19/03/2006

Au nom de la loi ?

 

Comme je ne le disais pas, avant d'être grossièrement interrompu par moi-même, nous vivons une époque formidable : une époque de mises en boîte et de grandes trouilles.

 

La peur est partout : "La France a peur, disait Roger Gicquel avant de gicler de son fauteuil de joyeux animateur de la messe de l'info. Nous souririons presque si, sans cesse, ces mêmes propos ne venaient envahir l'information. Nous devons tout craindre : qu'un pigeon éternue et c'est la saine panique qui dervait nous amener à tricoter des deux fuseaux.  Qu'une agression se produise et voilà nombre de pékins qui vont se précipiter sur leur assurance multirisques, tout confort, commodités communes et idées bas du front. Bref, nous avons peur, nous ressassent nos chers médias, mais de quoi et, surtout, pour quelles raisons ?

 

Les agressions existent, y compris sous leur forme la plus crapuleuse. Les épidémies, comme les violences quotidiennes, n'ont pas été éradiquées. Et les discours haineux voguent sur la vague des tous les incidents, faute de responsabilités. D'ici peu, nous voterons une fois de plus, sans pouvoir exiger de comptes : non que la malhonnêteté du corps politique soit endémique mais tout simplement parce qu'il refuse d'assumer ses pleines et entières responsabilités dans les périodes de crise. Je ne lui demanderais même pas de nous prémunir contre un danger : en fait, le monde politique prétend ne cesser de le faire et exhibe pour preuve le nombre de lois de tous ordres qu'il ne cesse de voter. Et d'infantiliser la population, ou pire, les catégories de population...

 

Le culte de la compétitivité, cet autre nom de la course à la plus grosse connerie, digne d'une cours de récréation, amène lui aussi son lot de peurs : il ne s'agit même plus de faire au mieux mais de se prémunir contre des agressions développées par une prétendue identité, il s'agit de constituer son identité comme la première de la société, comme si des chasses gardées devaient s'installer au coeur de la démocratie. D'où cet ensemble de microsociétés, ces catégories qui ont remplacé les classes sociales de l'ancien temps, auxquelles on doit s'intéresser l'espace d'une loi : comme si des marques protégées tenaient lieu d'identité. Une manière commode de solder les idées démocratiques ? La lutte contre le racisme confond tout : un dirigeant du Mrap confond les identités et l'appartenance à une religion, cautionnant ainsi des amalgames délirants. Les pouvoirs publics suscitent les amalgames au nom de leurs improbables réformes : les jeunes sont compartimentés en "sauvageons" ou en "étudiants", avec une condescendance que n'aurait pas renié l'avant Mai 68 et un effet de loupe qui nous fait oublier tout ce qui entoure ces réalités. Les boutiquiers nous mettent en catre :  les études de part de marché ne cessent de nous profiler jusqu'à nous faire perdre toute épaisseur, ce qui, pour mon cas personnel, relève tout de même de l'exploit.

 

Nous nous sommes placés sous l'égide des étiquettes : nous pensons nommer notre identité alors que nous ne sommes que des collectionneurs pathologiques d'étiquettes sociales, politiques, économiques, culturelles et cultuelles ; nous pensons désigner nos peurs parce que nous pouvons leur attribuer un nom, en fonction de l'actualité. En fait, nos peurs, comme nos identités respectives, varient au gré de notre inconstance : aucune raison d'intégrer les unes ou les autres à notre personnalité. Elles ne sont que des réflexes épidermiques, éventuellement suscitées par des visions à court terme ou imposées par toutes ces gestions à la petite semaine.  

 

Leur pire effet : nous avoir fait oublier de respecter nos différences autrement que sous le coup de la loi ou de nos représentations, en fait l'expression de nos trouilles. Nos peurs existent : c'est à nous de les affronter, sans leur chercher une commode étiquette qui nous acuqitterait de notre propre responsabilité. Dès que nous sentirons responsables, que nous nous refuserons à nous soumettre aux représentations en vogue qui n'expliquent rien, nous serons en mesure d'exiger des comptes.

 

Les lois s'appliquent à tous : à nous d'en déterminer la mesure et de ne plus les transformer en outil de compétition au nom de nos peurs inconsistantes.

 

17:50 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Salut, Ubu ! Tu manques d'énergies renouvelables ? Bienvenue au club...
Concernant nos identités, nos peurs, nos lois... j'avoue que j'ai de plus en plus de mal à rester dans le moule des choses attendues... mais la peur des conséquences reste un fameux frein !!! Qui empêche l'énergie de circuler... et la boucle est bouclée...
Je te souhaite une excellente semaine... bizzz

Écrit par : Béa | 19/03/2006

CHère Béa, Il reste toujours toutes les évasions vers ces ailleurs qui nous restent proches : et là, plus de catégorie, juste un bordel explosif. Beaucoup plus agréable ;))
Passe une bonne semaine ;)

Écrit par : Ubu | 19/03/2006

La Peur La Peur Majuscule existe moins que toutes nos petites peurs - que tu dénonces par ailleurs, ou mieux que tu mets en évidence- qui hantent nos jours, nos nuits, nos façons d'agir, de réagir ou de ne pas agir. Pourquoi "a-t-on si peur" de les reconnaître et de réagir? Question embarassante que nous occultons derrière toutes ces appartenances apparentes! Question de survie dans le quotidien à ras de terre? A quand mon envol?

Écrit par : FC | 20/03/2006

un film dans le film "V, pour Vedenta " le héros essaye de démontrer aux citoyens de sa ville qu'il faut dépasser la peur que certaines lois imposent.
Si, comme dans le film, on osait tout simqlement TOUS dire non à certains abus comme certains vols organisés par des lois dites de"contributions".....

Une loi qui est un vol pur et simple : l'impôt cadastral.
une autre loi qui est un vol pur et simple : l'impôt sur l'héritage. Et après "on" se plaint de logement. Des parents triment, terminent de payer leur maison presque à la fin de leurs jours et hop, les enfants doivent vendre pour payer la succession d'une maison tout simplement.
Pourquoi donc odéissons nous à ces lois ? Parce que si on ne les paie pas, soit on va en prison, soit un huissier vient voler le tout. Et pourquoi accpetons-nous ça ?

Ha queje rève de révoluiton comme dans le film "V comme Vendetta" ou le monde entier descend dans la rue et refuserait de payer ces arnaques dignes de mafieux !

Si l'Etat ne se mèlait pas temps de faire la charité pour les autres, je suis certaine que la vrai " contribution" instinctive chez les humains reprendrai le dessus/ le voisin n'ignorerait plus son voisin de palier, il donnerait un peu d'aide à celui qui en a besoin.
Actuellement, nous pensons tellement que c'est le rôle de l'Etat de fair etoute cette charité tout en nous pompant le peu que le travailleur peu garder, que nous avons de plus en plus de pauvres et de sans abris dans le monde entier !
Trop travailler "pour la communauté" déresponsabilise nos devoirs individuels qui se font d'individu à individu. OUi pour des impôts équilibré et pour des responsabilités individuelles et moins de fuite sous "j'ai fai mon devoir, l'Etat ma pompé, je ne donnerai pas un sou de plus aux autres. "

Écrit par : longuesjambes | 16/04/2006

Back in town ;))) Cher FC,
Peut-être aussi que nous aurions peur de regarder nos peurs en face ? Attention aux envols : j'espère que tu n'as pas le vertige ;))

Chère Longuejambes,
Assez amusant : il y a des lois répressives et des lois de protection. Ton exemple aurait pu s'accorder avec les premières et tu remets en cause, pourtant les secondes : non, la charité n'est pas naturelle à l'être humain et, d'ailleurs, quand elle s'exprime, elle est davantage le fruit d'un sentiment de supériorité que l'expression d'une sympathie. Dans une réelle démocratie, la pitié ne devrait jamais avoir à s'exprimer, puisqu'elle n'est que le symptôme d'un nombrilisme aggravé... même s'il y a de très jolis nombrils ;))
Ne me dis pas que tu crois aux discours de tous ces gens qui se prennent pour des aigles parce qu'ils veulent changer de pigeonnier ;))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 16/04/2006

Les commentaires sont fermés.