07/07/2006

Artiste dégagé

 

Je déteste les oeuvres à message : sans doute parce que ma boîte aux lettres ne digérerait pas ces monceaux de papier sur lesquels s'égarent des logorrhées inconsistantes. Et puis, il y a cette fraude qui consiste à discuter de ce que l'on ignore sous prétexte qu'un rien de notoriété ou qu'un vague article ont attiré l'attention sur l'extinction de la chevêche dorée de Patagonie orientale, les ongles réincarnés du Dalaï-Lama ou une quelconque busherie ouverte même le dimanche.

 

Notre mode de conception de l'individu prétend de plus en plus à l'intrusion : si l'idée n'est pas neuve, elle se radicalise. Entre l'animateur de télévision manipulateur selon lequel l'interview d'un politicien se résume à un "Est-ce que sucer c'est tromper ?", le polygraphe qui vient parler de l'air du temps et le people (anglicisme pour "personnage sans intérêt) qui nous révèle sa recette du lapin chasseur ou de la brouette suédoise, les écrans et les librairies regorgent de produits aussi jetables qu'émouvants.

 

Ah, ces romans de l'été, fondés sur des complots faisandés, ces mémoires de gens dont nous ne nous souviendrons plus d'ici peu, ces romanquêtes qui se prétendent en prise avec l'actualité, comme si les journalistes-philosophes-éditorialistes dijonctaient à courant continu : le fou Hallier les jetait dans le temps et choquait, parce que ce geste  rappelait des autodafés nauséeux. Et pourtant, quand l'art en série prétend cataloguer mes émotions sous cette forme de rayons réassortis à chaque rentrée, l'envie me vient d'expédier un grand coup de pied dans ces piles de nouveautés qui sentent le rance, dans cette littérature qui pue la transpiration, dans ces inepties qui me pousseraient à lire le bottin, puisque lui au moins ne cède pas au nombrilisme de ces vaniteux personnages qui prétendent avoir quelque chose à dire. Et toute ressemblance entre l'auteur de ces lignes et les susdits ne serait que le fruit d'un pur hasard, particulièrement malencontreux et malveillant.

 

Si je désire être ému, ce qui m'arrive encore, je ne veux pas l'être par ces ficelles de médiocre qualités qui nous entravent dans leur dictature de la facilité. Un spectacle, un livre, un film, une peinture me touchent lorsqu'ils s'assument en tant que tels et parviennent, presque par inadvertance, à atteindre l'authenticité de leur discours ou à susciter mon petit plaisir qui, je l'avoue, prend parfois des détours étrangement pervers.

 

Pour le reste, toutes ces oeuvres qui seraient censées me parler aux tripes, je crains qu'elles ne sautent une étape pour transiter directement par mes intestins.

 

Au fond, s'emmerder, c'est aussi manifester ses émotions...

13:05 Écrit par Ubu dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : art, emotion |  Facebook |

Commentaires

Hello J'ai quelques vieux bottins que je cède à bas prix.
Ok,tu les prendras demain.

Écrit par : DUKE | 07/07/2006

Je poursuis ma visite et ce billet m'a beaucoup amusée...j'aime bien quand c'est méchamment drôle et drôlement vrai!

Écrit par : Blue | 07/07/2006

produits jetables et lapin chasseur. Les grands esprits se rencontrent...

Écrit par : Epique | 08/07/2006

Salut Ubu Joli constat ! Résultat de la "culture" marchandisée... a+Lpv

Écrit par : Lpv | 08/07/2006

ouhla j'en ai raté des choses!!! mais est-il normal que le texte apparaisse tout morcelé?

Écrit par : fun | 08/07/2006

cher Ubu c'est un plaisir de te lire et de passer ... en silence souvent ... ;))

doux mois je juillet avec de belles lectures ...

pour ma part je lis un "vieux" bouquin : "L'empire des Anges" Bernard Werber c'est bien agréable et loin des littératures jobesques ... ;) peut-être a-t-il été un bouquin de l'été ?

Écrit par : jlc | 08/07/2006

Sous un soleil vacillant ? ;)) Cher Duke,
J'ai oublié les bottins !!! :)))

Chère Blue,
Je me demande tout de même quelle tête ferait mes libraires si je passais à l'action ;))

Chère Epique,
En plus, je le préfère à la Gueuze, mon lapin ;)))

Cher Pélerin,
Face à une culture aussi standardisée, on ne peut qu'apprécier l'originalité des auteurs qui ne cherchent pas le best seller ;))

Cher Fun,
C'est chronique, chez moi, d'émietter me schroniques : je suis très maladroit ;)))

Cher JLC,
Je ne suis pas fan du tout de Werber mais je vais me plonger dans des lectures perverses à partir de mardi ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 09/07/2006

En verve... Bien ourlé ton texte ! Un rien de révolte intérieure ? Un coup de grisou ? Un billet d'humeur pour secouer les cocotiers, c'est-à-dire nous.
Bonnes vacances, Ubu-Soleil, les doigts d'un pied (au moins) en éventail. Quant à l'autre, il est à prendre (la nuit est chaude, les sens ont faim).

Écrit par : Maugus | 10/07/2006

Cher Maugus, Avec mon bol, si je secoue les cocotiers, je sais déjà où vont atterrir les noix ;)))
Mettons, sinon, que j'ai un ulcère à la littérature sans estomac ;))

A bientôt ;))

Écrit par : Ubu | 11/07/2006

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