29/12/2006

Prise de risque, prise de responsabilité.

ava gardner

 

¨Plus sérieusement, un brin de réflexion en cette saison où l'herbe prend la triste habitude de se coucher tôt.

 

L'ambiance que nous nous infligeons, en permanence, nous oblige à slalomer entre angoisse et culpabilité. Notre angoisse est sollicitée par tous ces soucis quotidiens qui nous assaillent et, pire encore, par la peur d'avoir peur. Qui oserait encore établir la liste de ses peurs sans frémir et devoir recourir à un rouleau de PQ grand format, et triple épaisseur puisque c'est plus doux pour les fesses ?

 

La prohibition rejoint en cela la vieille culpabilité des monothéismes : en gros, puisque tu as le choix, tu es coupable si tu ne suis pas nos injonctions puisque nous, divinité(s), la produisons pour ton bien. Et tout risque devait ainsi s'envisager sous l'angle de la faute, à moins de se borner à un conformisme de bon aloi. Et toute dénonciation ou surcompensation se voyait cataloguée sous l'appelation contrôlée de blasphème ou d'hérésie : même un catarrhe vous envoyait ad patres.

 

Je me souviens avoir lu, dans une quelconque tribune, l'avis d'un professeur de morale qui affirmait, avec un certain aplomb, que l'interdit est un fondement essentiel de toute société humaine. J'avoue ma perplexité : en fait, ma cigarette en a fait des volutes avec une autonomie qui n'impliquait pourtant pas qu'elle. "Quelque chose avait dû m'échapper", me disais-je en me massant la brûlure qui, c'était manifeste, m'interdisait de me concentrer sur autre chose que sur ma mimine avariée et sur la ronde des jurons qui soulagent toujours dans ce cas-là.

 

J'avoue ne plus comprendre : aux culpabilités religieuses, qui sacralisent ce qui ne se voit pas mais est partout (- Un peu comme le sucre dans le café ? - Et si tu cessais ces digressions qui t'empêchent d'arriver à bon port ?), voici qu'un nouvel ordre nous impose ses interdits. Vous me direz (osez seulement !) qu'il y a des choses anodines, que de mauvais choix nous nuisent et que l'on gagne une minute de clarté depuis le début de l'hiver qui, sans me vanter, est bien doux pour la saison. Vous répondrais-je que ce n'est pas le sujet ?

 

Oui, je persiste et signe : j'aime la vie parce qu'elle me pousse à prendre des risques, plus ou moins calculés, parce qu'elle me rappelle que j'exerce ma responsabilité, y compris lorsque mes choix sont contestables, parce qu'elle me permet de me tenir à ceux qui m'entourent et à moi-même des discours dérisoires et polymorphes. J'aime tous ces plaisirs dont je prends conscience sans m'en sentir coupable ; et je n'accepte que les contraintes engendrées par un conflit moral, et pas au nom d'une prétendue mesure de précaution, d'une prohibition quelconque ou d'une préservation de valeurs qui perdent tout intérêt dès lors qu'on les transgresse en prétendant les défendre.

 

L'interdit est l'expression de celui qui croit avoir raison : à partir du moment où il s'est exprimé, il cesse de penser aux enjeux de ses actes. Il impose des gestes réflexes et amène ceux qui l'entourent à se comporter comme des chiens de Pavlov. L'interdit devient un conditionnement quotidien : plus personne ne se pose la question de savoir si ses actions ou ses paroles sont nécessaires ou peuvent blesser puisque c'est interdit, de toutes façons. En serions-nous arrivés à tel degré d'infantilisation que le catalogue des lois et autres préceptes doivent nous imposer une procédure complète pour chacun de nos actes quotidiens ? Serions-nous parvenus à perdre tout respect de nous-mêmes, toute confiance en nos choix ?

 

Je préfère laisser les pisse-froids en causer entre eux. En attendant, je pars en toute liberté dans un petit rêve, assis aux côtés d'Ava Gardner et j'applique, entre autres assuétudes qui me permettent de briser le rythme du temps,  cette théorie marxiste (de Chico, cette fois) : Faites asseoir un homme une heure à côté d'Ava Gardner, il pensera que ça a duré une minute. Asseyez-le une minute sur un calorifère brûlant, il croira que ça a duré une heure... C'est cela la relativité.

 

Je pense que cela devrait durer des jours entiers.

15:12 Écrit par Ubu dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : liberte, prohibition |  Facebook |

Blog toujours autorisé aux non-fumeurs...

Prohibition

 

Comme je l'avais indiqué précédemment, la casa de maître Ubu reste accessible aussi aux non-fumeurs et à leurs amis. La législation de quelque sinistre fumiste en panne de frustration étriquée n'est pas parvenue à m'ôter l'envie d'accueillir qui je veux où je veux. Et de sourire en technicolor ou en sépia.

 

Vous ne m'en voudrez pourtant pas de refuser, précautions obligent, les baisers étriqués et les embrassades sèches de ces quelques lippes qui parviennent à faire la moue et la gueule en même temps.

 

Make'm laugh ! 

14:13 Écrit par Ubu dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fumeur, fumiste |  Facebook |

14/12/2006

La guerre des mondes: le retour...

owelles

J'apprécie assez les hommages lorsqu'ils ne saisissent pas le prétexte d'une quelconque date anniversaire pour s'afficher : j'éprouve aussi un certain plaisir, peut-être pervers, à songer qu'une provocation vieille de près de septante ans puisse encore fonctionner.

 

La RTBF a donc osé poursuivre le spectacle de la politique fiction jusqu'au bout : comme je n'ai pas l'âme journalistique, je ne donnerai pas de leçon de déontologie mais mon goût du canular biche littéralement à la lecture des réactions, bien réelles, que l'émission a suscité dans un monde politique que l'on avait rarement vu si uni...

 

Où serait l'outrage ? Dans cette fiction, qui s'est présentée brièvement comme une réalité, ou dans les ballets communautaires incessants qui servent de fonds de commerce aux politiciens belges et belgicains, avides de se présenter en hérauts de contes de fée aux yeux d'une population qui cède facilement aux clichés et aux stéréotypes  auxquels elle s'attendait ? Depuis longtemps, le politicien belge, lorsqu'il n'est pas en délicatesse avec la justice au gré de la gestion d'une quelconque société de droit public qu'il songeait réservée à son usage privé, tend à user de sa prédisposition au clientélisme : sa proximité, il la revendique électoralement ; son discours, il le formate au gré des illusions à la mode ; ses idéaux, il les a bradés lors des spectacles auxquels il se prête.

 

Où est-elle, cette indécence du journalisme qui joue la carte de la provocation, puisque les phrases assassines et les effets d'annonce tiennent lieu de gestion politique depuis des années déjà ? A cette nuance près que là où un bandeau vient déciller le spectateur crédule en fin d'émission, les lendemains d'élections transforment l'électeur que l'on voulait séduire en citoyen que l'on persistera à berner : le spectacle électoral est bien cher pour une si triste qualité.

 

Ainsi, le quatrième pouvoir ne respecterait plus les institutions : c'est le constat courroucé ou larmoyant qu'affichent nombre de commentateurs politiques, et même une partie de la presse. J'oserai, pour ma part, y voir un espoir superbe : malgré les défauts de ce genre d'émission, dont nous ne finirons par retenir que l'effet spectaculaire au détriment de la réalité qu'elle évoque, je perçois le frémissement d'une presse qui conquiert peut-être son indépendance réelle à l'égard du spectacle qu'elle est censée relayer. Et cette attitude me semble beaucoup plus responsable et moins cynique que la énième répétition du même reportage sur une seule agression, qui entretient le réflexe sécuritaire, ou que l'absence de contestation des propos peu certifiés d'un quelconque élu en mal de respectabilité médiatique.

 

Ainsi, détourner les mensonges ou les illusions médiatiques pour les renvoyer à leur expéditeur, n'est-ce pas là une leçon de journalisme et de citoyenneté active ?  C'est en tout cas salutaire à la réflexion de chacun sur ses propres chimères.

 

 

12/12/2006

Et la terre, elle a continué de tourner ?

terre

 

Serait-ce un retour ? Allez savoir ! Mais le comptoir du Père Ubu (pas la gazette torchecul, le comptoir virtuel) commençait à me manquer : et puisqu'il devenait paradoxal que je me manque à moi-même...

 

Me voici interrompu en pleine tournée d'adieux : sans doute mon manager n'aurait-il pas dû emprunter un combi VW pour nos agapes vespérales. Il paraît que le produit n'est plus suivi depuis qu'un gérant de fonds de pension, quelconque forcément, a estimé que la nostalgie soixante-huitarde n'était plus d'actualité. M'enfin : il me semblait pourtant que cette nouvelle guerre de la golf n'était qu'un faible moyen de rappeler les tueurs du Brabant à la rescousse. Surtout qu'avec la prétention de réécrire l'histoire, certains vont finir par les présenter comme des chevaliers de l'Occident en déroute : la crapule admire la crapule.

 

A propos de dépôt d'ordures pas assez clandestin, Pinochet, le dictateur qui amuse les enfants (comme le rappelait un autre Pierre, ce joli nom ne contient-il pas un hochet de bonne facture ? Le problème, c'est que je ne m'appelle pas Pierre et que je préfère les maracas, ce qui reste mon affaire, vous en conviendrez) a cassé sa pipe : il paraîttrait que Fidel Castro en aurait fait sous lui de contentement et que Chavez aurait consulté son propre cardiologue. Les vieillards de la terreur laissent la place à de jeunes loups : un peu comme si on déménageait la décharge de Mellery au milieu d'une école maternelle.

 

A propos d'école, justement, un opération Schtroumpfs y serait envisagée : Dewael, notre ministre de l'intérieur,  a trop regardé un flic à la maternelle, un peu comme ce syndicat de commissaires de police français (qui vient de se ramasser une gamelle aux élections professionnelles) surnommé le Schtroumpf, justement. Je conseillerais également le rétablissement des bagnes pour enfants, la militarisation des scouts et la transformation des voyages de rhétos en séjour au goulag. Tant qu'à faire, je vais regretter mes vieillards de la terreur des années 80, quand le monde entier craignait qu'une des momies soviétiques ou que le crétin de la Maison Blanche (Reagan, rappelez-vous) appuie sur le fichu bouton.

 

Au fond, puisque la terre n'arrête pas de tourner, on vit une époque formidable.

10:44 Écrit par Ubu dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualite, nostalgie, pinochet, dewael |  Facebook |