28/02/2006

Loin de Missoula

Je me suis lancé dans un voyage imaginaire, vers Tacoma, pas très loin du Montana. J'escomptais y pêcher la truite, comme on le fait en Amérique, et me pourlécher de sucre de pastèque, en rêvant de morts illusoires, de mains toutes gentilles qui reviennent d'avoir fait l'amour. L'express du Montana démarrait de Tokyo : je le saisis dans mon vol fiévreux, m'installai dans la Hawkline et prolongeai mes chimères vers l'ouest de nulle part. Tacoma n'apportait que son mort absent, ses illusions perdues, sa Babylone de plus en plus privée. Le village bruissait encore des sifflotis d'oiseaux enroués, comme si leurs larmes ne s'étaient pas encore taries après la mort de Richard, il y a plus de vingt ans, sous le soleil écrasant de la Californie... Serait-il mort de n'être que passé par Missoula ?

 

Quelqu'un saurait-il combien de temps un oiseau vit son deuil ?

 

Missoula serait ma prochaine frontière.

23:06 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

25/02/2006

Mon Montana à moi.

J'ai fait des rêves de Montana, loin des petits soucis quotidiens et des pépins de santé.

 

J'atterris lundi.

 

Bon ouiquainde à tous

 

 

13:22 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

12/02/2006

Pour faire une jam ?

La jam, c'est ce rassemblement de musiciens de jazz qui ne jouent pas forcément ensemble, d'habitude, mais vont improviser une session pour rendre dingue leur public. Chacun y va de sa note, en toute indépendance, et pourtant tout le monde parvient à jouer ensemble.  

 

Elle est là, notre harmonie : un bordel ambiant, toujours renouvelé, où la communication fuse sans coercition, parce que chaque note de chaque musicien a son importance pour tous les autres, parce que le tempo vachard qu'impose l'un n'est pas une menace mais une invitation joyeuse et attentive à lancer la machine... Des règles ? Oui, il en reste mais la priorité reste de jouer ensemble et de donner le meilleur spectacle possible au spectateur, de l'inviter à s'agiter.

 

On commémore énormément ces temps-ci, de la manière la plus indigeste qui soit, comme si la culture ne devait être que patrimoniale. On se cabre aussi beaucoup sur de grands principes parce qu'il faut bien prétendre que l'on défend quelque chose, même si l'attaque existe peu, en fait, et se résume à des concerts de pacotille, de la musique faux-jeton qui dissimile sous des accords tonitruants des mélodies bien simplettes.  On nous apprendrait presque à marcher au pas, à vivre au pas, à choisir son camp au pas de charge, à mourir pour de quelconques gesticulations qui n'ont rien d'idées.

 

Et nous oublierions vraiment que la vie s'improvise ? Que chaque événement est une expérience, unique et nécessaire mais qui sera très vite remplacée par l'expérience qui suit ? Voulons-nous vraiment nous résumer à une seule facette, alors que nous nous connaissons instables et multiples ?  Désirons-nous réellement nous accrocher à nos petites images, nos mythes contemporains, qui racontent la réalité et ne permettent pas de la décrire, puisqu'il reste impossible de décrire et de résumer en même temps ? Acceptons-nous d'aérer nos petites idées, toutes modestes qu'elles soient, pour éviter de camper sur des positions qui n'ont rien d'un équilibre mais nous figent dans un bourbier ?

 

La démocratie existe : c'est un fait ! Elle vit au jour le jour, avec ses notes nécessaires, ses moments d'échanges, ses envolées lyriques, ses instants fortuits. Comme la  jam, elle bouge et elle vit au jour le jour. Chacun y pousse sa note en donnant autant son attention à tous ceux qui jouent : chacun la constitue, y compris dans ses fausses notes.

 

Il est peut-être un peu tôt pour enterrer la jam au cimetière des idées, puisque ce soir on improvise encore !

11:40 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

03/02/2006

Je dois vous faire un dessin ?

Je me dis tout de même qu'il y a des caricaturistes qui prennent des risques dans la vie...

19:20 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (41) |  Facebook |

Une petite caricature ?

 

- Presque l'affaire du nouveau siècle ; un vrai tremblement de terre !

- Quoi donc ?

- Oh, une douzaine de dessins.

 

Et mon interlocuteur de hocher ses quatre têtes, signe de perplexité du Plutonien qui décidément ne comprend rien à rien. Et moi de devoir lui expliquer les propos du journaliste qui se sent bafoué et se pose en martyr de sa quête de la vraie presse. Ah, ces médias...

 

Douze dessins produits par un "journal", une feuille de chou pas très catholique (Aïe : comment je l'explique à mon Plutonien, cette expression ?) a donc demandé à ses dessinateurs de représenter le prophète des musulmans. Et le problème surgit dans l'amalgame produit par ces dessins entre le principe d'une religion, qui interdit la représentations de ses grandes figures, et le principe de la liberté de la presse. Et surtout, il y a toutes ces généralités qui pèsent sur nombres de particuliers....

 

Qu'un journal prétende à la satire idiote (où à la propagande, vu le sérieux presque pompier des dessins) n'est pas légalement répréhensible, tout comme les propos marmonnés par un comique sinistre qui se pense drôle en proférant un "Heil Israël" pitoyable. C'est juste une sorte de concours d'imbécilité, pas vraiment malin et qui prouve simplement que la connerie malveillante existe. Rien de neuf sous le soleil : l'absence de talent se pare souvent dans les oripeaux d'une provocation mal rapiécée.

 

Mais, disais-je à mon interlocuteur plutonien, qui me fixait de ses huit yeux, dont deux clignotaient en cadence, le problème, c'est que la bêtise se crée son martyrologue à peu de frais... Ainsi, il y eut des artistes qui essayèrent de transgresser avec intelligence : Salman Rushdie et ses "Versets sataniques", Godard et son "Je vous salue Marie" (je pense que je vai emmener mon ami Plutonien voir un Godard : juste pour le plaisir de le voir clignoter) ou Scorcese avec sa "Dernière tentation"... Ils furent menacés : un traducteur du premier et un spectateur du troisième y laissèrent même leur peau. Les extrémistes n'aiment pas la subversion : le fait est donc connu... Certains y virent un créneau, un terreau pour leurs idées fumeuses, une occasion d'exister : ainsi du comique pas drôle déjà cité ou des journaleux ineptes présents. Et ici, il n'y a pas d'oeuvre à défendre ou de cause, ou de principe : juste la bêtise du martyr qui, de fait, tient un discours irresponsable et haineux... Qui rencontre un écho au-delà des extrémistes habituels : parce que la bêtise choque. Qui engendre des réactions démesurées : parce que les extrémistes de tous bords aiment manipuler leur monde.

 

- Bref, ici il n'est pas question d'information ou de censure ?  me dit mon Plutonien de son unique bouche dotée de la parole.

- Non, juste de bêtises dignes d'une cours de récré mais qui se parent de la dignité pour qu'on ne les regarde pas de trop près.

- Mais alors, pourquoi tant de haine ?

- Parce tout le monde aime cela : la haine est médiatique, photographique et télégénique. Elle fait vendre : les uns vendent leurs photos "choc", les autres lancent leurs discours incendiaires. Et, au fond, leur manque de crédibilité disparaît sous le tintamarre, sous l'oeil apitoyé de vrais journalistes, pas vraiment soucieux d'un corporatisme de bas-étage, ou de musulmans épris de démocratie.

- Et pourquoi ne concevez-vous pas cela comme de la satire ?

- Parce que cette histoire n'est même pas drôle, parce que ces dessins se veulent choquants alors qu'ils jouent sur le fonds douteux des petites haines ordinaires, parce que les Etats qui donnent de la voix se montrent beaucoup plus taciturnes lorsque l'on évoque leur manière de considérer les droits de leurs populations, qu'ils oppriment.  Parce que des journalistes s'estiment choqués par les menaces visant leurs confrères et oublient de s'interroger sur la déontologie de ceux-ci, parce que des croyants sincères s'estiment agressés sans se demander si des terroristes qui revendiquent des idées qui leur seraient communes ne seraient pas davantage injurieux que des dessins ineptes. Parce qu'il est demandé à chacun de se choisir un camp dans une guerre qui n'a pas lieu d'exister, parce que l'on oublie les journalistes morts en faisant leur métier, les menaces proférées contre une dame qui pouvait travailler avec son voile. Parce que les un prêchent la croisade et les autres le djihad, tandis que nous tous rêvons simplement de finir par nous connaître et nous entendre. Parce que chacun doit être libre d'exprimer ses opinions, s'il en assume la responsabilité, ou ses convictions, s'il admet que d'autres n'y adhèrent pas mais que le temps préfère les cris d'orfraie et les hurlements martiaux. Non, toute cette histoire n'est pas drôle.

- Et vous qu'en pensez-vous ?

- Je crains de ne pas avoir été objectif, vous m'en excuserez. En fait, tout comme Tristan Bernard: "Je ne hais que la haine" Et comme elle est le sentiment le plus facile à exacerber chez les simples quidams...

 

Mon ami me serra la main quatre fois (il connaît certains de nos usages) avant de s'en retourner vers sa charmante planète. Je crois qu'il doit à présent goûter le plaisir de sa campagne : si elle est un peu fraîche, on s'y prend même la tête pour des carabistouilles.

 

Forcément, avec quatre têtes...

17:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

01/02/2006

L'école coûte cher...

 

Un rapport sur le prix de l'école et le Parlement de la Communauté française de pousser des cris d'orfraie... Cette même Communauté françaises qui, il y a peu, invitait les directions d'école qui se plaignaient de la hausse du coût de l'énergie  - et ce n'est pas rien dans des établissements qui ont été mal isolés, quand les potaches ne doivent pas se contenter de simples préfabriqués ou de cathédrales du savoir, au plafond haut comme un espoir déçu - de prélever la différence sur leur frais de fonctionnement.

 

Alors, si au lieu d'envisager de nouvelles solutions délirantes, qui obligeront encore davantage les équipes à rendre des comptes, nous demandions une publication des comptes des écoles ? Si le budget des dépenses, subventions et recettes devenait d'une clarté évangélique ? Et, rêvons un peu, si les diverses associations de parents indiquaient précisément leur lot de souscriptions facultatives vite rendues obligatoires par les nécessités d'entretenir de bonnes relations ? Si l'on demandait en effet à certaines écoles de lever l'équivoque sur ces cours particuliers rendus nécessaires par des notes désastreuses et assumés par ceux-là même qui les établissent, ces notes ? Et si établissait le nombre d'intervention pour les sorties pédagogiques que les sanitaires de cabinet auraient pu payer ? Ce serait sans doute la douche froide...

 

Il y a beaucoup d'écoles qui fonctionnent honnêtement : sans doute parce que les profs qui y exercent se montrent davantage fidèles à leur métier qu'au discours trouble de l'institution. D'autres pratiques que celles décrites dans ce rapport, qui concerne environ 600 élèves sur plus de 400.000, existent : les écoles de devoir sérieuses (il en est d'autres, financées en véritables ASBL) ou les tutorats, à l'inscription purement symbolique ; les frais assumés pour les élèves en attente d'un satut, qu'ils soient mineurs non accompagnés, dépendant d'un centre d'asile ou à charge du CPAS local ; les interventions sociales diverses et bien d'autres choses encore... Il est vrai que certaines de ces interventions passent par des caisses noires, parce qu'une fête scolaire rentable peut parfois permettre à des élèves en situation délicate de partir en voyage... Je donnais cours il y a quelques années à des élèves dont le père avait travaillé à Clabecq : l'association des parents a dû intervenir pour leur permettre de partir pour Prague avec leurs copains de classe...

 

Au fond, ce débat sur l'école est encore amusant : il est probable qu'il débouchera sur une mesure cosmétique sans grand intérêt, comme la Communauté française s'en est fait une spécialité. Il est vraisemblable encore que la dualité des établissements scolaires sera toujours aussi criante, et ce dans chaque réseau : que l'école riche du coin assumera le façadisme institutionnel au moyen d'un quota d'élèves en difficulté sociale et pourra affirmer, confite dans sa charité paternaliste, qu'elle a ses pauvres. Tandis qu'ailleurs des pédagogues outrecuidants d'imbécilité ou des politiques en panne de fadaises originales feront mine de s'interroger sur ces élèves qui rentrent à la maison avec du travail, une notion que méconnaissent leurs parents ou même leurs grands-parents, et reviennent à l'école sans l'avoir effectué...

 

L'école coûte cher : d'accord. Que la Communauté française la dote donc de crédits de fonctionnement suffisants et qu'elle lui permette d'assumer ses missions éducatives à moindres frais : en assurant la gratuité des écoliers dans les musées, expositions et théâtres qu'elle subventionne, par exemple ;en assurant des services de transport en commun gratuits ; en acquittant les frais du matériel scolaire nécessaire ; en payant un ordinateur portable à chaque élève du secondaire...

 

Oui, je sais, c'est bon de rêver un peu. Bon, je m'en vais relire ces débats idiots où les participants parlent comme Chapi et Chapo... l'innocence en moins.

21:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |