais, c'est bon de rêver un peu. Bon, je m'en vais relire ces débats idiots où les participants parlent comme Chapi et Chapo... l'innocence en moins.

21:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Nuances... Cher Ubu,
Comme d'habitude, d'accord sur presque tout, mais...
Les classes de neige, de campagne et autres petits voyages facultatifs devraient être vraiment facultatifs, c'est à dire avoir lieu pendant les vacances scolaires (et il ne devrait pas y être donné cours, évidemment).
Les "syllabus" devraient être sur Internet afin que les enfants puissent les acheter au moindre coût et où ils veulent.
Les cours particuliers pourraient être gratuits et donnés pendant les heures de "fourche" des profs. Je suis persuadé qu'il y en aurait nettement moins. ;) ;)
L'école pluraliste... Eh oui, j'y tiens, mais toi aussi, je crois!
Tu vois que nos opinions sont proches!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 01/02/2006

Les classes de neige... pendant les vacances scolaires. Cela ne tient pas la route !
Pour les syllabus, entièrement d'accord mais il faut vaincre l'individualisme des profs. Pas évident. C'est une maladie chez eux : critiquer le collègue et à la limite l'enfoncer comme s'ils n'avaient que cela à foutre et sans que cela puisse leur apporter une satisfaction financière ou autre !
Les cours particuliers (rien à voir avec les heures de rattrapage) ne doivent
pas exister !
De toute façon, ce n'est pas au niveau des profs que les problèmes se posent mais au niveau des directions d'établissement (le fameux principe de Peter !).
Suis de mauvaise humeur ! Sorry.
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 02/02/2006

... Les cours sur internet? Faudrait arrêter de penser que tout le monde est connecté. Ca me rappelle une directive il y a quelques années demandant aux sans-abri d'envoyer leur demande d'aide... par fax!
Ceci dit, Ubu, c'est bien gentil tout ça, mais comment on fait pour financer la gratuité dans un pays où des sociétés qui licencient demandent d'abord à notre ministre de finances si elles ne pourraient pas bénéficier d'abattements fiscaux? :( Peut-être dans notre pays, faufdrait-il essayer un gouvernement PS ecolo, pour se débarasser des fâcheux qui fâchent. :)
ceci redit, perso, j'ai été aux Jésuites, la notion de gratuité de l'école m'est donc aussi étrangère qu'une cellule grise dans le cerveau d'Alain Destexhe :)

Écrit par : aldagor | 02/02/2006

1er commentaire je dois me prononcer sur le sujet ?
ben, j'ai 3 mômes
l'école est loin d'être gratuite
la plupart des sorties sont non-obligatoires
mais je n'ai pas le coeur de refuser
y'a un truc indiscutable à l'école de mes singes : ils s'y sentent bien, très bien
et ça, ça n'a pas de prix !
allez, je crois que je reviendrai ...

Écrit par : pommefraise | 02/02/2006

Bonjour Heureux de rencontrer Pomme-Fraise,qui elle avec 3 gosses vit le problème en direct.
Quant à moi,je me souviens,au lieu d'expositions,musées,théatres,voyages.....nous avions " école " samedi y compris.Nous possédions un matériel désuet.
Mais je me souviens aussi qu'on étudiait.C'est peut-être là le noeud du problème.
Je suis de bonne humeur et à toi mon cher Ubu toute mon amitié.
A te revoir bientôt.

Écrit par : DUKE | 02/02/2006

Salut à mon collègue d'en face! L'école coûte cher, "refinancez l'enseignement ou ... testez l'ignorance" disait-on déjà bien avant les grandes grèves. A part ça, c'est vrai que, dans tous les réseaux, il y a des "dames patronnesses" qui ont leurs petits pauvres (le minimum) de façade. Au-delà, je suis aussi pour la transparence des comptes. Quant au sports d'hiver (Armand) pendant les vacances, j'ai été moniteur de ski pour mes élèves pendant des années pendant le congé de Carnaval, je payais mon voyage et mon logement et nous organisions avec les élèves des tas d'activités pour financer le voyage et en mutualiser le prix. Amitiés!

Écrit par : FC | 02/02/2006

Bonsoir ou presque ;))) Cher Armand,
Je ne suis pas un fana des voyages mais je peux comprendre le désir des élèves de partir au moins un jour ensemble : un souvenir a-t-il un prix ? ;)) ET c'est parfois le moyen de voir en réalité ce qui resterait seulement virtuel. Sinons, pour le reste, d'accord en effet ;))

Cher Rhadamanthe,
Il serait au moins possible de le faire (c'est d'ailleurs le cas en langues germaniques chez nous) à condition qu'on nous laisse faire ;)) Nous avons déjà envisagé de faire des référentiels communs avec les collègues mais pas pris ni eu (ce qui est fou, indubitablement) le temps ! Et nous avons le chance de bien nous entendre, malgré nos styles différents ;)) Tout arrive...
Les cours particuliers ne devraient pas exister : bien d'accord avec toi... si les travaux des élèves étaient toujours réalisables par eux seuls. Un petit exemple : j'ai aidé un jour des élèves qui s'étaient vu donner pour devoir la recheche de noms de collectionneurs... Mission impossible, à moins de trouver un article sur le sujet ou de disposer d'un Thesaurus (pas fréquent dans les familles) J'ai donc amené le Thesaurus et expliqué comment il fonctionnait, et après j'ai expliqué quelques principes d'étymologie... gratuitement ;))
Quant au principe de Peter : savais-tu que moins d'un tiers des candidats avaient réussi le brevet de préfet des études ? ;))

Cher Aldagor,
On met de fait l'effet avant la cause : on détruit les possibilités sociales de pas mal d'institutions, on diminue les charges sociales... Et que font les entreprises ? Elles restructurent en se plaignant du coût des charges sociales qu'elles font elles-mêmes augmenter...

Chère Pommefraise,
Je te remercie de ton passage ;)) Et je comprends que tu cèdes : il n'est tout de même pas si fréquent que les mômes aient envie d'aller à l'école et qu'ils y prennent plaisir ;))

Cher Duke,
Certes on étudiait... ou on se retrouvait au travail comme apprenti ou comme ouvrier peu qualifié ou encore comme mineur : maintenant, même les métiers en apparence les plus simples exigent une formation de base... que certains gosses n'obtiendront jamais à l'école parce qu'ils n'y vont pas... On les y traîne.

Cher FC,
Nous faisions aussi grève pour nous, tout de même ;)) Sinon, je comprends bien ta défense des voyages ou des activités communes : c'est manifestement important pour les ados ou les enfants

Amitiés en bloc et en particulier ;)

Écrit par : Ubu | 03/02/2006

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