11/09/2005

Opération Chococlef

A tous les gourmands !
 
Si vous désirez vous offrir
du bon chocolat
et aider à combattre
une fichue maladie,
c'est par ici.
 
http://paikanne.skynetblogs.be/
 

22:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Droit de passage ?

J'ai parfois envie d'envoyer une claque à certains collègues qui gémissent sur leur sort, leur persécution par un système scolaire qui, certes déraille, mais dont les aléas ne les exemptent en rien de leur irresponsabilité.
 
Une amie m'explique le cas de son fils, qui désirait développer son travail de fin de sixième année primaire sur le sujet qu'il avait choisi : la seconde guerre mondiale. Sujet ambitieux mais intéressant pour un gosse de onze ans ? Pas du goût de son institutrice, qui l'a trouvé trop "sanguinolent" ! Et oui madame, les Allemands ont occupé la Belgique, des civils ont été tués sur les routes de l'exode, des Juifs ont été déportés au départ de Malines, des prisonniers ont subi les tortures de Breendonck : cela est sans doute moins intéressant qu'un dossier sur le café, la baleine bleue ou le chocolat. Cette institutrice, confite dans son insuffisance, doit sans doute considérer que le journal de Mickey informe très bien, que les Bisounours (excusez-moi, je date !) représentent un idéal de société et que "Les feux de l'amour" sont le sommet de la création audiovisuelle.
 
Un autre ami m'exposait le cas de son fils qui , ayant effectué ses études dans un établissement primaire où il avait brillamment réussi, se retouvait en grosse difficulté dès le tout début de sa première année du secondaire. Plusieurs solutions se proposent pour résoudre cet apparent paradoxe. Soit ce garçon a subi un phénomène de lobotomisation dû à la puberté, auquel cas il est étonnant que ce phénomène n'ait été repéré qu'à la sortie de certaines écoles. Soit ses examens finaux étaient trop faciles, pour ne pas décourager les beaucoup moins doués que lui : nous retrouverions dans ce cas le "nivellement par le bas" qui donne de jolis taux de réussite contredits par la réalité des faits. Soit, encore (ça commence à faire beaucoup pour une alternative !), il ne fallait pas déranger l'instituteur en train de lire son journal local tandis que les mômes s'acharnaient pour la trentième fois sur le même exercice de conjugaison qu'ils finissaient par connaître par coeur, au détriment de tout le reste, et sur lequel ils seraient exclusivement interrogés. Les deux dernières hypothèses me semblent vraisemblables et seraient presque drôles si elles ne se cristallisaient en tragédies.
 
Des incompétents, on en rencontre partout : il n'y a pas de raison que le métier d'enseignant soit épargné. Mais n'est-il pas étrange que l'on ne se demande pas comment il se fait que des élèves doués deviennent des sommets d'inculture, complètements déphasés ? Peut-être parce qu'ils ne sont, en fait, que des sommes d'incompétence, de l'incompétence de leurs "maîtres" qui se sont complus (j'hésite franchement sur cet accord !) à ne pas faire grand-chose, à épuiser leur catalogue de constats pour préserver leur paresse,  à brouiller les repères mêmes qu'ils devaient permettre à l'enfant de se construire. Peut-être parce que ces prétendus pédagogues éructent leurs principes, leur fameux enseignement pour tous, en oubliant qu'ils devraient pratiquer l'enseignement de chacun. Peut-être parce que le "maître" ne commet jamais d'erreur, et encore moins de faute, puisqu'il est le "maître" : ce que l'on pourrait nommer une tautologie administrative ou bien du crétinisme aigu, selon ses envies.
 
Tristan Bernard avait écrit, en son temps, un ouvrage intitulé "Les parents paresseux" où il rappelait l'indécence des ces parents qui exhortaient leurs enfants à travailler tandis qu'eux-mêmes s'affalaient en plaisirs ineptes, billevesées routinières et autres loisirs inconséquents, tout en drapant dans la dignité de leur condition de parents, les plus médiocres s'en prévalant même. Il serait facile d'écrire un ouvrage nommé "Les enseignants paresseux" dans le même esprit, dont les professeurs, ceux qui méritent ce nom parce qu'ils essaient au moins de l'être s'ils ne le sont pas encore, apprécieraient la pertinence. Quant aux autres, laissons leurs cervelles fatiguées se reposer : il doit bien leur rester l'une ou l'autre page de leur nullité à colorier...

00:56 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

09/09/2005

Rentrée difficile ?

La rentrée se fait dans une certaine agitation, cette année.
 
Certes, les élèves n'ont pas tous encore retrouvé le chemin de l'école : ils voyagent encore au hasard des écoles, cherchant tantôt celle qui les accueillerait, non sans difficultés,  ou celle où ils voudraient rester, pour de bonnes ou mauvaises raisons. Un collègue recherchait ainsi pour sa fille une section technique de transition qui ne soit pas déjà complète : le conseil de classe qui a pris la décision de restriction ne reclasse pas lui-même et la Communauté, qui autorise ces décisions, n'organise pas d'école proposant ce genre d'option. Il lui reste à contacter trois écoles de la Ville de Bruxelles qui pourraient ne pas avoir clôturé leurs inscriptions. Pendant ce temps, la ministre lance des promesses pour l'avenir... Un plan Shérif pour l'enseignement ?
 
Des profs sont suspendus aux décisions de la Communauté française qui accumulé les erreurs administratives, les désignations farfelues et est revenue sur l'affectation de plusieurs temporaires prioritaires...  Plus de cent cas litigieux sont signalés sur Bruxelles et, pourtant, personne ne s'interroge vraiment sur l'absurdité d'une désignation des profs par un cabinet ministériel, composé d'ailleurs d'anciens profs détachés (pénurie, vous avez dit pénurie ?) et pas toujours compétents (en tout cas, pas vraiment au fait des règles de désignation : mais l'opportunisme n'est pas une compétence). On semble revenir dans une ère d'instabilité des équipes pédagogiques : aux forces centripètes qui animent les cabinets correspondront de nouvelles forces centrifuges pour les enseignants, dont certains tourneront en orbite le temps qu'on se souvienne de leur existence...
 
Les directions d'école sont inquiètes : la flambée des produits pétroliers va sans doute encore affecter le chauffage des écoles qui sont censées être autonomes dans la gestion de leurs frais. Et une école ne peut  menacer de se délocaliser , elle... Les conseils de classe programments des braquages de pétroliers en mer du nord comme excursions pédagogiques, cette année...
 
Bref,  le bordel  et l'impression que la Communauté joue un peu trop les visionnaires en oubliant le quotidien. Et le bien-être des gosses...

05:56 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

08/09/2005

En bref...

  • Je reste fidèle à mes convictions, jusqu'à m'en moquer : c'est ma manière de les apprécier sans jamais m'y soumettre. Je me méfie de mon avis dès qu'il s'impose à moi comme une autorité : je me donnerais bien l'ordre de me taire. Mais comme j'obéis rarement aux ordres qu'on me donne...

 

  • On peut se battre pour des idéaux, pour des principes : la justice, la liberté, l'égalité, le respect des différences, la tolérance, l'amour de la vie sont les balises de nos voyages, ceux qui nous mènent ailleurs, au-delà de notre petit territoire intime. Certains se battent aussi pour trouver une bonne raison de continuer à se battre.
 
  • Les héros se forgent une légende : on a les loisirs qu'on peut.

 

  • PIB, IDH, croissance : des chiffres, des classements, comme si la vie était une compétition, comme s'il fallait se rappeler que l'on vient d'un spermatozoïde qui aurait gagné la course. J'imagine le mien paresseux, indolent, attendant que le paysage change pour faire le pas de trop, sans se soucier de conclure, au petit hasard la chance.

 

  • Comme on ne peut raconter et vivre en même temps, prétendre comprendre la réalité, c'est la trahir. Si les mots peuvent aussi évoquer tout ce qui est absent, ils ne pourront jamais qu'effleurer ce qui est là.

 

  • "Je me tue à vous le dire." Faites...

 

  • Tantôt on prête le dos, tantôt on donne le lacs.

 

  • Tendance politique ? Ambidextre.

 

05:15 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

Les fantômes de la chapelle

Dans toutes les cathédrales, il ya des cryptes funéraires. De même, toute chapelle compte son cimetière d'idées mortes, où hérétiques et martyrs blanchissent côte à côte.
 
Une idée qui tue est déjà morte : alors, pour changer, vivons pour des idées, mais de vie lente...

04:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/09/2005

Cote d'amour ?

J'ai cru voir, dans une vitrine, la couverture du Monde de l'éducation  qui voulait accrocher le lecteur en évoquant la cote (encore un sondage ?) d'amour des Français à l'égard des professeurs. Je m'étonne, je regarde et je me prépare à applaudir...
 
Et mes mains retombent lourdement et partent se cacher, un peu honteuse, dans mes poches. Certes, il y a les visages d'un tas de bons profs qui me sont revenus :  mes copains de l'école, certains blogueurs (enfin, visages, c'est une façon de parler !), mes collègues passés, mes professeurs à moi. Et puis, jouant les importuns, les autres apparaissent : les imbéciles, les incapables, les sadiques, les spongieux, les lâches, les merdeux, les opportunistes, les carriéristes, les dictateurs (je dois parfois me retrouver dans cette catégorie) et les cons. Tous ceux qui me gâchent mon plaisir d'enseigner au passé, au présent, et même, plus que probablement, au futur.
 
En fait, ce genre de "bonne" image qui se diffuse ces derniers temps me semble aussi trompeuse que les torpillages systématiques que menait, il y a quelques années encore, le gouvernement de la Communauté française pour justifier des suppressions d'emploi. A l'époque, on plaçait en avant nos "carottages" perpétuels (une enquête confirma que le taux de fraudes aux absences ne dépassait pas les 3% : ce qui justifiait sans doute une réforme complète du système des congés de maladie qui a permis, ô chef-d'oeuvre, la remise au travail de cancéreux convalescents !), notre fainéantise proverbiale, nos congés perpétuels, notre côté "petit fonctionnaire", bref notre médiocrité inhérente qui expliquait sans doute notre opposition aux plans  (sur la comète ?) mirifiques que les cabinets mettaient au point pour sauver la Communauté française. Il faut croire qu'elle se porte tellement mieux depuis que Bruxelles et Wallonie ont scellé leur trait d'union !
 
Maintenant, nous sommes porteurs de tous les défis, au titre d'une étrange inversion des caricatures. Parce que nous nous sommes soumis ? Un parti politique avait évoqué "la pacification de l'enseignement" lors des élections passées : les sauvages indécrottables se seraient donc civilisés. Et pourtant...  Les profs n'ont pas changé : ceux qui aiment leur métier ou le pratiquent avec plaisir sont toujours là, plus ou moins nombreux selon les vagues de pénurie ou de trop-plein. Les autres aussi : toujours prêts à officier dans leurs maudits travers, leurs incohérences permanentes, ils sont des plaies que l'on cache ou entretient  pour peu qu'ils fassent serment d'allégeance à leur pouvoir organisateur, leur directeur, leur sous-directeur, à leur attaché de cabinet et qu'ils sauvegardent la permanence du système au fil de leurs siestes. Ils peuvent être incompétents si cela ne se sait pas , ils peuvent être doctrinaires et prétentieux avec leurs élèves  s'ils se posent en valets ou en martyrs : les premiers on les salue, les seconds on les soutient, sans y penser.
 
Enseigner est une profession comme d'autres : comme les infirmières, comme les égoutiers, comme les flics (Pas les flics tout de même ? Ben si !), nous pratiquons un métier qui a son utilité pour peu que nous nous essayions  à l'exercer au moins correctement, tant que faire se peut. Alors, arrêtons ce battage publicitaire inepte : il traduit seulement les tentatives de permanence d'une institution dans une société en perpétuel mouvement. Que l'on nous culpabilise ou que l'on nous valorise, on nous dénie nos responsabilités : alors que les élèves ont besoin d'adultes responsables et équilibrés face à eux, de profs qui disposent de la sérénité de leur pédagogie et du plaisir de leur métier. Pas de victimes ou de petits saints.

19:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

04/09/2005

Gmail

Je dispose encore de pas mal d'invitations pour un compte Gmail : si vous êtes intéressés, il vous suffit de m'envoyer un courriel à l'adresse suivante : ubucasa@gmail.com ou de me laisser votre adresse dans les commentaires.
 

17:45 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Radio gaga

Pourrais-je vivre dans un monde sans musique ? Sûrement pas. Elle m'aide à lutter contre les pollutions auditives que le citadin doit subir : voiture montée autour de l'autoradio, klaxons "hochets" des fous du volants, miaulements de chats en rut, cloche de l'église à moitié désertée du coin, avions qui confondent Bruxelles et Pearl Harbor (même si Bruxelles est construite sur un marais, faut pas exagérer), engueulades d'ivrognes, coït pas du tout interruptus des voisins, roucoulement de pigeons amoureux (coït itou ?), GSM importun, téléphone apertintaille... Et on voudrait que j'aime le silence.
 
Donc, pour lutter contre ce monde de brutes, six nouveaux morceaux sur Uburadio : ils ont été téléchargés, tout aussi légalement que les précédents, sur le site suivant http://music.download.com/ 
 
Bonne écoute.
 

14:49 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

En saignant, en râlant

Une nouvelle année s'annonce. De nouveaux projets avec les élèves, également, qui ont contraire des contrats stratégiques, projets pour l'école et autres billevesées, parviendront à leur objectif, fût-il modeste et concret.
Les rentrées, depuis quelques années, n'apportaient pas leur lot de bouleversements dans l'équipe pédagogique : l'une ou l'autre mutation, un départ à la pension  venaient les ponctuer, sans plus. Cette année-ci, erreurs et loufoqueries s'accumulent. Deux temporaires prioritaires restent en suspension dans l'atmosphère de notre école : ils ne seraient plus que temporaires après une décision annoncée pourtant au mois de juin et un lieu d'affectation déjà déterminé mais qui ne correspondait pas aux conditions pour l'être. Trois "article 20", dont deux disposent de titres universitaires mais sans agrégation, disparaissent sèchement : cela faisait plusieurs années qu'ils fonctionnaient dans notre établissement à la satisfaction de tous. Et ce ne sont que les cas dont j'ai connaissance...
 
Depuis des années, les professeurs réclament la stabilité des équipes pédagogiques, pour autant que les comptétences soient au rendez-vous. Mais le cabinet ministériel  - pas l'administration, le cabinet - désigne avec opacité au gré de ses caprices et de son incompétence. Je dois avouer que le cabinet Hazette, qui n'est pourtant pas du tout ma tendance politique, avait limité la casse : c'est à cette période que notre équipe s'est constituée alors que la pénurie battait pourtant son plein. Et maintenant, plus de pénurie  et on reprend le carrousel. Au détriment des élèves, qui regretteront leurs profs disparus ; au détriment des collègues, qui devront restabiliser leur équipe sous peine de la restreindre ; au détriment de l'enseignement, qui doit subir sa maigre pitance et des projets fumeux alors qu'il aurait besoin de sérénité.
 
Un temporaire, dans l'enseignement, c'est quelqu'un qui n'a ni CDD ni CDI : il est engagé pour une durée maximale, sauf dans les écoles en discrimination positive, qui s'arrête au 30 juin. Il n'aura rien sous les yeux qui détermine de manière stricte, comme pour un contrat de travail, le détail de ses prestation et de sa rémunération. Mais il peut disparaître auparavant. Longtemps, la crise de l'enseignement résidait dans cette incertitude : vais-je exercer mon métier quelque part et où sera cet éventuel quelque part ? Après une accalmie, le temporaire revient à son point de départ. Pour quelles raisons ? Pour financer les quarts d'instituteurs qui sont l'axe de bataille du ministère en cette rentrée ?
 
On nous lance à la tête des grands projets qui s'étalent sur des années, tout en sachant très bien qu'une partie de notre personnel est à nouveau provisoire. On nous juge exclusivement sur nos titres sans mettre en avant nos compétences, ce qui permet à certaines catastrophes pédagogiques de durer. On réforme dans tous les sens sans jamais prendre le temps d'évaluer les conséquences d'une réforme : un pas en avant, deux pas de côté, joli suplace ! Et pendant ce temps, une ministre confite d'autosatisfaction aligne ses stéréotypes et ses balourdises au gré de ses discours grotesques, des pédagogues en chambre définissent notre métier sans prendre en compte ses réalités sociologiques, des politiciens en crainte d'élections tirent des plans sur la comète... Comme d'habitude, les profs vont apprendre à faire sans : heureusement qu'il y a les élèves.
 
Même s'il y a aussi des incompétents parmi les profs, ils n'atteindront jamais la bêtise du système scolaire de la Communauté française : ses ambitions vaniteuse la rendent totale.  

13:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

01/09/2005

Ras la casquette !

Etrange pays : les foulards y rebondissent allègrement, comme s'il fallait copier notre voisin proche, la France, dans ses options législatives. Pour faire comme les grands ?
 
Tout le monde a une idée de l'enseignement, un idéal d'école à défendre. En France, le débat a engendré les réactions de philosophes, d'écrivains, de politiciens, de chercheurs, de trouveurs, de religieux, d'intégristes, de laïcs, de féministes, de politologues, de sociologues. On cherche le raton laveur. En fait, on a évité de peu les économistes et les importateurs de tissus chinois qui nous auraient exposé le drame des quotas appliqués au fichu. La France est laïque, même si le cours de religion reste obligatoire (une dispense peut être obtenue sur dérogation) dans les écoles publiques alsaciennes, même si les centres de planning familial de Vendée ont eu souvent droit à un "sucrage" en beauté de leurs subventions (merci monsieur le vicomte !), même si le seul organe constitué pour une reconnaissance des populations allochtones le fut à travers un Conseil des Musulmans, donc à caractère religieux. Mais la France est laïque : surtout depuis le 11 septembre.
 
La Belgique est neutre : je ne parle pas ici de sa neutralité dans les deux conflits mondiaux qui transforma la traversée de nos vertes contrées en épreuve pénible sous la drache. Ces phénomènes ont déjà été expliqués par la proverbiale paresse wallone et le manque d'éclairage sur nos autoroutes inexistantes à l'époque. La Belgique est offciellement neutre, comme le prouve le Te Deum royal, l'existence d'un réseau scolaire et  catholique majoritaire, la présence de parti à référence religieuse, les pets de nonne et les cruciverbistes (En avant mots croisés de la Foi !)  La Belgique est donc vraiment neutre : je le répète. Son enseignement officiel aussi.
 
Trois écoles bruxelloises de la Communauté française (et non deux comme le précisait un ancien membre du cabinet qui avait dû mal révisé sa copie) acceptent les jeunes filles porteuses d'un foulard : mon établissement est l'un d'eux. Lors d'une discussion dans l'excellente (malgré tout) émission d'Eddy  Caekelberghs, trois invités discutèrent donc des affaires de Charleroi, de l'athénée de Laeken, de l'intégrisme et des règlements scolaires.   Un rapporteur du dialogue inter-culturel ,  le président de la FAPEO, la fédération des associations de parents d'élèves de l'Enseignement officiel, et l'ancien préfet de l'athénée de Laeken où le port du foulard fut interdit il y a peu.  L'ancien préfet, attaché de cabinet sur le départ,  a rappelé les faits, enfin sa vision des faits, une vision médiatisable : à savoir que le conseil de participation de l'école avait soutenu cette décision, suite à une consultation du personnel enseignant (merci pour eux !) Plusieurs remarques me sont venues à l'esprit : je me suis étonné que des professeurs puissent prendre une décision alors que celle-ci est exclusivement des compétences du directeur d'établissement, l'avis du conseil n'étant que consultatif ; j'ai été surpris que la neutralité des professeurs ait connu une violation par une prise de position à caractère philosophique ; je n'ai pas été surpris qu'à l'époque le parti de M. Bastin (il en a fondé un autre depuis, tout aussi religieux) ait vu dans cette affaire une occasion de se manifester à peu de frais sous l'oeil des caméras. Si je résume, avec la mauvaise foi qu'on me connaît, une école officielle belge, neutre, impose l'interdiction d'un foulard, à caractère religieux et supposé intégriste, tandis qu'un parti, fondamentaliste mais autorisé par la loi, manifeste devant ses grilles. L'image est passée dans "Tout ça ne nous rendra pas le Congo" : le paradoxe était clair et la télé en couleurs.
 
Cette situation pose de nombreux problèmes. Je ne suis pas professeur pour juger des convictions de mes élèves : le jugement interdit le dialogue et je tiens à ma neutralité pédagogique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle mes élèves ignorent l'existence de ce blog : non que j'en sois honteux mais parce que mes prises de position personnelles n'ont pas à interférer avec mon enseignement. Et ici le problème se pose : si je suis partisan, par principe et comme individu, de l'abolition des signes religieux dans la sphère publique, je ne puis me résoudre à remettre en cause mes élèves au nom de concession à la peur ambiante. Je n'aime pas les intégristes, quel que soit leur camp, j'abhorre les radicalismes haineux et j'estime que les lois sont indispensables parce qu'elles nous offrent des repères. Mais cela n'empêche pas de critiquer ce qui me semble contestable. Selon moi, ce type de règlement, tout comme une hypothétique loi, l'est très certainement.
 
En fait tout s'est passé comme si l'on découvrait l'existence d'une "communauté" après le World Trade Center : le choc a été profond, comme la suite des événements le prouve. Et depuis, j'ai la désagréable impression que certaines initiatives sont le fruit de la peur, réciproque. J'ai entendu des horreurs après les attentats, puis le mythe de Ben Laden s'est estompé, l'escroquerie du terrorisme musulman s'est révélée aux familles et si mes élèves ne brûlent pas d'amour pour G. W. Bush, rares sont ceux qui trouvent légitimes les actes terroristes. Comme tout adolescent qui se laisse aller à ses pulsions les plus radicales et réfléchit ensuite. Par contre, le foulard, que nous avons exigé discret, est toujours présent, même s'il est minoritaire. Beaucoup de ces jeunes filles ne l'associent pas à une coupure avec l'école où on leur parle de Montaigne, Voltaire, Diderot, Rousseau, Sartre, Camus et les autres, mais plutôt avec un signe d'appartenance à une communauté, sans velléité vindicative le plus souvent. Par contre, certains politiciens et membres de la société civile y voient un signe à géométrie variable, souvent négatif. Les mêmes qui parfois s'indignaient des lettres de menaces adressées à un patron flamand et à son employée qu'il avait autorisée à porter le foulard...  
 
Nous avons une mission (ce message ne s'autodétruira pas) éducative en tant qu'adultes : l'éducation est fondée sur le dialogue et non plus sur la chaire professorale du dix-neuvième siècle. Certains de nos responsables semblent oublier que le recours à l'interdiction ne peut être qu'une dissuasion très inefficace basée sur la stigmatisation d'une différence, dans ce cas et qu'un règlement ne devrait jamais être conçu pour lutter contre l'exception, alors qu'en fait il excluerait une majorité de jeunes filles. Si nous remettons en cause ce tissu au nom de notre perception symbolique de l'objet, je proposerais que l'on impose un tuyau aux élèves circoncis qui se rendent dans les toilettes des écoles, un rasage des barbes de puceaux qui ont des airs d'extrême-gauche, une mise en pli pour ceux qui portent la raie à l'extrême-droite, des perruques pour les skins, des écussons pour les pulls ornés de décoration à caractère politique, l'obligation d'égayer les tenues gothiques, l'interdiction des sparadraps cruciformes, etc.
 
Ces règlements prétendent positionner l'école face aux invasions sociales, rétablir un équilibre et favoriser l'adaptation à la société. L'idée est louable : elle devient désastreuse quand elle sacrifie l'épanouissement personnel des jeunes gens que nous espérons rendre, un jour, autonomes.  
 

Lien vers l'émission "Face à l'info"
http://www.lapremiere.be/ 

Lien vers un dossier constitué par l'Académie de Versailles
http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/laicite/menu1.htm

Lien vers un texte qui rappelle l'évolution de la perception française du foulard

03:08 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

28/08/2005

La chanteuse

La batterie entame le morceau sur un tempo lent, bientôt rejointe par la basse. Les accords de Fever s’accrochent au mur de la boîte : ils poissent les verres huileux de rouge à lèvre, ricochent sur les murs blancs, s’attardent  sur les ivrognes attablés. Enfin, elle apparaît : ses mains se frottent l’une contre l’autre, se nouent, s’écartent. Elles battent, comme des papillons affolés, froissent l’air : les doigts se tendent, fragiles et douloureux., pressent le visage, en froissent les pommettes. Elles se reposent sur les hanches pour remonter le fourreau noir et s’écarter à nouveau du corps qui vibre de tout le rythme de la chanson. Les notes des musiciens s’accrochent dans l’air et rejoignent les ongles délicats qui dessinent un corps, des cœurs, des corps à corps. Les mains se figent sur les dernières notes, signent les dernières paroles : la chanteuse adresse un léger signe de la main, qui s’estompe comme un rêve au cours d’une nuit qui s’efface.


00:50 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

26/08/2005

Chronique de la bêtise ordinaire

                Il y a quelques années, Charles Bukowski nous plongeait dans la folie ordinaire : ses récits d’or brut parlaient de déchéance, d’obsession, de croupissement. C’était bien longtemps avant notre époque de prétendues certitudes, quand contester l’ordre n’équivalait pas nécessairement à y déceler un complot,  à suivre des slogans simplistes ou à apprendre de nouvelles cadences pour passer du pas de l’oie à celui du canard. Comme je n’ai pas l’âge de mes artères, je vais me permettre mon petit quart d’heure de folie  - à défaut de cardeur de matelas, encore un métier disparu – et me plonger, moi qui ai les qualités natatoires d’un opposant argentin qui n’a pas compris qu’il fallait choisir entre le plongeon sans parachute au départ d'un hélicoptère militaire et la qualification pour la Coupe du Monde de baballe au pied en 1978, je vais me plonger, entrepris-je avant de m’interrompre, dans la bêtise toute quotidienne.

 

Je pourrais gloser sur les malheureux candidats de tel ou tel jeu télévisé, assouplis sous la férule d’une Cruella qui n’aurait pas trouvé de dalmatien à sa taille, forcés à se délecter de trois asticots arrosés de jus de mygale fraîche au milieu des écrans de pub de l’ami Ricoré ou placés devant l’horrible tentation d’une paire de miches bien placées qui donne envie de larguer sa planche à pain préférée et de se préparer les mouillettes avec anxiété. A de rares exceptions, ces jeux accordent leur insignifiance à tel point qu’on leur en voudrait presque de couper les écrans publicitaires. Je remarque simplement que l’humiliation, l’espionnage, la violation de la vie privée ou le culte de l’initiation, procédés des régimes totalitaires, sont devenus des spectacles où le plaisir du spectateur réside dans ce sentiment de supériorité éphémère qu’il éprouve enfin vis-à-vis de son semblable : la politique voudrait nous imposer ses méthodes, la télévision nous les vend. Je ne vois donc qu’une solution radicale pour que les politiciens nous persuadent enfin de leur nécessité publicitaire : lors des débats politiques, envoi de sms massif en vue d’éliminer le candidat emmerdeur et suppression d’icelui dans une apothéose tandis que le survivant récolterait le fauteuil bien mérité où il pourrait s’asseoir sur ses suffrages. Mais j’ai dit que je n’en parlerais pas : on ne sait jamais, si un responsable de chaîne venait à passer…

 

La bêtise est comme la jolie fille qui passe : toujours chez le voisin, jamais chez soi. Nous la tutoyons parfois avec cette familiarité qu’autorise la connivence mais en oubliant d’y chercher notre reflet même. Et nous assurons nos affirmations d’une foule de postulats, de doctrines, de convictions qui nous tiennent lieu de forteresse ou de gangue. L’idée préconçue rarement pensée, la causalité pour le plaisir de causer, le sens commun qui n’a rien de commun avec quelque sens que ce soit, l’idée révolutionnaire poussiéreuse, la tradition exsangue nous construisent un univers où notre pensée résume les diversités de la réalité et simplifie les possibilités de notre imagination. Au fond, rien ne change vraiment, les avant-gardistes se spécialisent dans la volte-face, ce qui, si vous me suivez, vous amène à me précéder dans un grand pas en arrière, à moins que vous ne lisiez ce petit texte les pieds au mur, auquel cas je vous souhaite de ne pas avoir opté pour l’un de ces ustensiles pivotants ou à roulettes qui provoquerait d’irrémédiables dommages à votre équilibre. Je vous conseillerai donc d’inverser votre position pour nous permettre de nous voir d’autant que, ô paradoxe, à l’heure où vous lisez ce texte, je ne puis vous regarder étant donné que : primo, il n’y a pas de webcam sur ce blog et vous n’êtes pas en train de « chatter »  (d’ailleurs, la mi-août est dépassée) ; secundo, je ne suis plus présent après avoir écrit le texte, vous n’êtes donc pas au téléphone et je dispose d’ailleurs d’un répondeur ; tertio, il me paraît indulgent de ne pas « admirer » votre prestation , je craindrais de ne pouvoir m’empêcher de proférer une quelconque remarque déstabilisante.

 

Ils assurent, affirment, se tuent à dire (promesse rarement tenue, d’ailleurs, à moins que les politiciens évoqués ci-dessus…) sans jamais remarquer qu’ils monologuent. Béats, satisfaits et confits, ils vaticinent et ressassent des idées au logis (oui, je sais, j’ai  honte) tandis que celui-ci s’écroule.  Ils se tiennent pour des prophètes mésestimés, des visionnaires marginaux : et le visionnaire se fourre le doigt dans l’œil, le prophète se prend les pieds dans le tapis. Et leurs séduisantes théories, échafaudages monolithiques, s’écroulent piteusement sous un sursaut de la réalité, toute dérisoire, qui s’impose. L’économiste se cogne l’orteil au pied du lit, sautille en couinant et songe plutôt à comment rentrer dans ses baskets plutôt qu’au best-of de Basquiat (concurrent bien connu de Jacques Lantier et de Tino Rossi pour les apoplectiques bleu foncé). Le marxiste de stricte obédience, altertout et envers le précédent, s’essaie à une pirouette dorsale qui le mène à se dire, les narines chatouillées par le tapis Oxfam à bouclettes serrées, que le tas, c’est lui. Le religieux, dogmatique en diable  - ce qui le met en odeur de sainteté, étrangement – se met le préservatif à l’index, au majeur, à l’auriculaire, à l’annulaire et même, on peut toujours rêver, au pouce, avant de mettre les bouts (on fait ce qu’on peut, nom de D…)  Leurs pensées, idiotes, nous plongent dans des caniveaux de perplexité (ne cédons pas aux abîmes !) et, dans notre stupeur passagère, nous ne nous demandons plus que croire mais comment croire à ces pitres qui se dévoilent parfois dans leurs plus belles obsessions monomaniaques, dans les caricatures de ces pensées dont ils vomissent ce qui nous restera à jamais indigeste. Enfin, je l’espère…

 

 

Tout ceci pour dire que je préfère mes petits doutes, mes petits rêves à moi, lors de téléfilms idiots parfois (voir photo : avouez qu’il y a de quoi rêver), à toutes ces sinistres constructions qui se prennent au sérieux, ces discours qui en disent long mais n’avouent jamais leur vacuité, ces futilités qui s’imposent comme nos points de mire, ces credos qui prétendent au sublime mais n’induisent que de sales habitudes au nom de leur intégrisme.


04:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

20/08/2005

Eric et les blaireaux

           Un esprit mal avisé, voire chagrin, pourrait envisager, comme un chroniqueur de Charlie-Hebdo, de nommer les partisans de Tony Blair des blaireaux. Il pourrait citer cette prétendue réussite économique de la Grande-Bretagne basée sur un séparatisme européen forcené, sur une extrême précarité de la population qui possède un emploi, sur le nombre de mineurs – plus ceux de Thaetcher, eux sont définitivement oubliés -  qui sont contraints de se trouver un job souvent par nécessité… Il pourrait citer également ce mutant du « socialisme libéral », que comptait d’ailleurs défendre une des têtes pensantes du PS français puisque, sacré bon sang, il paraît que cela marche si bien. Il pourrait évoquer la privatisation des services publics, la pollution de Londres, la politique étrangère en Irak, la politique de sécurité après les attentats, la mort de l’un ou l’autre expert dans des circonstances douteuses, l’une ou l’autre bavure policière, la communautarisation galopante, le Londonistan, les appels aux meurtres défendus par la liberté d’expression, l’histoire de l’Angleterre, l’Ulster, le nationalisme écossais et bien d’autres choses encore… Il pourrait évoquer tout cela, notre mauvais esprit, mais se contenterait finalement d’ajouter des informations aux informations, de permettre un dégagement des responsabilités (souvent crédible, d’ailleurs !)  face à des politiques sur lesquelles pèse l’héritage des années 80 ou même le passé colonial du Royaume-Uni, d’ouvrir le champ à toutes les justifications.

            Le chroniqueur de Charlie-Hebdo a évoqué certains de ces faits, sans doute les plus pertinents. Mais il se montrait davantage perspicace, à mon humble avis que j’ai au moins l’honneur de partager avec moi-même, en pointant les aspects nietzchéens mal compris du blairisme : le culte du gagnant, la volonté de puissance, le mépris de la faiblesse… Tony Blair rêve d’un monde de battants : la vie n’est pour lui qu’une compétition. Tony Blair est travailliste, presque socialiste : presque… il n’imagine pas que quelqu’un puisse rêver d’une vie tranquille, dans son home sweet home. Tony Blair communique bien, il défend ses slogans avec brio à la télévision, il a un discours de vainqueur : lorsqu’il triomphe, il sait ne pas être modeste ; lorsqu’il se retrouve harcelé par des vérités dures à digérer, il pratique la pirouette élégante, un peu comme ces filles en page 3 qui adoucissent de leurs charmes les crapuleux ragots des tabloïds britanniques… Tony Blair ne pourrait être confondu avec Eric Blair.

            Tony est un gagnant, qui a l’assurance des politiciens professionnels. Eric fut policier colonial, militant, baroudeur, chroniqueur et écrivain : un rêveur instable. Tony agit au mieux, Eric ne peut s’empêcher de critiquer son camp, ce qu’il y perçoit en dérive : le premier crée des désastres pragmatiques pour le simple quidam, le second a des visions lucides. Tony aime les gens de pouvoir, Eric ne peut s’empêcher de railler les autocrates et de leur préférer les modestes, ceux qui s’opposent tout comme lui aux totalitarismes ou même ceux qui y cèdent parce qu’ils croient que c’est juste : Eric place sa compassion à fonds perdus. Mauvaise affaire, lui répondrait Tony, moins rentable qu’un fonds d’investissement quelconque, qu’une spéculation boursière ou immobilière. Tony dirige un gouvernement, Eric cède à ses principes. Tony gagne de temps à autre des élections, Eric est le spécialiste des causes perdues : il rêvait de châteaux en Espagne, des châteaux pour les gueux là où Tony aide à bâtir des villas confortables, des hôtels deux étoiles pour clientèle de charter vannée par son hard labour. Tony s’est prétendu socialiste, Eric n’a jamais cessé de croire que le communisme était un idéal et le stalinisme une abomination : le premier a le soutien de son parti, le second fut honni pour avoir eu raison trop tôt.

            Tony Blair est un premier ministre dont l’action aura sans doute des effets durables : jusqu’au nouveau gouvernement conservateur qui évoquera l’héritage, les problèmes de finances publiques, le poids de l’économie pour expliquer leur situation à des gens qui n’ont même pas l’occasion de la vivre, l’économie, juste la subir. Eric Blair restera dans l’histoire comme l’auteur de l’Hommage à la Catalogne, La Ferme des animaux, 1984, comme un esprit libre qui assumait la critique même de ses engagements. Au fond, Eric a eu raison de choisir le nom de George Orwell : il savait déjà qu’un défenseur de principes sociaux ne pouvait se nommer blaireau et que jamais un socialiste ne s’appellerait un jour Blair. Sans cette précaution largement anticipée, certains auraient pu se bercer d’illusion. Au fond, Eric ou George gagneront toujours : à moins de préférer à un engagement lucide et conscient des virevoltes opportunistes claquées sur les sondages de popularité, les cours de la bourse, l'audimat. Peut-être parce que les mots acides gagnent encore contre les jolies images.


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17/08/2005

Eau de Cologne et trou de Bâle...

Le catholicisme est l'expression de la modernité. Jeanne d'Arc inventa le barbecue, Benoît XVI développe les soldes d'août : la continuité médiévale est assurée.
 
Il y a peu, j'émettais un sarcasme lors d'un échange tendu mais courtois avec un défenseur de la foi et des Journées mondiales de la Jeunesse : j'y rappelais l'existence des indulgences que, sous forme de boutade (extra-forte, la meilleure) j'associais avec cet événement médiatique et cucul-bénit. Si les voies du Seigneur me sont restées impénétrables, il semblerait que mon passé catholique me place en communion directe avec Benoît XVI, ex-cardinal en charge de la doctrine de la foi. Ou alors l'un de ses conseillers en image a lu mon commentaire et en a copié l'idée, sans m'accorder le moindre droit d'auteur, bien que je sois plus facile à identifier qu'un quelconque apôtre pratiquant le ski nautique sur les lacs de Galilée (étonnante, d'ailleurs, cette homonymie, n'est-ce pas ?)
 
Le pape, dans un élan de générosité qui ne lui coûte pas grand-chose, a donc décidé d'accorder des idulgences à tous les participants des JMJ. Même si je suis un mécréant notoire, victime de mes mauvaises lectures prodiguées dans une institution éminemment catholique, je ne puis supposer un instant que l'opération commerciale, ou la tentation diabolique, se soit insinuée dans les caves du Vatican. Que nenni ! Honni soit qui manigance !
 
Les indulgences, rachat des fautes bien terrestres et aménagement du temps de purgatoire contre versement bancaire (cartes de crédit acceptées ?), furent dénoncées par Luther : en fait, Luther dénonça surtout celles qui permirent l'édification de la Basilique Saint-Pierre et qui lui assurèrent ainsi une garantie dommages-ouvrage à faire pâlir d'envie le propriétaire  foncier moyen. Selon Benoît XVI, que je n'oserais accuser d'inculture religieuse (en tout cas pas lorsqu'il n'était que Ratzinger) et d'opportunisme  - au fond, cette cérémonie est aussi respectueuse de la foi que le Palais du Rosaire (Lourdes), le Banco Ambrosiano (Vatican + délocalisation sous un pont de Londres) et la canonisation du fondateur de l'Opus Dei  - , l'indulgence serait donc tendance et licite en notre siècle. Il y en aurait même quelques-unes en promotion pour l'achat d'un T-shirt JMJ, d'une bouteille de vin de messe et d'un portrait dédicacé de JP2, le retour. Tarifs non négociables : on ne déconne pas avec le Paradis.
 
Un rappel  à l'ordre des historiens, des sociologues, des théologiens et même de quelques milliers d'ecclésiastiques s'impose : les sots croyaient que nous étions sortis du Moyen-Age ! Morbleu, on ne transige pas avec l'infaillibilité papale : on négocie ses indulgences. Benoît XVI est un grand pape, qui oriente l'Eglise vers la modernité, vers l'avant-garde. Comme le Club Med en son temps, il amène le paradis à portée de toutes les bourses. Enfin un Paradis pas radin !
Benoît XVI ne transige pas avec les valeurs chrétiennes : il les monnaie, tout simplement.
 
Je signale, à toutes fins utiles, que je ne puis être accusé d'être un anticlérical primaire alors que mon éducation dans un collège catholique m'a nettement amené à devenir un anticlérical secondaire : j'ai depuis une sainte horreur de toutes les chapelles.
 

Beati pauperes spiritu
et toutes ces sortes de choses...




05:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

11/08/2005

Ubuscoop : ultimes informations

 Ubupresse, jeudi 11 août 2005, 0h12 (heure locale) : Des réactions en cascade, suite.

"L'ambassade  stgrfzsz erre toujours dans une Huy décidément labyrinthique : aux dernières nouvelles, nos amis stgrfzsz seraient bloqués dans un rond-point clos par cinq sens uniques, aberration circulatoire déjà signalée à l'échevinat de l'urbanisme de la souriante commune et à la bourgmestre. Malheureusement, l'échevin de l'urbanisme fut victime d'une crise d'apoplexie lors de la révélation du plan de circulation et Madame La Bourgmestre est en déplacement depuis lors, en mission diplomatique. rappelons à nos lecteurs distraits que Madame La Bourgmestre a reçu depuis peu maintes distinctions honorifiques qui l'obliegent à des cérémonies protocolaires aux quatre coins de la planète : la courge d'or du Zimbabwe oriental, l'éléphant à branchies de marbre du Punjab, la sucette de platine des Emirats arabes unis...  Mais l'actualité n'en reste pas là : le monde des blogs a, lui aussi, réagi à l'incroyable nouvelle. Nos journalistes, toujours sur le terrain, ont enregistré les réactions de différents blogueurs. Nous préserverons, bien entendu, leur anonymat.


  • D'un blogueur libertarien : "Les Aliens sont-ils au courant que la Belgique est une dictature étatiste insupportable ? Que nous sommes taxés à 70 %, ce qui fait que nous ne disposerons plus que de trois misérables gigamilliards d'euros une fois que l'Etat se sera servi. Et puis, ce n'est pas juste : nous avons la priorité de la propriété de cette planète : nous sommes nous-mêmes des anciens Martiens exilés parce que nous détestons tout ce qui est rouge. Les sagas islandaises du VIIIème siècle, malheureusement perdues depuis, prouvent qui nous sommes. Comme le disaient déjà Custer, Bastiat et Hayek, un bon stgrfzsz est un stgrfzsz privé. Nous ne répondrons pas à cette ultime provocation socialiste  ."
  • D'un blogueur d'extrême-droite  : "Si je dis ce que je pense de ces nouveaux étrangers qui nous envahissent, je vais encore devoir faire face au Centre pour l'égalité des chances, à Résistances.be et à tous les socialo-communistes qui affaiblissent notre nation. Puisque nous n'avons pas droit à la liberté d'expression dans les dictatures démocratiques, je reprends une pils et je me tais." 
  • D'un blogueur d'extrême-gauche :  "L'arrivée des soi-disants Aliens n'est qu'une escroquerie montée par un trust américano-sioniste pour faire oublier le crime de guerre d'Hiroshima, les bretzels homicides, le juste combat du Hezbollah en Palestine contre les ploutocraties, le grand complot du 11 septembre où il ne s'est en fait rien passé. D'ailleurs, les Américains ont déjà mis en scène les alunissages en studio, la seconde guerre mondiale et l'attaque du Pentagone. En plus, ils ne cessent de déformer l'histoire : d'ailleurs, ils prétendent que les colonies de vacances sous Staline étaient des camps de déportation, ce qui est faux bien entendu. Mais nous savons que le prolétariat ne se laissera pas duper. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"
  • D'un blogueur d'extrême-gauche, maoiste  : "Le camarade qui s'est exprimé dans le post précédent vient d'être exclu par le comité central des blogs de notre cellule de Jodogne pour ne pas avoir respecté l'orthodoxie de notre prise de parole et avoir fait preuve d'un individualisme forcené qui prouve sa traîtrise à nbos objectifs. Ce n'est pas parce que nous défendons les mêmes idées qu'il faut permettre à l'un d'entre nous de les exprimer individuellement. Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous aurons retrouvé les références du Livre rouge qui s'accordent le mieux aux actions à mener contre les ploutocrates"
  • D'un blogueur intégriste chrétien : "Accueillir ces créatures, c'est faire offense à Jésus. Nous devons refuser les dons de ces païens : ils sont l'image du Diable. Seul Dieu peut vous offrir le Paradis : pour vous sauver de l'Apocalypse, ayez la foi."
  • D'un blogueur fodamentaliste islamiste : "Le vol des soucoupes volantes a écrit le nom d'Allah dans le ciel. La preuve est faite, même pour les mécréants : seul Allah est grand."
  • D'un blogueur, hôtelier à Huy : "Il était temps que le commerce soit relancé dans la région parce que le chiffre d'affaires n'avait évolué que de 12% depuis le nouveau plan de circulation. Forcément : les gens se sont laissé piéger au début du nouveau plan de circulation. Mais depuis, ils se méfient."
  • D'une blogueuse atteinte d'une légère surcharge pondérale : "Si c'est vrai que les Aliens ont une solution miracle pour maigrir, je m'offre un voyage à Huy : au fait, il y a des plages à Huy ?"
  • D'un jeune blogueur : "Put1, J krwa pa, C koi C aliens ? Je kiffe grav, C pas tt lé jour Ke ta XFile 2van ta mézon"
  • Du professeur de français du jeune blogueur : "Kevin, n'oublie pas ton examen de passage du premier septembre et prends la peine d'écrire sans ces abréviations infectes qui polluent tes travaux, que tu me remets d'ailleurs fréquemment en retard. Je te rappelle également que je refuse les travaux qui me sont envoyés par SMS."
  • D'un blogueur, critique musical : "Je ne sais pas quelle musique écoutent les Aliens mais si vous voulez vous défoncer à Huy, allez écouter les "Bisons sauvages", le nouveau groupe d'économistes recyclés dans la Zik, qui vous assèneront leurs accords lourdingues pendant des heures et des heures. De quoi vous saturer les tympans à vie !"

Ubupresse, jeudi 11 août 2005, 01h12 (heure locale) : Les Aliens nous quittent !

"Huy, cette nuit. L'ambassade  stgrfzsz  a enfin réussi à sortir de Huy, sauvée par son aéronef. Malheureusement,  il semble que leurs pérégrinations hutoises, leur programme de rencontre des politiciens locaux et l'inanité de la majorité des réactions suscitées par leur arrivée les ait découragé de poursuivre leur visite. Ils ont pourtant promis de revenir quand les hommes se montreraient mûrs, courtois et responsables et quand ils ne préfèreront pas leurs querelles stériles et insignifiantes aux plaisirs de la vraie vie." 

 

Ubu, suivant les Stgrfzszs dans leurs voyages, reviendra sans doute à la fin de ce mois.  S'ils disposent d'un ordinateur relié au Net, il est possible qu'il nous envoie de ses nouvelles avant son retour de mission.

A bientôt.

01:32 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

10/08/2005

Ubuscoop : d'autres réactions

Ubupresse, mercredi 10 août 2005, 9h43 (heure locale) : Des réactions en cascade.

"Suite à l'arrivée d'une ambassade  stgrfzsz dans notre beau Royaume de Belgique, les stgrfzszs ont entamé une tournée des divers pouvoirs politiques de nos régions, communautés, provinces et communes, tournées dont l'aboutissement sera la réception au Palais-Royal programmée pour la mi-décembre. A l'heure où nous écrivons ces lignes, notre correspondant auprès des stgrfzszs semble s'être égaré en leur compagnie dans les ruelles de Huy, dont le nouveau plan de circulation avait, en son temps fait couler beaucoup d'encre et d'essence. On dit même, dans les milieux bien informés, que Madame La Bourgmestre aurait envoyé une expédition de secours qui serait en train de mener une circumnavigation autour de la ville mais n'aurait pas encore osé s'y aventurer avant l'arrivée des convois de ravitaillement. Nous adressons tous nos encouragements aux courageux sauveteurs. Mais l'actualité n'en reste pas là : de nombreuses personnalités internationales se sont prononcées sur l'extraordinaire ambassade et sur ses splendides cadeaux. Nous vous en livrons l'essentiel.

  • De GW Bush, président des USA : "Les Aliens sont arrivés, formez le cercle avec les chariots." Après que ses conseillers militaires et Dick Cheney lui ont expliqué la situation, nouvelle réaction "Notre combat du Bien contre le Mal prend une nouvelle dimension : nous devons apporter la démocratie en Belgique" Un plan d'invasion serait déjà mis au point par le Pentagone, principalement axé sur des frappes chirurgicales préventives.
  • De T. Blair, premier ministre anglais : C'est une atteinte à la compétitivité de la livre britannique : l'euro sera encore plus dévalué et remettra en cause la libre concurrence de nos exportations. C'est notre modèle économique de socialisme libéral qui est remis en cause par cette décision irréfléchie. Nous ne pouvons l'accepter. Nous quittons l'Europe pour suivre les USA."
  • De J. Chirac, président de la République française :  "Nous ne comprenons pas la décision de nos amis aliens : le rayonnement de la culture et de la politique française dans le monde est indéniable et ne peut être mis en compétition avec les insignifiantes autoroutes belges. C'est remettre en cause notre modèle de libéralisme social et étatique, inspiré du Général et des aventures de Colargol.Paris dispose de toutes les infrastructures d'accueil : nous déposons notre candidature aux jeux intergalactiques de 2012."
  • De S. Berlusconi, président du conseil : "Ces aliens, je les prends quand ils veulent contre mon Ac Milano et je les invite dans l'une de mes émissions. Ils verront que nos présentatrices ont de la cuisse et de la poitrine. Et promis, cette fois, je ne préviendrai pas la CIA des itinéraires qu'ils emprunteront. Forza Italia"
  • De V. Poutine, tzar de toutes les Russies : "Ces aliens ne mettront pas un pied en Tchétchénie : je le promets solennellement."
  • De Benoît XVI, pape : "Nous espérons que vous croyez en Dieu, le Saint-Esprit, Jésus, la virginité de Marie, la transsubstantation, les sacrements, le célibat des prêtres, l'Opus Dei, le Renouveau charismatique, l'Emmanuel, le groupe Ampère, la méthode Ogino, la théologie augustinienne (désolé, c'est une petite erreur); Dans ce cas, nous vous invitons à une cérémonie de baptême collectif lors des prochaines JMJ. Que Dieu vous bénisse !"
  • De la Commission européenne : "Chers Messieurs stgrfzszs, nous vous invitons à déposer en nos bureaux le dossier de vos aides économiques, afin que nous puissions établir si celles-ci ne violent pas nos règles de libre concurrence."
  • Du Parlement européen : "Chers Aliens, nous vous invitons à rejoindre notre grande aventure européenne. Les documents nécessaires à votre candidature d'adhésion peuvent être retirés auprès de la Présidence du Parlement. Nous y joindrons le texte du Traité Constitutionnel pour lequel il vous faudra organiser des élections libres et démocratiques."
  • De Oussama Ben Laden, réfugié politique sur Mars : "Seul Allah est grand. j'appelle au Djihad contre ces aliens hérétiques qui menacent notre religion. Je lance une fatwa contre ces créatures et leurs alliés américano-sionistes. Notre peuple vaincra." (Ndr : il semblerait que ce message soit un faux, des sources bien informées nous ayant avisé que O. Ben Laden aurait demandé l'asile politique aux autorités stgrfzszs : nous procéderons aux recoupements d'information qui s'imposent)
  • De A. Sharon, premier ministre israélien : "Colonies à vendre, bientôt libres d'occupation. Etat presque neuf. Occasion à saisir."
  • De BHL, philosophe mondain : "Philosophe et écrivain de grand talent, internationalement connu et reconnu, je vous propose de relater votre arrivée sur terre dans un documentaire de pure fiction dont j'ai eu l'intuition. Me ferez-vous la grâce d'une invitation sur votre planète ? Les frais de blanchisserie seront bien sûr à votre charge mais ma diva de ménage vous fera l'obole de ses interprétations subliminales préférées."
  • De Dieudonné, démagogue professionnel : "Comme d'habitude, les anciens colonisateurs sont rejoints par les nouveaux colonisateurs et jouent le jeu des américano-sionistes. Enfin, il paraît que je suis allé trop loin, on exige donc que je m'excuse. D'accord, je le fais mais je n'en pense pas un mot : à bas les complots universels !"
  • De Bono, intermittent des spectacles humanitaires : "Nous, chanteurs engagés, et nos amis des grandes firmes de distribution musicale, nous vous invitons à collaborer à notre prochain spectacle au profit des bouquetins pyrénéens."

Toute l'équipe d'Ubuscoop reste bien entendu à l'écoute des réactions du monde entier et vous retransmettra, dès que possible, des nouvelles de nos amis stgrfzszs, égarés dans Huy. La suite au prochain numéro.

12:48 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

09/08/2005

Ubuscoop : ils sont là !

Ubupresse, mardi 9 août 2005, 18h30 : Les Aliens existent
"Ce mardi à 14h00 (heure de Paris), des extraterrestres ont pris contact avec la terre. On se souvient de l'extraordinaire révélation de l'existence d'une dixième planète dans notre système solaire : celle-ci était habitée. Les habitants de cette planète, qui se nomment eux-mêmes les stgrfzszs, selon une transcription de l'association des professeurs de langues anciennes de Leval-Trazegnies, ont décidé d'envoyer une ambassade en priorité dans notre pays parce que "ses illuminations nocturnes (ndr : nos autoroutes) leur avaient semblé être un geste amical. Mieux encore, l'ambassade stgrfzsz a décidé d'offrir à notre chère nation la somme de dix gigamilliards d'euros en guise de témoignage de reconnaissance et pour sceller la construction d'une aérobase sur notre territoire. Les réactions ne se sont pas fait attendre.
 

  • Du gouvernement fédéral : "C'est avec émotion que je vous annonce un traité d'amitié entre nous et le gouvernement stgrfzsz. Nous allons immédiatement nous concerter pour construire un clé de répartition de la somme que l'ambassade a bien voulu nous offrir en gage de paix. Je peux vous annoncer que notre budget devrait respecter les critères de Maestricht.Vive la Belgique"
  • Du gouvernement bruxellois : "Il est évident que l'ambassade doit être logé dans la capitale, capitale de l'Europe, bientôt capitale de notre galaxie. Nous vous annonçons avec plaisir la création d'un plan triennal de construction d'alien-hotels pour lequel nous espérons que le gouvernement fédéral tiendra enfin ses promesses."
  • Du gouvernement flamand : "Nous sommes prêts à accueillir nos amis aliens à condition qu'ils nous prouvent leur volonté de s'intégrer en parlant flamand"
  • Du gouvernement wallon : "Nous vous invitons, chers aliens, à une visite de notre belle Wallonie, de son circuit automobile, de sa sidérurgie, de sa fabrique nationale, de sa tarte al-djot, de ses boulets sauce lapin. Nos députés régionaux vous accueilleront chacun dans leurs permanences."
  • Du président du PS : "Chers amis aliens, nous saluons en vous une révolution capitale, propre à refonder les bases de nos fondations en des édifices nouveaux qui, bientôt, dresseront notre état au firmament de vos étoiles papillonnantes. Je profite de l'occasion, en tant que président de mon parti, pour vous inviter à un petit drink en le siège de notre parti"
  • Du président du MR : "Chers amis aliens, nous saluons la venue de nouveaux investisseurs dans notre beau pays, qui nous libèreront enfin de la rage taxatoire de certains politiciens qui empêchent le renouveau de la Wallonie. Nous vous invitons au siège de notre parti pour mettre au point votre business plan et vous présenter Frédérique Ries, que vous avez dû voir par satellite"
  • De la présidente du CDH : "Chers amis aliens : c'est Dieu qui vous envoie ! Nous espérions depuis longtemps un miracle pour notre pays, majoritairement humaniste et démocrate. Vous êtes le centre de notre univers, nous sommes le centre de la Belgique : nous sommes faits pour nous rencontrer."
  • Du collège des présidents Ecolo, suite à une concertation des fédérations de base :"Chers amis aliens, vous élargissez notre environnement : vos prouesses technologiques nous font tourner la tête comme des éoliennes au large du Zoute. Ensemble, renouvelons nos énergies."
  • Du président du CDNV : "Beste aliens, c'est un véritable plaisir de vous accueillir dans notre Flandre unie, chrétienne, familiale, économique et laborieuse. Nous vous invitons à une messe solennelle qui se tiendra ce dimanche à Bruges."
  • Du président du VLD : "Beste aliens, nous recevons avec plaisir les futurs investisseurs de notre économie de pointe régionale. Nous vous invitons à parcourir les pôles technologiques flamands qui, sans nul doute, se feront un honneur de vous offrir leurs services à des prix compétitifs. "
  • Du président du SPA. : "Beste aliens, nous saluons votre arrivée et le renouveau qu'elle signifie pour notre belle Flandre. Nous nous permettons de vous rappeler d'attacher votre ceinture en voiture et nous vous invitons à respecter les limitations de vitesse."
  • Du Vlaams Belang : "Eigen volk eerst ! Alien buiten !"
  • Des partis francophones d'extrême-droite, nationalistes ou apparentés : Il n'y a pas de réaction officielle à noter de ces partis. Des meetings se sont tenus dans les bistrots de la Gare du nord à Bruxelles, du quartier de la gare à Charleroi, des Guillemins à Liège (près de la gare). Suite aux réflexions intenses et aux nombreuses dissensions, on dénombre 12 hospitalisations d'urgence, 15 arrestations et 22 états d'ébriété avancée constatés sur la voie publique. La seule réaction, difficilement hoquetée par le président du PFNFNFBNB (on ignore la signification exacte de cet acronyme) serait : "Les étrangers  dehors"
  • Des syndicats : pas de réaction à cette heure pour cause de meeting afin de décider des motions qui établiront les revendications spécifiques à chaque centrale lors des manifestations en front commun.
  • De la FEB : aucune réaction officielle à cette heure. En effet, plusieurs membres n'ont pu assister à la réunion parce qu'ils se devaient de suivre la flambée record des entreprises belges à la bourse de Bruxelles.
  • De la bourse de Bruxelles : "Youpi !"

Toute l'équipe d'Ubuscoop reste bien entendu sur la brèche pour vous présenter les développements de cette affaire. La suite au prochain numéro.

 

20:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Ici et maintenant

La parité est obtenue au moins dans un domaine : les femmes représentent la moitié des logés en extrême urgence à Bruxelles, selon un article de La Libre Belgique. Une augmentation flagrante, tout comme le lot des familles monoparentales qui cherchent un logement à un prix abordable.
 
La Belgique est un pays riche : nombre de Belges sont propriétaires (environ les deux tiers, si je me souviens bien). Mais les aléas de la vie sont parfois tels que la rue est vraiment sur le pas de porte. Depuis des années, on nous bassinne avec des projets de réquisition d'immeubles abandonnés, des projets de logements sociaux. Depuis des années, la pauvreté extrême nous accompagne : le château de la Solitude, les squats incendiés, les SDf au hasard du centre-ville. Depuis des années, on ne peut pas vraiment dire que rien ne change : en fait, j'ai l'impression que cela empire.
 
En 1949, l'abbé Pierre entamait son combat contre la pénurie de logements : plus d'un demi-siècle plus tard, on se rend compte que la bataille contre la misère est loin d'être finie. Pourtant, la France de l'époque subissait le contrecoup des dévastations de la guerre : il pouvait sembler normal que certains n'aient plus de logement. Quelle guerre, actuellement, pourrait justifier l'extrême précarité des sans-logis ? La compétitivité ? L'aboulie politique ? Il y a tant de contemplatifs de nos jours : c'est étrange que lorsqu'un religieux montre, pour une fois,  l'urgence, on ne l'écoute que par crises, alors qu'il dénonce un problème permanent.
 
L'Etat donne des leçons : il prétend aux équilibres budgétaires, au bien-être du pays. A quel prix ? Les propriétaires multiplient les clauses abusives ou jouent de la spéculation immobilière. A quel prix ? Au prix de familles jetées à la rue, auquel l'Etat-Providence arrive à peine à offrir le minimum de dignité : un toit.
 
Dis, l'abbé, je te promets que si tu viens pousser ta gueulante en Belgique, je suis prêt à pousser le cantique avec toi. Viens un peu leur rappeler que la pauvreté n'est pas une nature, qu'elle ne devrait même pas être un état passager.
 

09:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

La conjuration des imbéciles 1

Pascal Sevran est-il un con ? L'idole de la ménagère couperosée, dont les cinquante ans sont un lointain souvenir, le fana du bal du maire de Bergère-les-Gonesses, l'amoureux des acordéons torturés n'officiait, jusqu'à peu, que sur ses émissions respectives qui permettaient de constater l'ardeur du chant essouflé dans les hospices et les rides qui flagellent les vedettes d'hier, qui défendent leur retraite d'aujourd'hui. Au fond, il en faut pour tous les goûts : mais j'avoue que l'alternative de me taper les chanteuses à voir, tout son coupé (Britney, Christina, Lorie...) ou de savourer les exhalaisons anthumes de Dany Brillant (oxymoron évident de son talent) sur les accords mourants d'une Yvette Horner, tous claviers dehors, sous les encouragements de la divette de la Chance aux chansons (autre oxymoron, d'ailleurs) me fait douter de l'existence d'un quelconque dieu auquel je ne croyais de toutes façons pas. Pendant longtemps, j'ai cru que les feulements de Johnny Halliday, dus à une remontée de braguette peu attentive, ou les roucoulades de Tino Rossi, corsitude étriquée oblige, me tiendraient lieu d'ultime torture. Mais non.
 
Pascal Sevran, non content de hanter les plateaux comme une poussière que même Plizz n'a pu déplacer, se pose en moraliste. Il écrit un journal dont il nous réserve les meilleures réflexions au gré des interviews que des journalistes sadiques nous infligent parfois. Pascal Sevran se prend pour Léautaud : il fit bien  -ce qui n'est qu'une manière de parler- un ouvrage à la manière de Perec. Faute de talent, il utilisait la manière. Maintenant, faute d'idées, il ressasse ses convictions ici et là avec, je l'imagine du moins parce que la radio favorise peu ce genre de geste, des hochements expressifs qui lui remue le bas cervelet jusqu'à l'expulsion des ses bribes d'idées.
 
Pascal Sevran a des idées sur tout : il a surtout des idées (merci Coluche !). Ce n'est même pas la nature de ses opinions qui peut déranger : elles sont d'une insignifiance prudhommesque et témoignent d'un conservatisme lourdingue hâtivement fardé d'un plâtras stylistique, pour faire joli. Pascal Sevran, comme le Homais de Flaubert, sait tout sur tout : il feint d'expliquer ses choix, ses coups de tête, ses caprices de divettes. Pascal Sevran est un grand penseur de la modernité : il se prend pour un contestataire audacieux sous prétexte qu'il verse dans le mirage de ses envies, de ses artifices. Pascal Sevran a au moins réussi quelque chose : il nous fait presque regretter Guy Lux.
 
Pascal Sevran est-il un con ? Je m'en voudrais d'apporter une quelconque réponse à cette question : laissons-le s'exprimer encore et encore, jusqu'à ce que lui-même ait trouvé la seule réponse qui convienne.

08:05 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

07/08/2005

Les réalités virtuelles

Etrange outil que la télévision ! Les émissions de télé-réalité y ont presque créé une nouvelle philosophie : outre les divertissements des aventuriers du ouiquainde, des chanteurs de douche, des séducteurs larmoyants ou d'improbables fiancés (celui-là, au moins, était drôle, puisque le scénario y est affirmé !), voici que l'histoire et l'actualité donnent lieu à des reconstitutions.
 
Il devient de bon ton de dramatiser les documentaires historiques : ainsi fut fait avec Hiroshima. Au fond, il s'agit de générer des émotions : cela, le film des Dossiers de l'écran ou de L'écran témoin le faisaient déjà, en assumant leur caractère de fiction. Mais maintenant, il faut disposer du temps d'antenne pour Coca-Cola, même ailleurs que sur TF1, et la dramatisation de l'histoire, le documentaire bidonné sont de mise. Faire ressentir : tel est le mot d'ordre. Plus de place pour l'analyse ou fort peu : celle-ci devient purement contextuelle. Et une décision stratégique de se transformer en une aventure humaine tronquée, parcellaire et partiale... que les écrans publicitaires encadreront avec gourmandise.
 
Il fut un temps où l'émission "Histoires parallèles" avait le bon goût d'allier des documents d'archives aux commentaires pertinents d'un historien qu'interrogeait Marc Ferro, sans doute un des meilleurs historiens français qui se soit spécialisé dans les questions d'image. Le documentaire y gagnait en critique des sources et l'on pouvait concevoir une réflexion critique sur les sources d'information, sur notre manière même de percevoir des faits que nous jugions avérés. Des documentaires comme "L'oeil de Vichy" assuraient cette même qualité.
 
Il fut un temps, aussi, où des critiques intransigeants s'indignaient de l'existence de films comme "La vie est belle" ou "La liste de Schindler", les taxant de révisionnisme sous prétexte qu'ils inscrivaient une fiction dans l'histoire. Ils oubliaient que le cinéma rappelait toujours qu'il n'était qu'une fiction, inspirée de la réalité mais pas nécessairement réaliste. Ils oubliaient qu'une fable de Benigni ou une histoire particulière racontée par Spielberg resteraient des fictions, malgré leur utilisation didactique parfois contestable. Ils oubliaient de surveiller le vrai danger : ces documentaires reconstitués qui, à l'instar des romanquêtes à la BHL ou des steaks de poulet panés, n'étaient que des ersatz bien fades de la réalité dont ils voulaient rendre compte. Ils oubliaient qu'une fiction peut porter des idées universelles sans nuire, tandis qu'un documentaire qui dramatise l'histoire la ramène au rang de l'anecdote, même si quelques interviews brisent (ou renforcent ?) à propos l'illusion.
 
Notre télévision, même dans ses intentions parfois louables, ne trahit-elle pas la confusion de nos sentiments face aux flux des informations dont nous disposons ? Nous préférons souvent les aspects rassurants de l'artifice (dramatisation, partialité, reconstitution) à la compréhension qui nous forcerait à notre remise en cause. Même le spectateur exigeant rêve souvent de certitudes : il s'y pliera ou les contestera mais en les utilisant toujours comme point d'appui. Un jour peut-être assumerons-nous les doutes que notre désir de nous informer intelligemment ne manquera pas de susciter.

23:54 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Light my fire

Il se prenait pour un lumière : son style était ampoulé.

21:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

06/08/2005

Panne d'idée...

Les vacances m'auraient-elles causé de sérieux dégâts ? TF1 aurait-elle disposé de l'espace disponible de mon cerveau ? Mon état végétatif, habituel en vacances, m'aurait-il réellement transformé en plante en pot, noyée sous les litres de flotte qu'un ciel prodigue nous offrit en villégiature ?
 
J'avais troqué l'air enfumé de la ville et de mon tabac pour l'air pur d'une sortie d'autoroute, de vieilles cheminées des restes de la sidérurgie wallonne que j'inspirais à pleins poumons lorsque un rayon de soleil timide osait s'aventurer sur le jardinet tandis que je fumais une cigarette - on ne se refait pas - de bon tabac, histoire de contribuer à la pollution locale, non mais...
 
Des vacances tranquilles, en somme. Le téléphage repenti que je suis s'est aventuré une fois de plus au hasard d'émissions toujours plus réalistes, puisqu'aucun comédien ne pourrait jouer aussi mal, de reconstitutions dramatiques de l'histoire ou de films multidiffusés. Rappelons à ce sujet la règle du film de télévision : la somme de ses diffusions est inversement proportionnelle à sa qualité, à l'exception notable d'Arte si on a le rythme du hibou effarouché par les rythmes de sommeil normaux. Quant aux actualités, que dire sinon que les attentats, les guerres ou les catastrophes produisent leurs inévitables feuilletons, rarement avec finesse, pour autant que les images soient explicites.
 
Quelques lectures aussi, profitables, du moins je l'espère. Je suppose que personne ne trouvera transcendante l'histoire de la littérature française mais les vacances servent aussi à des mises au point culturelles. D'autres lectures, touchant au domaine scientifique, s'avérèrent plus délassantes et intéressantes : j'y reviendrai sûrement.
 
De l'exercice également : le téléviseur étant dépourvu de toute télécommande, je me suis astreint à me lever pour changer de chaîne à chaque écran publicitaire. Manifestement, les chaînes songent à notre santé : j'ai donc essayé d'échapper aux yaourts, aux Oméga 3 (sans doute la suite du 1 et du 2 ?) et aux autres promotions de sonneries de GSM qui nous promettent un univers idyllique. J'ai tout compris : vissé à mon portable, je menais la guerre au cholestérol, armé de tous mes yaourts tandis qu'un amas de barquettes de margarine allégée me protégeait, forteresse inexpugnable.
 
Sinon, j'ai bien dormi.  

15:29 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

06/07/2005

Chansons pour l'amour...

Etrange idée, faire l'amour sur une musique pas nécessairement douce ou capiteuse : céder le le rythme intime pour d'autres arrangements plus voluptueux. La danse est d'ailleurs une imitation de la parade amoureuse des animaux, qui ont eu le bon goût de tout comprendre avant tout le monde. Il est à craindre, d'ailleurs, que cette fâcheuse habitude de danser seul, même au milieu d'une piste bondée, ne soit significative de moeurs beaucoup plus dissolues en public qu'en privé. Hélas, onanisme blues !
 
Je me suis égaré, ce que je trouve fort excusable : les chansons voluptueuses, les pistes de danse et mes petits récitals de musique de chambre encombrent ma petite tête. Et puis, en vacances, tout se relâche, les idées butinent ou se lutinent et le pauvre homme, cochon ensommeillé qui ne demande qu'à se réveiller pendant le reste de l'année, devient presque adepte de nuits blanches : il survole sa concupiscence. Et le romantique échevelé  - puisque les romantiques ne vont jamais chez le capiliculteur - se transforme en boxeur après trois round contre Mike Tyson ou Maurice Béjart ; il en faut pour tous les goûts.
 
L'érotisme de l'oreille : que celui qui n'a jamais frémi  - et je ne parle pas des sursauts d'horreur qui saisissent le mélomane averti à l'audition des hurlements de détresse de Lara Fabian, Céline Dion ou des cris, plus connotés mais aussi peu mélodieux, des chanteuses à voir son coupé -  aux volutes d'une voix capiteuse me jette son premier disque de Chantal Goya ! Au moins, il a la certitude que je le lui rendrai ! Certaines vois émeuvent : voix sucrées, voix éraillées, voix cristallines, voix d'opale, voix d'ébène... J'ai déjà évoqué dans un post précédent les sensations qu'éveillait en moi la voix de Billie Holiday : vous pouvez chercher dans mes archives, en fin si vous voulez, moi je dis ça comme ça, l'air de rien, c'est vous qui voyez...
 
Certaines chansons se prêtent aux envies amoureuses. Relevons-en quelques cas :
  • Californication des Red Hot Chili Pepers : juste le rythme qu'il faut, rien de plus à ajouter, malgré un texte très pessimiste. Accompagne très bien les inconnues qui passent.
  • Ca de Jacqueline Maillan et Bourvil : l'atmosphère change. C'est en fait une parodie du Je t'aime moi non plus de Gainsbourg. A réserver aux couples du troisième âge. Idéal pour les rencontres dans les voyages organisés par l'amicale des Anciens combattants de Rilleux-la-Pape.
  • Les vieux mariés de Michel Sardou : n'a rien compris à l'amour ni à la musique. Sa mièvrerie accompagne très bien les séparations du quatrième âge ou un message du Ministère de la Santé du beau pays de France en pleine canicule. L'équivalent d'une preséntation toute militaire des MST...
  • Lawrence d'Arabie de Maurice Jarre : pour ceux qui trouvent que les plages sont trop restreintes pour leurs amples ambitions. En plus, ça tombe bien : la vantardise engendre vraiment la solitude...
  • My man : si vous le chantez avec cette voix-là, n'hésitez pas à m'envoyer un message. Mais j'exigerai la preuve audio, je vous préviens...
  • Voulez-vous danser grand-mère ? de Chantal Goya : la gérontophilie ne date pas d'hier. Personnellement, je passe. Et puis, il y a toujours un doute : déconseillé à ceux qui jouissent d'un viager. Les mauvaises intentions s'accomodent bien de l'été et des canicules...
  • Jaws de John Williams : très évocateur de la rentrée tardive, nimbée des effluves de l'ivresse, lorqu'on se sent amoureux du monde entier et que l'on retrouve Madame, tous bigoudis dehors et masque au concombre emplâtré sur la face. On passe très vite au requin-chagrin.
  • J'ai encore rêvé d'elle de Il était une fois : implique des frais de blanchisserie, puisque les draps s'en souviennent. Ne surtout pas se souvenir de la chorégraphie des Taloche.
  • Diminuendo and crescendo in blue de Duke Ellington : en 1956, à Newport, une jeune femme blonde serait montée sur scène et aurait dansé face à Paul Gonsalvez pendant tout son solo au saxophone, qui dure à peu près huit minutes.
  • Je t'aime de Lara Fabian : aaaaargh !
  • Short dick man de Twenty Fingers : si madame se sent d'humeur moqueuse. N'empêche, c'est vexant et ça pousse à éteindre la lumière !
  • Smoke gets in your eyes des Platters : ah, l'envie de fumer une cigarette après l'amour. Plusieurs inconvénients : il faut fumer sur la terrasse, on pense à Rudy Demotte et ça gâche l'ambiance, on tousse. Et qui a entendu parler d'une toux érotique ?
  • Moments in love de Art of Noise : très bon rythme, tout en douceur. Double problème : le remix est très long et puis, qui s'en souvient ?
  • Mourir d'aimer de Charles Aznavour : est-ce bien raisonnable ?
  • The girl from Ipanema d'Astrud Gilberto : un peu de douceur dans ce monde de brutes...
  • Chacun fait c'qui lui plaît de Chagrin d'amour : parfaitement adapté aux divorces.

En fait, si vous n'avez pas trouvé votre bonheur dans ces quelques exemples, je vous conseille d'éviter le play-back : au fond, on n'a rien trouvé de mieux que le son direct.

Ubu revient au mois d'août.

A bientôt. ;)

 

21:50 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

04/07/2005

Liberté de la presse

Le 22 mars 2003, un véhicule de presse subit un tir croisé des troupes irakiennes et des forces américaines. Un journaliste britannique d'ITN et son interprète libanais sont tués. Fred Nerac, caméraman français domicilié en Belgique, ne sera jamais retrouvé. Depuis plus de deux ans, sa famille attend et espère.

http://www.fred-nerac.info/

 

Le 16 avril 2004, le journaliste indépendant Guy-André Kieffer est porté disparu à Abidjan : il enquêtait sur le commerce du cacao, principale ressource de la Côte d'Ivoire. Depuis plus d'un an, sa famille attend et espère.

http://www.guyandrekieffer.org/accueil/index.php

 

Depuis le début du conflit en Irak, soixante et un  journalistes ont été tués et deux,  Fred Nérac et  Issam Hadi Muhein Al-Shumari, sont portés disparus. Depuis le début de l'année 2005, trente-cinq journalistes ont été tués, cent neuf  emprisonnés ainsi que trois de leurs collaborateurs et septante-cinq cyberdissidents. Leurs familles espèrent et attendent.

 

http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=19

 

L'information semble couler de source dans les tuyaux du réseau : elle se diffuse à toute vitesse. Elle a pourtant un prix : celui du sang.

 

Post original sur http://jazzfan.skynetblogs.be/


11:22 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

29/06/2005

Sarkozite prolongée...

Nicolas Sarkozy est un grand ministre de l'Intérieur. Perché sur ses talonnettes de redresseur de tort, il va procéder aux nettoyages qui s'imposent sous l'oeil empressé des caméras. Il va nettoyer les bâtiments, les voyous, les clandestins : il reste à espérer que les habitants des Quatre Mille ne soient pas submergés par cette lame de fond d'intérêt que n'ont pas éprouvé les ministres précédents. Ah les Chevènement, Vaillant, Sarkozy et Villepin ! Euh... j'ai cru voir un Sarkozy dans la liste : ce doit être une erreur ? Il est impossible que le plus grand flic de France n'ait pas fait ce qu'il avait promis à l'époque. Ou alors il n'a pas l'habitude du nettoyage : il est vrai que son parti, avant la rénovation de son nom, se spécialisait plutôt dans le blanchiment des factures. Mais c'était une autre époque : les éternels retours des mêmes politiques datent toujours d'une autre époque...
 
Nicolas Sarkozy est un grand justicier. Haussé sur son courage et ses amitions, il accuse le juge qui a libéré le criminel, menace de sanctions, tempête sur ces organes judicaires irresponsables qui livrent les populations paisibles aux criminels récidivistes. Il est vrai qu'il n'aurait jamais voté la loi qui instaure ces mises en liberté conditionnelle. Ah, on m'apprend qu'il était député à l'époque et qu'il a voté la loi en question : nous croirons donc qu'un ministère boulverse la perspective. Et puis, la séparation des pouvoirs d'un état démocratique est une idée ancienne, périmée. Le droit pénal aussi.
 
Nicolas Sarkozy est un grand politicien. Il aime les médias : lorsqu'il peut y plastronner... Il les accuse d'incursion dans sa vie privée peu de temps après avoir organisé des séances de pose en famille. Il les appelle à la rescousse de ses opérations policières, allant même jusqu'à leur livrer des scoops qui retombent comme des soufflés mal préparés. Comme tant d'autres avant lui, il préfère la communication à l'action politique. Il est un politicien comme les autres, qui joue peut-être un peu mieux mais rien de plus.
 
Nicolas Sarkozy est un convaincu. Tour à tour allié de Balladur et de Pasqua, il n'a cessé de proclamer sa conviction d'être le meilleur d'entre eux. Comme Juppé, peut-être finira-t-il professeur au Canada... Peut-être qu'à force d'adopter des tics populistes, il finira par accéder au poste qu'il convoite : orateur circulaire. On veut être Le Cid : on se retrouve Tartuffe
 
Sarkozy est un grand homme : pour notre époque seulement...  C'est là tout son drame.

22:02 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (16) |  Facebook |

28/06/2005

Lâcher d'élèves...

Une année de plus qui se termine. Et une nouvelle promotion d'élèves qui s'en va : comme d'habitude nous en regretterons certains et nous aurons de grosses difficultés à nous rappeler le passage d'autres, perdus dans leur anonymat, leur silence, leur mise en retrait. Cette année-ci, j'avais une grosse rhéto (27 élèves), très conséquente en tout cas dans un établissement en discrimination positive. Quatorze élèves réussissent en première session, dont certains miraculés qui ont sorti leurs ressources en dernière minutes. Quatre sont déjà recalés : conclusion logique d'une année peu suivie, entre négligences continuelles et mollesse persistante. Quant aux neuf autres, nous les attendons en septembre : certains ont connu l'un ou l'autre accident, d'autres connaîtront davantage de difficultés Bref, un résultat final potable.
 
Nous lâchons nos élèves dans la nature : certains se casseront les dents sur leurs études et les quitteront, irrémédiablement déçus. D'autres mettront du temps à trouver ce qui peut marcher. D'autres encore réussiront dès le début et poursuivront leur petit bonhomme de chemin. Nous le saurons au gré de leurs visites, quand un rien de nostalgie les amènera au seuil de notre classe.
 
En fait, nous n'apprenons rien à nos élèves. Toutes ces matières seront bientôt des lettres mortes, comme si nous avions sorti une terre riche de sa jachère sans maîtrise de la moisson. Le peu qu'ils ont appris leur servira les premières semaines et ensuite, une autre vie commencera. En fait, les seules choses qui leur étaient indispensables étaient la volonté et la méthode : la première est de leur ressort, la seconde du nôtre. Et il nous était impossible de leur fixer une approche méthodique sans un support sur lequel s'exercer. Donc, peu importe la matière elle-même ; elle n'est qu'une ébauche, un potentiel à concrétiser ou, éventuellement, à abandonner à jamais. Au fond, nous avons toujours été très clairs avec ce phénomène : le principe, c'est que nos élèves nous dépassent. C'est la seule réaction saine pour un prof, n'en déplaise à la République des clercs, qui ne conçoit que des héritiers soumis à ses ratiocinations.
 
Nous leur avons proposé, ils vont disposer. Leur avenir leur appartient.
 
Bon vent !

08:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

27/06/2005

Toilettage d'été

Ubu, tornade fatiguée, se réveille en un ultime sursaut. Il organise ses liens : les blogueurs qu'il aimait bien mais qui ont décidé de disparaître sont toujours là, un peu à l'écart pour respecter leur sommeil. Les autres se mélangent, anciens, historiques et nouveaux dans une confusion bordélique que le Naboléon de l'Intérieur, le Sar-Cosi-Fan-Tût n'apprécierait pas mais le despote le plus célèbre de ce côté-ci de la rue - la concurrence commence sur le trottoir - ne va tout de même pas entrer en compétition avec un minable nettoyeur, dont l'idéal de vie est sans doute de ressembler à Jean Reno dans Nikita.
 
Ubu est fortuit et ne se prémédite pas : il ignore encore de quoi il pourrait bien parler. La politique l'emmerdre un peu, la musique s'écoute, la littérature se lit. Quant à l'enseignement, franchement, il va l'oublier pendant les vacances pour ne penser qu'à ses loisirs et peut-être à réformer ses cours.
 
Ubu est délétère : il disparaîtra et apparaîtra encore, comme un diablotin sur ressort.
 
Et puis, Ubu doit aller vous lire : il a pris tellement de retard, isolé sur son îlot à flanc de falaise, dans un de ces ailleurs qui n'ont de charme que lointains.
 
Ah oui, j'oubliais : Ubu est soluble dans l'eau, volatile à l'air libre et fond dans la main par période caniculaire.   
 
A tout de suite.

21:25 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

14/06/2005

Blackboard jungle

Du rififi à l'Athénée royal Madeleine Jacquemotte ? Serait-ce la chronique d'une mort annoncée ou le beaucoup plus simple aboutissement d'une somme d'incompétences ?
 
Il y a quelques années, cet athénée passe de 500 à 800 élèves : une sorte de miracle scolaire. Mais les élèves sont volatiles dans l'air poussiéreux des classes : ils s'évanouissent très vite parce que leur présence n'est pas indispensable au bon fonctionnement de cette "école-poubelle", que l'on croirait créée pour rameuter les exclus de tous les athénées bruxellois. Il y aura même un projet d'école des "caïds" , qui aura pour principal résultat la fermeture de la section primaire. Plus viable, l'école primaire ? C'est à voir.
 
Elections communautaires : Pierre Hazette cède la place à Marie Arena. Et les choses changent. Le Préfet de l'athénée et son proviseur sont mis en cause pour leur gestion de l'école, mais en respectant si peu les formes que le cabinet ministériel abadonne bientôt toute poursuite disciplinaire : les enseignants mis en cause acceptent un heureuse villégiature, loin d'Ixelles. Plusieurs professeurs, agressés, sont recasés dans d'autres établissements où ils sont parfois mal accueillis. Et une nouvelle équipe, plus fournie, teintée syndicalement et politiquement, monte au créneau : un nouveau Préfet des Etudes, deux proviseurs et treize éducateurs pour 650 élèves environ et 70 membres du corps enseignants. Au fil des procédures d'exclusion, parfois mouvementées, et des abandons d'une population scolaire instable, le comptage révèle 450 élèves au mois de janvier, sans doute 250 survivants en juin. Une vrai réussite. de l'enseignement de la Communauté française...
 
Seulement voilà, la ministre a promis. Beaucoup. Elle avait promis le maintien de l'encadrement en des temps plus agités : les promesses n'engagent que ceux qui les entendent. De plus, une majorité des enseignants de Jacquemotte sont article 20 : ils fonctionnent en dérogation du statut des enseignants parce qu'ils ne disposent pas des titres requis. En résumé, il s'agit d'un type de contrat particulièrement précaire, soumis à toutes les possibilités de désignation, selon la bonne (ou mauvaise ?) volonté du cabinet, puisque le cabinet désigne les enseignants temporaires ou article 20, ou de la direction d'école, puisque celle-ci émet ses demandes en cours d'années et est supposée respecter les statuts. Finalement, ce sont plus d'une vingtaine de ces enseignants, certains sans diplômes, d'autres pourvus du titre d'ingénieur ou de docteur en quelque chose qui ne convient pas, qui se retrouveront livrés à l'arbitraire des désignations en septembre prochain, victimes d'un système organisé dont ils auront peu profité, en fait. Il est étonnant de remarquer qu'en cette circonstance, la pénurie redevient une réalité alors qu'il y a une semaine seulement, elle était devenue obsolète face au défi d'engager 700 enseignants du fondamental... Le miracle des permanences sociales instaurées par le cabinet Arena ?
 
La ministre avait également promis des moyens financiers pour rénover l'école : ils se sont montés à 17.000 euros pour les bâtiments et la bibliothèque. Je ne commettrai pas l'indélicatesse de comparer ces montants et les travaux programmés dans le bâtiment du ministère : il ne s'agit manifestement pas des mêmes budgets. Et puis, Madeleine Jacquemotte est tout de même moins connue que Surlet de Chokier, non ?
 
Il est vraisemblable que Jacquemotte fermera un jour, épuisée par les épisodes d'une aventure tragi-comique : tragique pour les enseignants piégés par des discours, pour les élèves leurrés par une école qui ne parvient plus à harmoniser ses discours engageants  - ah, le contrat pour l'école - et ses réalités crépusculaires ; comique dans les bouffoneries des édiles impliqués dans la disparition probable d'une école, qui miment l'intérêt au gré de discours pompeux vite clos sur leur propre insuffisance.
 
Les cabinets successifs ont créé le système de l'école "poubelle" dont Jacquemotte n'est qu'un exemple. Une question se pose, au moment où l'histoire semble se terminer : quelle sera la prochaine école à s'attirer l'attention des médias et du cabinet dans la rubrique des faits divers ?
 

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08/06/2005

Des transports peu communs

Curitiba est une ville du Brésil. Il y a vingt-cinq ans, il a fallu y concevoir un réseau de transports en commun. Comme les ressources manquaient, on y créa un métro de surface : ce qui prouve que la créativité n'a pas besoin de moyens. Le résultat ? Un indice de satisfaction de 89%. De quoi faire rêver les usagers de la STIB, qui se raconteront de belles histoires en attendant leur bus au gré d'un trottoir sale ou qui renifleront les vapeurs d'urine d'une station de métro crasseuse.  
A propos, si quelqu'un rappelait un jour ce qu'a coûté le métro parce qu'on avait oublié que Bruxelles était construite sur un marais ? Et si quelqu'un se souvenait que nous avons le bureau des objets trouvés le mieux protégé au monde ? Un véritable abri anti-atomique...
J'imagine la tête des survivants lorsqu'ils découvriront des parapluies en pagaille, des malettes et des cours de réflexologie appliquée...
 

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07/06/2005

Intégration

Pour une fois, je vais reprendre un commentaire qui n'a pas franchement suscité l'enthousiasme. Une blogueuse demandait que l'on donne la définition de l'intégration. J'ai proposé celle-ci :
 
 S'intégrer, c'est admettre que d'autres systèmes de pensée puissent non seulement exister mais être aussi valables que ses propres convictions. S'intégrer, c'est accepter le contrat civil pour vivre dans une société ouverte, même si ce contrat inclut de renoncer à certaines de ses croyances. S'intégrer, c'est essayer de se trouver une place ici et maintenant sans céder à la tentation de la nostalgie des origines. S'intégrer, c'est aimer ses racines mais ne pas se laisser étouffer par elles. S'intégrer, c'est ne pas se sentir exclusivement d'une communauté mais plutôt envisager une vie au milieu de tous. S'intégrer, c'est exercer sa lucidité vis-à-vis de ses propres convictions et se montrer prêt à condamner ce qui nous y semble inacceptable sans accuser qui que ce soit d'autre. S'intégrer, c'est refuser de voir le monde en noir et blanc.
 
J'ai reçu une réponse assez alambiquée dont il ressort qu'il s'agit, selon ma correspondante, d'intolérance. Et de me sortir que l'application des règles religieuses rendrait les choses moins dégoûtantes  et que le monde civilisé n'était qu'un monde de débauche et immoral puisqu'on ne s'y poserait pas de question. J'ai donc apporté une autre réponse, signifiant, en résumé que je ne voyais pas la nécessité de discuter plus avant sur la déformation de mes propos.
 
J'ai cette patience encore lorsqu'il s'agit de discuter avec un élève, de le convaincre que l'école peut encore être un outil d'épanouissement personnel, de le persuader que disposer de connaissances et d'un sérieux esprit critique n'est en rien la destruction de ses propres repères mais leur construction sur des fondations résolues et non pas arrêtées. Mes élèves savent que je suis agnostique parce que l'honnêteté le recommande : ils m'écrivent des textes où leurs idées s'offrent à ma correction. Et même si je m'essaie à l'objectivité, il m'est difficile de ne pas discuter, de ne pas remettre en cause leurs arguments d'autorité, puisque je ne reconnais pas nécessairement les mêmes autorités, s'il m'arrive d'en reconnaître parfois. Seul maître à bord, y compris en déclenchant mes foudres, j'exige d'eux qu'ils jouent le jeu de l'analyse, de la compréhension , de l'esprit critique, en leur rappelant que leur opinion n'a de valeur et de se discute que si elle se construit. Je ne leur demande pas de comptes sur leur résultat final : ils peuvent me le communiquer s'ils le désirent. Mais ils doivent se construire parce que le psittacisme est un esclavage, parce que le pouvoir et la manipulation sont des moyens de pression trop répandus, parce que se connaître permet de se garantir une véritable liberté de penser.
 
J'ignore si j'ai vraiment raison, si je ne crée pas une certaine instabilité chez certains de mes élèves, que j'aurais moi-même mal supportée à l'adolescence. Comme d'habitude, je pose plus de questions que je ne donne de réponse. C'est ma manière à moi d'avancer, le rôle que je m'assigne.
 
J'apprécie mon métier.
 

20:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |