30/04/2006

Projet terminé

Le projet que j'ai mené avec mes élèves s'est bien achevé. Malgré les impondérables inhérents à ce genre d'activité, les montées d'adrénaline et les instants de profond découragement, le plaisir de voir une réalisation se concrétiser domine forcément. Tiens, j'ai utilisé le mot plaisir : il est presque devenu indécent de l'évoquer dans un climat éducatif où les experts ne cessent d'évoquer des compétences et des performances dont, au fond, ils seraient bien incapables.

 

Lorsque j'entends le constat souvent pessimiste porté sur une jeunesse désenchantée, incompétente, voire délinquante, lorsque l'on nous assène les prévisions les plus apocalyptique sur notre avenir, je reste sceptique sur la portée véritable de cette pensée qui semble davantage s'exprimer que se réfléchir.

 

Nous envisageons toujours des mesures d'ordre général, confondant dans nos représentations caricaturales le laxisme et la liberté, l'autonomie et la loi de la jungle, l'initiative et la prédation. Nous accusons les générations qui vont nous succéder de tous les maux ou la parons de toutes les qualités. Nous évoquons allègrement les innocences de l'enfance pour bientôt lui substituer la violence adolescente. Sans jamais nous regarder en face, nous, ces éducateurs, ces législateurs, ces politiciens, ces simples citoyens qui reconstruisons une réalité faite d'illusions et cédons à nos propres fantasmes.

 

Nous cédons au résumé d'une société qui nous échappe : nous avons vieilli. Et nous cédons autant aux discours de nos aigreurs qu'aux chimères qui édulcorent notre réalité. Nous n'osons plus nommer le délit pour ce qu'il est : tantôt nous poussons la note vers la monstruosité cacophonique, jusqu'à nier l'évidence ; tantôt, nous forçons le plaidoyer larmoyant jusqu'à exonérer nos jeunes gens de toute responsabilité. Comme si nous ne cessions de regarder dans nos adolescents les images déformées de ce en quoi nous croyons, comme si ceux-ci devaient toujours s'identifier à ce que nous pensons d'eux. Et comme si notre vision devait toujours s'imposer, jusqu'à les rendre étrangers à eux-mêmes...

 

Et notre culture médiatique oublie souvent de nous rappeler à la nuance, de nous prémunir de notre propre dérive : parce notre propre paresse nous inculque l'approximation comme ultime réalité.

14:42 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

Un parfum de Scanie

 

Un parfum de déliquescence dans un paysage de calme et de sérénité, comme si une vierge froide se décomposait dans son sarcophage de fer, comme si Nuremberg s'immergeait dans la Suède contemporaine.

 

Le roman policier suédois est étonnant. De l'extrême brutalité des romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, parfois prémonitoires (Les terroristes met ainsi en scène un assassinat politique qui annonce celui d'Olof Palme) à la poursuite désenchantée des enquêtes de Wallander, sous la plume de Henning Mankell, la démocratie sociale y est disséquée sans être autopsiée.

 

La peur, l'insécurité, la violence gratuite sombrent dans la banalité de nos démocraties mais n'y deviennent pas pour autant un système de régime. Et un dysfonctionnement, s'il est une dérive claire d'un système, ne devient pas son principe fondateur. Malgré les miroirs aux alouettes des dictatures, qui font croire en des illusions simplistes qu'elles ne maîtrisent que peu, malgré les discours réducteurs et démagogiques qui prônent des solutions faute d'avoir compris les problèmes, c'est comme si la littérature policière suédoise nous lançait sur les traces de personnages quotidiens, contrastés et contradictoires, qui osent poursuivre leur action désabusée.

 

Parce que le pessimiste n'a plus d'illusion à défendre et qu'il rêve encore d'ailleurs possibles, en prenant garde de trop y croire.

 

Malgré tout.

14:11 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

26/04/2006

 

Je crois bien que je deviens fou.

 

Je m'éparpille, je me dilate, je me contracte : bref, je suis au bord de l'explosion. J'attends mon feu d'artifice.

 

Moi qui ai d'habitude l'air de sortir d'un match de catch avec mon oreiller, je palpite et je frémis dans l'attente de la conclusion du projet que mes élèves et moi menons de concert : pour le moment, nous nous rapprochons davantage des dissonances du free jazz que des joliesses des poèmes symphoniques...

 

Bref, on va dire que j'essaie de ne pas trop m'énerver en attendant de ramasser tous les morceaux qui m'auront lâchement abandonné durant ces prochaines journées.

 

Reconstitution du puzzle ubuesque du côté de vendredi avec une nouvelle partition, plus reposante celle-ci, pour la fin de la semaine prochaine.

 

Merci à tous ceux qui me font le plaisir de me lire et, surtout, éprouvent leur patience en attendant mes tardives réponses.

 

A bientôt, disais-je donc.

19:16 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

21/04/2006

Le tango de la peau

 

La manipulation fait partie de nos rapports quotidiens : on pourrait dire que nous construisons des relations sur un ensemble de messages, de représentations du monde que nous voudrions établir et partager. Nous cherchons des points d'accord dans une conversation : nous avons repéré la technique, les arguments, et nous acceptons de les entendre pour ce qu'ils sont... Parce que cette manipulation nous permet une liberté de mouvement, parce que l'agrumentation n'est pas insidieuse mais se résout à égalité. Et nous ressentons la caresse des opinions, qui souffle ses vents contraires sans viser à nous déstabiliser mais qui nous permet de modifier notre équilibre.

 

Par contre, d'autres manipulations visent à notre soumission et, à terme, nous déforment : nous n'envisagerions plus d'autre construction possible parce que nous pensons appartenir à une idée, parce que nous avons le culte de l'idée. Mais combien de fois ces idées ne nous semblent-elles pas insatisfaisantes ? Combien de fois ce que nous avions édicté en principe ne nous pousse-t-il pas à l'écoeurement ? Nous n'acceptons plus le mouvement : il nous écrase et nous comprime... jusqu'à l'explosion.

 

Je ne sais plus qui avait dit qu'une société avançait par ses extrémités mais se stabilisait par son centre. je préfère, personnellement, l'idée sensuelle d'un tango des idées, où les interlocuteurs s'enlacent parce que fondamentalement, ils se reconnaissent comme différents.... Et que cette différence s'apprécie dans toutes les positions : comme si les idées perdaient leur triste abstraction et devenaient enfin les vecteurs de la sensualité d'une pensée qui se palpe, se frotte et ne craint pas de se lancer dans une extase aussi infinie que passagère.

 

Se fixer sur des positions, ne serait-ce pas perdre ce goût des modifications infimes qui nous suscitent des rencontres inédites, accepter de se soumettre au temps en prétendant lui résister, et prendre les rêves d'un autre pour sa fallacieuse réalité à soi ?

21:34 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

Raisonnable ?

Bon, d'accord, je ne suis pas certain qu'il soit très raisonnable de vous rendre vos visites avec un véhicule comme celui-ci. Déjà, le parking, je ne suis pas certain que cet engin y rentre. Mais vous n'allez tout de même pas m'en faire tout un cinéma ?

21:10 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

20/04/2006

Une histoire de violence

 

Nous ne concevons la violence concrète qu'à travers ses manifestations symboliques. En fait, nous pensons la violence et la reproduisons avant de l'exercer : et nous accusons la fiction de la propager.

 

Les tragédies mettaient en scène des horreurs : les catastrophes étaient le fruit de complot ou de malédiction, tandis que l'on mourait de guerre, de famine, d'épidémie. Les épopées glorifiaient les hauts faits des héros nationaux, camouflant la crapulerie de leurs exactions sous des dehors merveilleux ou prestigieux. Et puis, il y eut la télévision et le cinéma : prpices aux oeuvres de propagandes tout autant qu'à la mise en évidence de nos comportements, ils peuvent assumer leur mise en critique de notre violence spectaculaire. Sauf si la griserie de l'image nous fait céder à l'ivresse de nos colères enfouies.

 

Un miroir ne reflète que celui qui le regarde : nous sommes tous violents et les loupes nous irritent parce qu'elles nous rappellent à cette nature profonde dont nous essayons de nous extraire, parce qu'elles nous rappellent que nos instincts sont toujours présents.

 

 Une société humaine ne se peut encore concevoir sans violence : parce que nous n'avons sans doute pas encore quitté la jungle de nos origines...  

 

 

06:30 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

18/04/2006

Prise de risque ?

Je me demande si c'est vraiment une bonne idée d'emprunter cet hélicoptère d'occasion pour retourner au boulot. Enfin, c'est sans doute ce que l'on appelle une reprise aérienne.

 

A bientôt

04:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Un nouvel hélicoptère ?

De retour ? Allez savoir : l'envolée se poursuit et j'ai du mal à mettre pied à terre, vu la taille de la marche.

 

Des événements en vrac, des intimes et d'autres, qui poussent la vie. Et comme je n'ai pas vraiment l'habitude de parler de ce qui est intime, et le reste par la force des choses...  Mettons que l'envie de lézarder a tiré profit des quelques rayons de soleil, parfois autour de minuit, comme si la carcasse se refusait à se secouer, même virtuellement.

 

Des rages froides : René Haquin qui s'en va et les tueries du Brabant qui restent toujours inexpliquées. Si le prestige d'un pays se mesurait à son mystère, nous nous retrouverions parmi les premiers : la gloire des brumes, en quelque sorte...  

 

Des surpises agréables, il y en eut.  Berlusconi aurait raté sa sortie, de très peu il est vrai. L'inflexible Villepin, avec son panache obsolète, qui masque mal ses oeillères cassantes, aurait retiré ce CPE inepte, d'autant plus inepte sans doute que ce n'est pas la flexibilité qui  pourvoit à la richesse d'un pays, ou alors je n'ai strictement rien pigé au consumérisme ambiant, ce qui est bien possible. Enfin, au moins, ces deux événements rappellent qu'il n'est pas inutile de se manifester et de voter : même si l'institution bouge lentement et parvient à noyer souvent le poisson, elle ne peut rester insensible à l'opinion publique malgré tout. Et puis, il faudrait que nos chers élus, même ceux pour lesquels on n'a pas voté, s'habituent à se voir réclamer des comptes sur leurs activités, sur toutes les activités... Quant à nous, il nous faut sans doute nous souvenir que le système démocratique est probablement le moins pire parce qu'il permet des contrôles séparés, pour autant que nous acceptions de faire preuve de vigilance civique, c'est-à-dire de refuser les clichés de ceux qui ne réfléchissent plus parce qu'ils ont le pouvoir et de ceux qui ne réfléchissent qu'au pouvoir qu'ils désirent imposer.

 

Les sans papiers se manifestent un peu partout, avec des choix de lieux d'asile surprenants : certaines maisons de la laïcité et des mosquées s'y mettent. J'avoue que je rêve parfois de sénateurs qui offriraient un asile, ce qui nous sortirait peut-être de nos histoires de fous : au fond, un sénateur français ne s'était-il pas lancé dans une grève de la faim pour lutter contre la délocalisation d'une usine dans son patelin ? Mais d'ici que l'on reconnaisse les sans papiers pour ce qu'ils sont, que l'on admette les risques pris pour arriver dans "notre" pays et les risques encourus si certains d'entre eux retournent dans un là-bas où il ne reste parfois plus rien...  Serais-je le seul à me rappeler ces Africains bloqués illégalement dans la zone de transit de Zaventem ? Serais-je le seul à me poser des questions sur la légitimité de ces décisions, dont la justification me laisse perplexe ? Apparemment pas : je regrette simplement que ce genre de fait de société, comme bien d'autres, ne deviennent pas de réelles affaires d'Etat. Au fait, les sans papiers ne votent pas...

 

Je ne vais pas davantage évoquer l'agression de la gare centrale : au-delà de la tragédie individuelle, elle n'est qu'un rappel de cette délinquance ancienne qui ne cesse de se perpétuer. Dérisoire, cette vie que nous pensions placée au sommet : comme si le sang ne s'inscrivait que dans sa valeur marchande. Oh, bien sûr, il s'est trouvé l'habituel expert confit dans sa suffisance pour nous asséner la sempiternelle antienne du cinéma et de la télévision qui véhiculent leur lot de violence...  J'ai toujours jugé très étrange cette tendance à accuser le miroir de refléter ce qui existait bien avant lui : la peur et la violence sont omniprésentes dans nos rapports sociaux, et tout le reste aussi... Et la rage aussi, face à un meurtre qui transforme la victime en objet encombrant : ce n'est pas une attitude si inédite que cela. Cherchez bien.  

 

Ce monde a ses horreurs et ses beautés, ses enchantements et ses coups de sangs, ses vraies misères et ses frustrations passagères : il n'est fait que de contrastes. J'aimerais de temps en temps qu'il s'arrête de tourner mais c'est un peu difficile : c'est parce que nous sommes tous les deux en mouvement, lui et moi, que nous parvenons peut-être à jouer de concert. A condition que je ne descende pas en marche de mon hélicoptère.

04:41 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

07/04/2006

Un hélicoptère dans la tête ?

 

Je reviens.

Enfin, je crois.

02:21 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |