26/03/2006

Le grand silence

De retour au début du mois d'avril,

pour d'autres silences expressifs.

 

Amusez-vous bien !

21:25 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

19/03/2006

Les journalistes

Il y a des bonnes nouvelles qui me permettent des atterrissages en douceur : le tome 3 du Combat ordinaire vient de paraître. Même s'il est nettement moins touchant que le précédent et s'il sent un peu trop la transition forcée, il prend le temps de s'installer.

 

Autre bonne nouvelle : la découverte du blog de John-Paul Lepers, journaliste citoyen dont l'enquête sur Bernadette Chirac fut censurée. Une petite piqûre de rappel pour ceux qui ne croyaient plus dans une presse libre, qui me permet également de saluer les journalistes qui font encore leur boulot avec honnêteté, malgré les contraintes commerciales et les pressions de tous ordres.

18:50 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Attention, blog fumeur

Nous rappelons à notre aimable lectorat

que ce blog est fumeur est entend le rester.

Il vous est donc toujours loisible

de boire un verre,

de manger un morceau,

 de tousser, d'éternuer,

de fumer et même de ne pas fumer

en le parcourant.

En fait, vous pouvez faire ce que vous voulez,

Humphrey et Ubu n'exigent aucun compte.

 

Toute ressemblance avec la vie réelle

devient de plus en plus fortuite.

17:58 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

Au nom de la loi ?

 

Comme je ne le disais pas, avant d'être grossièrement interrompu par moi-même, nous vivons une époque formidable : une époque de mises en boîte et de grandes trouilles.

 

La peur est partout : "La France a peur, disait Roger Gicquel avant de gicler de son fauteuil de joyeux animateur de la messe de l'info. Nous souririons presque si, sans cesse, ces mêmes propos ne venaient envahir l'information. Nous devons tout craindre : qu'un pigeon éternue et c'est la saine panique qui dervait nous amener à tricoter des deux fuseaux.  Qu'une agression se produise et voilà nombre de pékins qui vont se précipiter sur leur assurance multirisques, tout confort, commodités communes et idées bas du front. Bref, nous avons peur, nous ressassent nos chers médias, mais de quoi et, surtout, pour quelles raisons ?

 

Les agressions existent, y compris sous leur forme la plus crapuleuse. Les épidémies, comme les violences quotidiennes, n'ont pas été éradiquées. Et les discours haineux voguent sur la vague des tous les incidents, faute de responsabilités. D'ici peu, nous voterons une fois de plus, sans pouvoir exiger de comptes : non que la malhonnêteté du corps politique soit endémique mais tout simplement parce qu'il refuse d'assumer ses pleines et entières responsabilités dans les périodes de crise. Je ne lui demanderais même pas de nous prémunir contre un danger : en fait, le monde politique prétend ne cesser de le faire et exhibe pour preuve le nombre de lois de tous ordres qu'il ne cesse de voter. Et d'infantiliser la population, ou pire, les catégories de population...

 

Le culte de la compétitivité, cet autre nom de la course à la plus grosse connerie, digne d'une cours de récréation, amène lui aussi son lot de peurs : il ne s'agit même plus de faire au mieux mais de se prémunir contre des agressions développées par une prétendue identité, il s'agit de constituer son identité comme la première de la société, comme si des chasses gardées devaient s'installer au coeur de la démocratie. D'où cet ensemble de microsociétés, ces catégories qui ont remplacé les classes sociales de l'ancien temps, auxquelles on doit s'intéresser l'espace d'une loi : comme si des marques protégées tenaient lieu d'identité. Une manière commode de solder les idées démocratiques ? La lutte contre le racisme confond tout : un dirigeant du Mrap confond les identités et l'appartenance à une religion, cautionnant ainsi des amalgames délirants. Les pouvoirs publics suscitent les amalgames au nom de leurs improbables réformes : les jeunes sont compartimentés en "sauvageons" ou en "étudiants", avec une condescendance que n'aurait pas renié l'avant Mai 68 et un effet de loupe qui nous fait oublier tout ce qui entoure ces réalités. Les boutiquiers nous mettent en catre :  les études de part de marché ne cessent de nous profiler jusqu'à nous faire perdre toute épaisseur, ce qui, pour mon cas personnel, relève tout de même de l'exploit.

 

Nous nous sommes placés sous l'égide des étiquettes : nous pensons nommer notre identité alors que nous ne sommes que des collectionneurs pathologiques d'étiquettes sociales, politiques, économiques, culturelles et cultuelles ; nous pensons désigner nos peurs parce que nous pouvons leur attribuer un nom, en fonction de l'actualité. En fait, nos peurs, comme nos identités respectives, varient au gré de notre inconstance : aucune raison d'intégrer les unes ou les autres à notre personnalité. Elles ne sont que des réflexes épidermiques, éventuellement suscitées par des visions à court terme ou imposées par toutes ces gestions à la petite semaine.  

 

Leur pire effet : nous avoir fait oublier de respecter nos différences autrement que sous le coup de la loi ou de nos représentations, en fait l'expression de nos trouilles. Nos peurs existent : c'est à nous de les affronter, sans leur chercher une commode étiquette qui nous acuqitterait de notre propre responsabilité. Dès que nous sentirons responsables, que nous nous refuserons à nous soumettre aux représentations en vogue qui n'expliquent rien, nous serons en mesure d'exiger des comptes.

 

Les lois s'appliquent à tous : à nous d'en déterminer la mesure et de ne plus les transformer en outil de compétition au nom de nos peurs inconsistantes.

 

17:50 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

08/03/2006

364 jours pour oublier

Etranges, ces journées dédiées. Encore plus étrange de célébrer, en un seul jour, la moitié de l'humanité. C'est un peu comme si des souffrances quotidiennes se trouvaient rassemblées en un seul jour, pour nous laisser 364 jours pour oublier ou pour penser à autre chose, une autre cause humanitaire pour un rappel très temporaire à l'humanité.

 

La femme en ses qualités patrimoniales : le fourre-tout des musées nous propose tout sur un même plan, comme si l'exposition ne savait de quoi parler. Des femmes artistes, il y en eut toujours, depuis au moins une certaine Sappho, poète de Lesbos. Et puis vinrent les femmes politiques, les reines ou les courtisanes, ensuite les élues, plus tardivement, bien après l'exécution d'Olympe de Gouges, qui défendait la démocratie. Mais d'entendre ce matin défendre la pauvre Thatcher, sans doute agressée parce qu'elle était une femme, disait l'une de ces théâtreuses de pacotille (Hufner, Kumps ou Bibot ? Je n'ai pas fait attention), et le misogyne qui sommeille en moi - pour de très courtes siestes, je l'avoue - de se réveiller en fanfare. Sans doute parce que j'aime assez les femmes pour ne pas supporter celles-là.

 

On ne sacralise pas la femme : ce serait une autre façon de la transformer en un objet étrange et singulier, un objet de musée. Des différences ? Oui, sans doute, et alors ? Il y a des nymphomanes, des garces, des salopes : résidus d'un langage équivoque mais certains comportements sont véritablement épicènes (se dit d'un mot dont la forme ne varie pas avec le genre). Sacraliser est une autre forme de mépris : les manifestants qui scandaient ses slogans sexistes contre Ma Laurette de l'époque me mettent aussi mal à l'aise que ceux qui la

défendent de ces temps-ci parce qu'elle pleurniche sur un plateau pour s'excuser maladroitement de ne pas avoir assumé ses responsabilités.

 

Alors, assez de ces hommages de circonstances, qui ne traduisent que notre inconstance. Et cessons de confondre les vraies luttes, comme celles contre les mutilations sexuelles, par exemple, et les hommages de pacotille qui n'aboutissent à rien.

 

On ne réécrit ni l'histoire, ni l'actualité : à moins de vouloir en oublier la réalité...

 

Olympe, reviens, elles sont devenues folles.

 

 

Pour Olympe de Gouges

héroïne de la Révolution

http://www.quercy.net/hommes/odegouges.html

 

Pour la suite de la chanson

illustrée par Larcenet,

cliquez sur l'image.

 

 

 

17:08 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

05/03/2006

Au rendez-vous des héros

Je le confirme : les lucioles ont des ailes. Celles-ci m'emmènent loin de Missoula, loin de Brautigan, Crumley, Burke et Harrison, loin de Thomas McGuane, de Rick Bass et de tous les autres qu'il me reste à découvrir. Le sud m'appelle : précisément un moustachu rigolard qui se paie ma barbe. Paco Ignacio Taibo, deuxième du nom, m'invite au rendez-vous des héros.

 

Je finissais par me croire cinglé avec mon Montana : Paco me rappelle au délire. Lui n'hésite pas à convoquer les trois Mousquetaires, Sandokan, Sherlock Holmes et le chien des Baskerville (pas Watson, trop raisonnable, Watson) dans une ultime révolution au Mexique, après 1968. Et j'imagine des lancers de bouquins, pas cette littérature qui se plante dans son nombril en se regardant pousser le duvet, pas ces autofictions à la française emmerdantes comme n'oserait l'être la vraie vie, pas cette littérature sans estomac que l'on dirait produite par des intestins paresseux, pas ces livres qui semblent vendre leurs idées utiles avant même d'avoir été achetés. Non, je rêve d'un lancer de bouquins avec leurs héros populaires, leurs épopées cinglées, leurs rêves en cascade. Et je rêve de la tête du gentil policier qui se prendrait sur le coin de la tronche un bout du Vicomte de Bragelonne, une grosse pièce de machine ktistèque, un bon crochet de Philip Marlowe : de quoi lui faire regretter les pavés du bon vieux temps.

 

Mais ce serait méchant : l'ordre n'aime pas l'imagination. J'enverrai plutôt mon vieux dictionnaire : et après, au destinataire de mes bonnes oeuvres à se démerder...

 

Et puis, je ne peux pas m'attarder : ma luciole se prend des rêves d'aérodynamisme. Et nous repartons...

22:05 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

04/03/2006

La vie est courte mais très large.

 

Jim disait volontiers que les gens qui n'avaient rien à faire ne possédaient rien, que la conséquence à long terme de la cupidité était le vide. Sans doute ceci expliquait-il ces voyages au long cours, ces familles océans où l'homme affrontait une forêt d'histoires domestiques. Ou encore cette mémoire qui affleurait aux instants pas vraiment oubliés puisque jamais vécus. Toutes les vies sont possibles à Missoula, toutes les aventures se poursuivent au-delà du rêve de nos simples réalités.

 

Il faut fuir vers le Colorado, sauter le Grand Canyon. Il faut vivre une passion amoureuse dans le nord du Michigan. Il faut se vivre sorcier et poursuivre les légendes d'automne, les vieilles vengeances, sous un faux soleil qui se couche, entre chien brun et loup à peua d'ours magique.

 

Mais faudrait-il partir sur les ailes d'une luciole pour quitter Missoula et le Montana ? Et ces ailes d'insectes me pousseront-elles à faire route vers l'ouest ?

 

D'autres rêves traversent ces espaces infinis qui me laissent songeur.

13:59 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

03/03/2006

Dans la brume électrique...

Peut-on rêver dans un rêve ? Dave Robicheaux croit avoir vécu du côté de Missoula, loin de sa Nouvelle-Orléans natale : il croit également avoir croisé des soldats confédérés dans la brume électrique du bayou. Mais il n'y a jamais eu de bayou à Missoula, Fats Domino n'y a jamais fait une apparition sous une pluie de néon : le rêve de la Louisiane s'éteint.

 

Pourtant, on raconte dans la réserve Blackfeet du Montana qu'un ancien chanteur de rock aurait amené un cajun, il y a longtemps, vers les collines et les forêts de Missoula, un de ces sacrés cajuns qui passent du boogie au blues d'un coup d'aile. Enfin, c'est James Lee Burke qui le raconte : il a souvent l'esprit brumeux quand il revient à Missoula.

 

Et comme il dit avoir rencontré des aigrettes et des pélicans en plein Montana...  

 

Ce devait être une légende mal comprise.

21:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

02/03/2006

Rêves d'alcool ?

Le barman avait un nom impossible : Milo Milodragovich. Un nom à boire à l'intérieur, à rêver de la danse de l'ours dans la montagne, du dernier baiser échangé avec son passé, des adieux aux serpents de l'autre frontière. Missoula est une ville d'écrivains, et ses poivrots ont la fibre littéraire. C'est la dernière contrée des cinglés, l'illusion parfaite des mythes du roman noir. Plus loin, dans le bar, un privé fatigué, sans doute un Viet Vet, marche sur les pieds de Sir James Crumley, plus précisément sur celui qui lui sert à marquer la cadence.

 

Etrangeté des oiseaux migrateurs : j'entends au loin le chuintement du canard siffleur mexicain.

 

Missoula me rappelle le sud.

 

Pas encore.

18:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |