12/02/2006

Pour faire une jam ?

La jam, c'est ce rassemblement de musiciens de jazz qui ne jouent pas forcément ensemble, d'habitude, mais vont improviser une session pour rendre dingue leur public. Chacun y va de sa note, en toute indépendance, et pourtant tout le monde parvient à jouer ensemble.  

 

Elle est là, notre harmonie : un bordel ambiant, toujours renouvelé, où la communication fuse sans coercition, parce que chaque note de chaque musicien a son importance pour tous les autres, parce que le tempo vachard qu'impose l'un n'est pas une menace mais une invitation joyeuse et attentive à lancer la machine... Des règles ? Oui, il en reste mais la priorité reste de jouer ensemble et de donner le meilleur spectacle possible au spectateur, de l'inviter à s'agiter.

 

On commémore énormément ces temps-ci, de la manière la plus indigeste qui soit, comme si la culture ne devait être que patrimoniale. On se cabre aussi beaucoup sur de grands principes parce qu'il faut bien prétendre que l'on défend quelque chose, même si l'attaque existe peu, en fait, et se résume à des concerts de pacotille, de la musique faux-jeton qui dissimile sous des accords tonitruants des mélodies bien simplettes.  On nous apprendrait presque à marcher au pas, à vivre au pas, à choisir son camp au pas de charge, à mourir pour de quelconques gesticulations qui n'ont rien d'idées.

 

Et nous oublierions vraiment que la vie s'improvise ? Que chaque événement est une expérience, unique et nécessaire mais qui sera très vite remplacée par l'expérience qui suit ? Voulons-nous vraiment nous résumer à une seule facette, alors que nous nous connaissons instables et multiples ?  Désirons-nous réellement nous accrocher à nos petites images, nos mythes contemporains, qui racontent la réalité et ne permettent pas de la décrire, puisqu'il reste impossible de décrire et de résumer en même temps ? Acceptons-nous d'aérer nos petites idées, toutes modestes qu'elles soient, pour éviter de camper sur des positions qui n'ont rien d'un équilibre mais nous figent dans un bourbier ?

 

La démocratie existe : c'est un fait ! Elle vit au jour le jour, avec ses notes nécessaires, ses moments d'échanges, ses envolées lyriques, ses instants fortuits. Comme la  jam, elle bouge et elle vit au jour le jour. Chacun y pousse sa note en donnant autant son attention à tous ceux qui jouent : chacun la constitue, y compris dans ses fausses notes.

 

Il est peut-être un peu tôt pour enterrer la jam au cimetière des idées, puisque ce soir on improvise encore !

11:40 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

Commentaires

La démocratie existe et comme tu le dis: y compris dans ses fausses notes.
Bon dim...

Écrit par : 1789 | 12/02/2006

Participer. Cher Ubu,
Dans ce genre d'activités, l'important, c'est de participer!
Un peu comme les joueurs de cartes qui jouent sans enjeu, les familles qui visient des labyrinthes dans les champs de maïs en été, les randonnées à vélo...
L'instinct grégaire, c'est dans nos gènes... et c'est très bien!
Les règles du jeu dans une jam me font un peu penser au "il est interdit d'interdire". Quand on commence, malgré tout, à interdire, on ne peut plus s'arrêter et c'est la voie ouverte à des dictatures aux règes changeantes, donc "de droit divin"! Tiens, cela me fait penser à plusieurs partis politiques! ;) ;)
Amitiés.

Écrit par : Armand | 12/02/2006

Omission Les randonnées en vélo EN GROUPE, évidemment!

Écrit par : Armand | 12/02/2006

Cher collègue, j'aime beaucoup ce post! ... J'ai eu un collègue contrebassiste qui laissait son instrument à l'école. Régulièrement, il lancait dans la salle des profs un appel aux "fourcheurs musiciens": "On ferait pas un peu de musique?" Et c'était parti ... j'ai beaucoup participé, avec la guitare du préfet qui avait le bon goût de la laisser à disposition dans son bureau ...
Je retiens de ces pauses musicales que chacun pouvait y jouer à la mesure de son talent mais qu'il fallait écouter les autres, faire attention à leurs entrées et sorties. Vivre la démocratie, dans nos rapports humains, nos rapports de fonction, c'est aussi de cet ordre là! J'aime cette évocation de la Démocratie.

Écrit par : FC | 12/02/2006

.. J'ai pas l'oreille musicale. Dois-je voter, du coup, pour le FN??? :)

Écrit par : aldagor | 12/02/2006

jamin'around ah que j'aime ce post! comparer la vie à du jazz, une vraie poesie! Je m'en vais de ce pas swinguant affronter les partitions, avec en tête un petit air de l'atomic Basie.
Merci m'sieur Ubu, de ce joli moment.

Écrit par : fun | 13/02/2006

La musique.... ... je l'adore, elle rythme mes journées. Que serait le jazz sans improvisation ? Vivre comme vous le dite si bien, la non- improvisation arrange beaucoup trop de monde. Improviser, une nécessité !

salutations

Écrit par : Le pèlerin vagabond | 13/02/2006

Cela me fait penser à un bon moment... Que ton post tombe bien.
Samedi, lors d'une visite à ma belle-famille, nous avons eu droit à une réflexion sur la vie. En effet, mon beau-frére, complètement perdu face à l'avenir et au choix d'orientation, nous répétait sans cesse que nous vivons dans un monde pourri par l'argent et rempli de contraintes inutiles.
Pourtant la soirée s'est terminée d'une manière charmante sur fond d'improvisation musicale (piano, violon et moi à la flûte avec le peu de notes qui me restaient en tête).
Comment faire comprendre à la nouvelle génération que nous vivons peut-être dans un monde difficile, mais que nous avons l'opportunité d'y apporter ne fut-ce qu'un minime changement en agissant un tout petit peu???

Bonne soirée Ubu et joyeuse Saint-Valentin (je sais que tu adores ça!!!)

Écrit par : Zora | 14/02/2006

Je me demande... si les ménestrels se passent toujours du cirage sur la figure,
si le goulag existe toujours pour les fausses notes,
si les contre-temps sont permis,
si la musique adoucit les moeurs,
si la présence du chef d'orchestre et de sa baguette est nécessaire,
si la vie est valse, polka, tango, madison, twist ou bourrée.
Mais j'apprends à l'instant que Zora joue du pipeau (un talent caché sans doute).

Écrit par : Votre Cousin | 14/02/2006

Les musiciens... ont un gros avantage sur le commun des mortels : ils parlent la même langue !
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 15/02/2006

Grisaille: il est temps de pousser une note optimiste!
Couac par exemple

Écrit par : Epiqure | 15/02/2006

Djam djam djam ? Depuis le petit Arménien aphone plus personne ne savait ce que cela voulait dire d'ailleurs, maintenant on dessine pour faire se rencontrer des tas de gens ...
bon, enfin, si la démocratie c'est faire une jam,
allons-y...

Écrit par : xian | 16/02/2006

si la vie c'est du jazz moi je suis une clarinette ... j'adore me faire tripotter de (do) .

Écrit par : zelda | 19/02/2006

Jam Comparer la vie à une jam, pourquoi pas? Mais tu as tendance, je crois à idéaliser les jams. Contrairement à ce que tu dis, il y a des tempos vachards qui sont menaçants. Le monde du jazz est très fermé, la rivalité y est reine (sauf peut-être quand c'est Mc Laughlin qui jamme avec Bireli Lagrène ou des gens de cet acabit). Les musiciens testent régulièrement les nouveaux en tentant tout pour les déstabiliser notamment justement au niveau rythmique. Déjà, en Belgique en tout cas, il est très difficile d'être accepté sur scène pour jammer si on n'appartient au cercle très fermé des écoles de jazz.
Par ailleurs la plupart des jams sont assez inintéressantes car les jazzmen n'y font que répéter des schémas post Bebop éculés. Le temps des jams de la grande époque Be Bop est loin, quand naissait la nuit une créativité extraordinaire parce les musiciens experimentaient et inventaient quelque chose de si nouveau, jouaient des notezs jamais entendues
Je pense qu'il faut un minimum de contrainte dans l'art comme dans la vie pour construire véritablement quelque chose. Dans les albums de jazz, il y y toujours beaucoup d'improvisation bien sûr mais toujours précédée d'une direction qui est donnée par le meneur.
La vie, je crois est plus comme la musique en général (classique, pop, traditionnelle...) que comme les jams en particulier. Un carcan contraignant (une grille d'accord, une partition, des directions de production ou de chefs d'orchestre) qui permet à la liberté , le risque ou l'improvisation de s'épanouir vers de nouveaux horizons à conquérir plutôt que d'improviser en vain, juste pour le joyeux bordel.
C'est une question de dosage.

Écrit par : TT | 20/02/2006

Tony was here buona sera.

Écrit par : 1789 | 21/02/2006

Pour te dire je te lis - même si tu n'en vois pas trace :-)
Porte-toi bien.

Écrit par : Nortine | 22/02/2006

Suis-je encore de ce monde ? ;))) Et oui :)))
Mais pas avant lundi ;)

Écrit par : Ubu | 25/02/2006

I'm dreaming of a white christmas ? Cher 1789,
il y a des couacs qui sont pleins de douceurs ;)) Sinon, j'étais ici aussi, mais un peu plus tard : quel heureux hasard ;))

CHer Armand,
La liaison des individualités, il n'y a que cela de vrai ;)) L'improvisation ne se préoccupe pas d'interdits : elle les transgresse ;))

Cher FC,
Je vous accompagnerai d'un sifflement virtuel : cela vaut mieux pour nos oreilles ;))

Cher Aldagor,
Je ne crois pas que tu sois friand de marches militaires ;))

Chère Fun,
Attention à la friction des atomes ;))

Cher Pélerin,
Improviser, c'est vivre... tout simplement ;)) Carpe diem :))

CHère Zora,
J'apprends donc que vous jouez de la flûte : je suis, pour ma part, partisan de la grosse caisse :))) Mais fallait-il te le préciser ? ;))

Mon Cousin,
Un petit swing pour vous remettre de vos idées noires ? ;))

Cher Rhadamanthe,
Peut-être que les musiciens ne cherchent pas un sens à chaque note ? ;)))

Chère Epiqure,
N'importe quelle note vit ;))

Cher Xian,
Aznavour aphone ? Oui, mais avec un sacré tempo ;))

Chère Zelda,
Comme dirait un ami cuivré : uniquement dans les coulisses ? ;))

Cher TT,
Je t'invique à cliquer sur l'image pour te faire une idée du joyeux bordel des jams. Sinon, je préfère l'anarchie harmonieuse, avec un meneur qui n'impose pas trop : pense à Ellington et à ses musiciens indomptables, comme Gonsalvez, et à tous ceux, bons ou mauvais, qui s'envolent loin des partitions métronomiques lourdes d'intentions. Je préfère mes légèretés aux structures pesantes : la musique s'envole, de toutes façons, comme nous ;))

Chère Nortine,
Je te remercie : tes bulles poétiques manquaient ;))


Décidément, il n'y a pas de Chloé parmi mes lectrices. Je ne peux demander à personne s'il est "arrangé par Ellington" ? ;))

Bonne nuit ;))

Écrit par : Ubu | 01/03/2006

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