06/02/2005

Carnaval ?

Rite, fête ou tradition ? Le carnaval évoque les blagues d'étudiants de Rabelais, la fête des fous ou les charivaris anciens : des fêtes subversives dans une société de contraintes morales très lourdes. Parfois, il se mue en supplément touristique, en folklore de pacotille ou en tradition pesante, lourde d'un campanilisme obtus, comme dans le chef de certains Binchois. Peu importe : le printemps s'annonce, les gilles se dépoitraillent (façon Serge Poliart) et les oranges volent bas. Alors : tous en fête en attendant le printemps ?

20:42 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

30/01/2005

Salut l'artiste...

L'hiver en pente douce

22:02 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Vraiment n'importe quoi !

C'est contraint et forcé que le tenancier de ce blog passe la petite annonce suivante :
 
Albéric Delamare, jeune canard bien de sa personne, bonne situation et palmes sur terre, recherche jolie cane, belles palmes, plumage seyant, bec accroche-coeur et magret proéminent, afin d'entamer parade nuptiale. Ecrire à la rédaction qui fera suivre (ben tiens !)

21:41 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Communiqué

Le comité de défense des canards agressifs nous a intimé de diffuser le droit de réponse qui suit.

Nous nous excusons auprès de nos commentateurs pour ces désagréments à répétition : notre casa est envahie de canards, actuellement, et leur nombre fait leur force. Malheureusement, le tenancier de ce blog a perdu le numéro du Commissaire Magret et de ses Mulards. De plus, il se voit dans l'impossibilité de les appeler à la raison malgré une défense acharnée à coups de plumier.  





Canes, Canards, Canetons,




On nous exploite.




On nous spolie.




On nous chasse.




Réagissez !




Canardez les connards !




Faites-leur rendre gésier !




Tirez dans tous les coin-coins !



Vendez cher votre appeau !



Le secrétaire général de la CDCA



NB : J'ai l'impression que j'ai dû prendre un truc qui ne passe pas trop bien. J'ai comme un coup de barre, là : je vois vraiment des canards partout.
 





Coin coin











21:10 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

27/01/2005

Auschwitz

Pourquoi commémorer ? Parce que les survivants meurent petit à petit tandis que de nouveaux bourreaux se manifestent. Parce que les mots génocide, ségrégation, extermination ne sont toujours pas des mots historiques mais des pratiques actuelles. Parce qu'on ne s'amuse pas avec les morts. Parce que les bourreaux ne méritent aucun pardon.

05:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |

24/01/2005

Avis de mobilisation

L'invasion a commencé.
Les pigeons n'étaient
qu'une avant-garde.
 Notre mère-patrie est submergée
par le mulard et le barbarie.
 
Même la police collabore.
 
Luttons ensemble
pour un ciel serein,
Luttons contre les passe-droits
et les palmes académiques.
 
Canardons tous azimuts.
Laquons-les.
Bouchons-leur un coin.
 
 
Notre Nation,
Région,
Communauté,
Province,
Canton,
Commune,
Quartier,
Rue,
Maison,
Jardin,
Cabane au fond à gauche
Vaincront.
 
Mouvement de libération et de lutte mondiale
 contre les canards déchaînés
qui mugissent dans nos campagnes.
 
En fait, faut bien écouter.

22:35 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

23/01/2005

Manifestation

Le Front de libération ubuïste

Vous invite

A une manifestation continue et permanente.

A chaque aberration constatée,

Opposez votre folie douce.

 

Embrassez les impolis,

Pelotez les contractuelles,

Chatouillez les contrôleurs,

Câlinez les colériques,

Papouillez les atrabilaires.

 

Empruntez les trottoirs

Et ne les rendez jamais.

 

Faites rougir les feux

Et les agents.

 

Et n’oubliez pas de regarder

Tout autour de vous

La misère,

La joie,

Le plaisir

Et la mélancolie.

 

Et surtout,

Souriez

Malgré tout
 
Armand Padmaile
Ubu de La Case Folle

20:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

22/01/2005

De la douche au bassin...

Ma ministre a pondu son œuf : ça y est ! Je l’ai vue au journal télévisé : pimpante, souriante, fraîche et éminemment politicienne. Enfin elle ne levait plus les yeux au ciel, comme lorsque des enseignants lui faisaient part de leurs expériences de terrain, parfois douloureuses ; enfin elle ne pleurnichait plus, les yeux bouffis d’un shampoing mal appliqué, puisque des cheveux comme les siens s’entretiennent. Elle voulait notre bonheur : elle l’a fait. En tout cas, nous sommes priés de le croire…

 

C’est un phénomène étrange : chaque ministre doit marquer son territoire, histoire qu’on se souvienne de lui autrement que par des frasques, des pataquès ou des frusques. Il y eut un Val Duchesse glorieux, où le PRL prit de grandes décisions qui aboutirent à des aménagements des grilles horaires : un ami à moi eut l’insigne horaire de voir ses heures de math ramenées à 3 périodes par semaines, officiellement, mais suivies, faute de moyen, dans un cours à quatre heures par semaine. Sans doute le résultat de ce parcours vers l’autonomie : il lui fallait récupérer chaque heure qu’il n’avait pas eue parce qu’il était intelligent. Di Rupo (PS) instaura ensuite le NTPP : nombre total de périodes pédagogiques, pour le commun des mortels. Il est toujours en vigueur et obsède tous les chefs d’établissement : c’est en fonction de lui que les classes s’organisent.  Onkelinx (PS) vint avec sa rationnalisation budgétaire d’une Communauté française qui agonisait déjà, cinq ans après sa création : les écoles fusionnèrent, certaines disparurent et plus de trois mille profs disparurent. Pierre Hazette (MR) instaura une réforme du premier degré tandis que Nollet (Ecolo) s’en prenait au primaire et Dupuis (PS) au supérieur pour la mise en application des accords de Bologne : des plans toujours aussi ambitieux et toujours impraticables. Ces deux dernières années, les chefs d’établissements ont reçu au moins deux cent circulaires : leurs compétences de lecture ont dû s’améliorer. Je passerai sur les assises de l’enseignement, les diverses consultations, les revalorisations de l’enseignement de qualification ou du métier d’enseignant,  le bilinguisme prévu en 2001 (tiens oui, spreekt u Nederlans ? Moi pas !), les mouvements du menton suite aux enquêtes Pisa, les commissions de pilotage (créées à peu près au moment où Francorchamps était en péril !), les socles de compétence, les évaluations formatives ou certificatives ou sommatives (biffer les mentions inutiles), les compétences terminales, les évaluations externes ou communes, etc.

 

Je ne parle là que de ce que j’ai vécu, comme élève ou comme prof. Chaque fois, l’enseignement est au centre des préoccupations. Chaque fois, les profs sont davantage désabusés : leur dernière contestation en force n’a rien donné, d’ailleurs, il y a huit ans. Et le plaisir d’être en classe se voit submergé par les promesses qui n’engagent même pas ceux qui les claironnent, les tâches administratives ineptes qui resteront lettres mortes, les grands plans qui nous mènent droit dans le mur.

 

Bien sûr, je vais encore me battre contre ce qui est ridicule ou dangereux dans celui-ci : après première lecture, 90% du texte. Je vais encore m’insurger contre ces ministres de gauche qui parlent de gouvernance, en les admirant de créer un nouveau jargon cosmétique pour chacune de leurs fumeuses idées (ah, euphémisme, quand tu nous tiens !), qui jettent au bassin l’enseignement officiel et public, qui confondent effets d’annonce et actions de terrain… Ce qui sera surtout pénible, c’est de ne plus penser à toutes ces c…ries, à toutes ces douches écossaises,  quand je serai en classe et de me dire que j’aime encore mon métier. Si on me laisse le faire…  

 

http://www.contrateducation.be/index.asp

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19/01/2005

En mon palais ?

« Vous n’aurez pas ma liberté de penser » ânonnait une voix jacassante bien connue du Top 50, l’un de ces contestataires qui prétend à la révolution lorsque son seul confort est en cause. Sa liberté de penser, je n’en voudrais pas : je craindrais de devoir m’essuyer les pieds pour rentrer dans sa chapelle, de m’efforcer à un respect que je ne ressens pas. Je me sens parfois comme un sans idéologie fixe : cœur à gauche, hémisphère droit et   tête haute. J’apprécie les principes, les convictions, même les croyances mais je refuse de me les voir imposer sous prétexte que ce serait bon pour moi, comme ces médicaments efficaces parce qu’ils ont mauvais goût. Les doctrines se vident quand elles prétendent dominer la réalité : nous nous racontons notre vie avec des idées, jolis mots qui oublient notre petit quotidien, essaimé de gestes anodins, de paroles insignifiantes, de plaisirs insoupçonnés. Comme l’avait dit Tristan Bernard  -ce ne sera sûrement pas lui, avec ma mémoire qui me joue des tours, ces temps-ci-,  « il ne faut compter que sur soi mais pas trop ! »

 

A force de se poser des questions, l’indécision vous guette. Que vaut un indécis au pays des décisions stratégiques, des plans de campagne,  publicitaires ou militaires, la différence s’estompe ? Quand le doute s’échappe de la réalité, quand nous prenons nos déserts de haut, nous vivons et avançons : nous refusons des certitudes permanentes et admettons enfin que nos idées sont provisoires, comme nous. Etre raisonnable ? L’humanité n’a progressé que grâce à sa puérilité, ses passions, ses tocades : ses élans l’entraînent plus avant, chaque jour. Elle se risque tout entière, se parie et se féconde en se jouant d’elle-même.

 

Que sais-je ? Que je prends plaisir à écrire ce que j’écris, à lire ce que je lis, à laisser aller mes pensées. Je vagabonde en électron libre, un peu fou parfois, qui s’aventure où il peut et adresse des clins d’œil aux nuages. Mon école ? Buissonnière, forcément, la seule qui vaille.

 

Suivez la flèche.
 

Illustration d’Armand Pasdmaile


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15/01/2005

Communiqué aux petits pois...

Les statues du square Delcominette, l'amicale des porteurs de chapeaux, le front indépendant des porteurs de casquettes (provenant d'une scission historique du précédent), Nike, Stetson, Reebok et Elvis Pompilio nous ont fait parvenir le communiqué commun suivant :
 
Nous devons constater que les multiples plaintes et interpellations des pouvoirs publics n'ont servi à rien.  Chaque jour, nous subissons les assauts de cette faune sauvage ces pigeons déliquants qui nous agressent de leurs fientes corrosives et, pourtant, le gouvernement n'agit pas.
Nous avions pourtant proposé des solutions réalistes et pragmatiques pour que cessent enfin ces nuisances intolérables : plan de vol déterminé par le ministère de l'agriculture, brigade volante de répression des fientes, fêtes de la musique, DCA et ballons publicitaires captifs.
Nous étions raisonnables : nous n'avons pas été entendus.
 

Nous nous sommes donc résolus à agir par nos propres moyens.
Les plumes vont voler !

Editeurs responsables
Armand Padmaile
Ubu de La Case Folle







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13/01/2005

L'humanité n'a pas de prix...

Quelques propos de gens particulièrement responsables  cités dans le Charlie-Hebdo du 5 janvier.

 

De Eddy Wong, analyste en chef pour l’Asie chez ABM Amro : « Il est évident qu’avec de si importantes pertes en vies humaines, il faudra beaucoup de temps pour nettoyer les débris, enterrer les morts et retrouver les disparus. Mais ce n’est pas nécessairement un si grand événement en termes économiques. Les dommages subis par les bons hôtels ne semblent pas graves. Même si certaines chaînes hôtelières ont pu être affectées, il y a aussi des gagnants en termes économiques tels que les producteurs de ciment. »

 

De Vijay Tilakraj, cadre à la maison de courtage Cholamandalan Securities Bombay : « Ce n’est pas que la communauté des courtiers soit indifférentes aux désastres et à la douleur. Ils sont très préoccupés mais une réaction aurait été visible si les affaires avaient été affectées, ce qui n’est pas le cas. Le sens des affaires semble dominer tout le reste. »

 

De Denis Kessler, président général de la SCOR : «  C’est une catastrophe par le nombre de victimes mais, d’un point de vue économique, les dégâts sont relativement limités. Je ne parle pas des villages de pêcheurs, de toutes ces petites villes qui vivaient du tourisme, mais il faut savoir qu’aucun grand port de la région n’a été touché, ni les grandes installations industrielles. Or, c’est cela qui est très coûteux. Il y a bien entendu des sociétés d’assurances qui assuraient les complexes hôteliers et qui vont subir des dégâts et les conséquences de ces dégâts, c’est-à-dire des pertes d’exploitation, ce qu’on appelle « business interruptions » dans notre jargon. Mais tout ceci reste, à l’échelle du globe, mesuré. »

 

Ouf, merci messieurs : sans vous, nous aurions pu perdre la tête et croire que 160 mille morts et 2 millions de sinistrés constituaient une catastrophe humanitaire. Merci de relativiser la mort, quand elle n’est pas trop coûteuse, la misère, quand elle reste lointaine et de garder votre sang-froid. Vous nous rappelez heureusement que la sympathie, l’assistance aux victimes ne sont pas l’essentiel : en fait, il ne s’est rien passé, comme il ne se passe rien au Darfour, en Afrique centrale, dans les bordels de Thaïlande. En fait, il ne se passe jamais rien tant que l’économie n’est pas affectée…


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07/01/2005

Discrimination positive ?

"M'sieur, c'est pas un Arabe au moins ?" Cette question m’a été posée par une de mes élèves suite à l’annonce de l’arrivée d’un remplaçant. Elève d’origine marocaine, comme la majorité de la classe : les autres sont Turcs, Congolais, Ruandais, parfois sans papiers. Tous sont allochtones et la plupart d’entre eux proviennent de la commune, des quartiers résidentiels ou, le plus souvent, des quartiers populaires. Nous sommes dans une école à discrimination positive, expression imbécile mais qui se concrétise par quelques moyens de fonctionnement supplémentaire. Mes élèves viennent majoritairement d’un ghetto inavoué : j’en ai eu qui n’avaient jamais été au cinéma, d’autres collègues rappellent à leurs souvenirs les gosses qui n’avaient jamais eu un stylo-bille en main. Les gosses du Kosovo, du Ruanda, de Tchétchénie, d’Albanie qui avaient dû tout laisser derrière eux et les gosses d’origine immigrée : une année en classe d'adaptation pour certains, primoarrivants,  puis ils intègrent les classes normales. Et voilà qu’une gamine, dans mon école, dans ma classe, me pose cette question… « Je l’ignore. C’est important ? » On me répond : « M’sieur, les profs arabes, ils font n’importe quoi ! » J’avoue que je reste perplexe et que je flotte un rien. « Vous vous fichez de moi ? C’est une blague ? »

Et non, pas une blague… La discussion aidant, et d'heureux contre-exemples aussi, ils m'ont expliqué ce qu'ils pensaient : à savoir cette impression de désintérêt vis-à-vis d'eux, de volonté de les voir se replier dans une communauté, même à l'école, comme certains d’entre eux le sont dans leur quartier. Leur ras-le-bol d’avoir des profs parfois incompétents (ça, il y en a partout) et surtout leur impression de se réserver les profs allochtones comme s’ils étaient une sorte de dépôt. Ils reconnaissent que certains sont bons mais ils pensent qu’il y en a trop dans l’école. Et ils respirent depuis qu’ils sont au degré supérieur : là, il y en a beaucoup moins. Je reste très perplexe face à leurs propos, très révélateurs de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ou qu’on leur renvoie d’eux-mêmes. Tous les arguments sortent : la réussite d’anciens élèves, le fait que les profs sont des profs, la réalité de la jeunesse bruxelloise, les difficultés de l’intégration, etc.

Pourtant, je reste songeur.  On ne peut pas parler franchement de racisme à l'embauche dans l’enseignement : même si le statut exige la nationalité belge, comme dans la fonction publique,  les dérogations existent. Donc, la plupart des profs de l’établissement sont belges, comme la plupart des élèves, en fin de compte. Cependant,  il y a cette manière particulière de gérer la "pénurie" et de discrimination à l'affectation des profs. On enverra donc en priorité les profs allochtones ou qui n'ont pas les titres requis dans les écoles réputées difficiles, avec les problèmes que cela pose : face à des élèves qui ont des problèmes linguistiques parfois aigus se retrouvent des collègues qui éprouvent eux-mêmes des difficultés avec le français...  Et on répercute les inégalités scolaire dans la gestion du corps enseignant : comme il y a peu d’élèves des ghettos dans les bonnes écoles, il y a peu de profs allochtones. Quant à la pénurie, elle est artificielle dans les établissements à discrimination positive : on dissuade les titres requis de s'y aventurer en leur laissant entendre que les travail est pénible, comme à l'athénée Jacquemotte où 70% des profs sont articles 20, ce qui coûte moins cher à la CF, puisque le salaire est moindre,  et permet de faire pression vu leur statut très précaire, puisqu’il suffit de ne pas les reprendre dans l’établissement. Enfin, il arrive parfois que l’on nous envoie les profs dont personne ne veut plus : ceux-là ont le titre mais sont « finis ». Sans doute suppose-t-on que la catastrophe passera inaperçue chez nous (ce en quoi on a tort !) ou ne donnera lieu à aucune réaction (et là, malheureusement…)

De nombreux profs se démènent pour gagner le pari de l’intégration, malgré les vents contraires : ils essaient de faire leur boulot correctement, en dépit des circonstances parfois très défavorables.  Ils exigent beaucoup de leurs élèves et d’eux-mêmes : ils jouent le jeu à fond pour obtenir des résultats tangibles. Ils refusent le communautarisme et restent intransigeants sur les matières qu’ils abordent, sur le travail à fournir, sur la réussite personnelle de leurs élèves. Si on les laisse faire ?  



16:57 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (59) |  Facebook |

05/01/2005

La guerre de l'humanitaire ?

Ce petit post est né d’une lecture attentive des commentaires de textes précédents. Je me suis donc pris au jeu d’aller m’informer au hasard, sur le net, en ne gardant, autant que possible, que des sources sérieuses : il y a des moments où il est nécessaire de faire confiance à la presse. J’avoue ne pas comprendre les rivalités concernant les dons : je pense que pour les sinistrés eux-mêmes, peu importe qui donne et en quelle quantité ?  L’inquiétude de l’ONU réside dans le manque de certitude de certaines promesses, même si les pays moraux et des pays pauvres ont promis et parfois déjà  donné, même si certains agissent déjà sur le terrain : le tremblement de terre de Bam n’a suscité que 54% des sommes nécessaires, comme le rappelle Jan Engeland, coordonnateur de l’aide d’urgence à l’ONU. C’est un peu comme cette promesse sans cesse répétée de renforcer l’aide aux pays en voie de développement : les promesses ne coûtent rien à qui les fait.

Mais une donnée vient peut-être donner de l’espoir : actuellement, l’opinion publique se sent concernée et les initiatives privées ou locales se multiplient comme au Canada, en France ou dans les pays du Proche-Orient. Les dons privés dépassent parfois les promesses officielles  et battent des records, à tel point que MSF a lancé un appel pour l’arrêt des dons concernant son organisation et ses opérations spécifiques : une situation inédite !

Sans doute, l’aspect spectaculaire de nos médias, les refus politiques de certains gouvernements qui privilégient des options contestables au détriment de leurs sinistrés (comme l’Inde et ses zones militarisées) ou les élans « généreux » de l’un ou l’autre organisateur de voyages écoeurent  - en tout cas, moi, ils m’écoeurent – parce que les priorités sont une fois de plus accordées à des prétextes alors que le temps presse de manière dramatique pour éviter que la catastrophe ne se développe en un désastre sanitaire.

Bien sûr, il y aura des malversations ;  bien sûr, il y aura des détournements de fonds et de la corruption ; bien sûr, d’autres sinistrés mourront encore parce qu’aux difficultés réelles s’ajouteront les mauvaises volontés coutumières, le goût du spectacle ou la cupidité des affaires, qui seront toujours les affaires ; bien sûr, la charité n’est pas la justice et un don n’est qu’une aide ponctuelle. Le pire à craindre n’est pas là : ce serait plutôt que la mobilisation, en feu de paille, s’éteigne doucement, avant même la fin de l’urgence. Et l’urgence est loin de sa fin…

 

Sources

Proche-Orient Info

http://www.proche-orient.info/xjournal_pol_doc.php3?id_article=34361

Tourisme et action humanitaire ?

http://permanent.nouvelobs.com/societe/20050104.FAP4939.html?0816

Canada

http://radio-canada.ca/regions/Ontario/nouvelles/200501/04/012-tsunami-mardi.shtml

MSF

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3216,36-392968,0.html

Le Monde : la France

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3216,36-392837,0.html

Action ONU

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3210,36-392855,0.html

Course contre la montre

http://www.reuters.fr/locales/c_newsArticle.jsp?type=topNews&localeKey=fr_FR&storyID=7234295


00:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (28) |  Facebook |

02/01/2005

L'enfant

Il est couché : il est pâle et fatigué,  sa sueur coule sur les vieux draps. Sous la tente de fortune, ils sont des dizaines dont les gémissements percent la nuit, malades comme lui mais il se sent seul. Ses parents sont morts là-bas, au village, avant l’évacuation. Pour une fois, ce ne sont pas les militaires qui ont tué : il a d’ailleurs été étonné, il n’avait jamais vu de soldat sans arme. Ils avaient l’air plus jeunes sans arme, plus jeune que ses parents. Ses parents sont morts, sa soeur est morte et lui reste couché dans le lit de camp de l’hôpital de campagne.

Il serre dans sa main une photo, la photo d’un jeune couple avec son bébé : ils sont beaux et démodés, sa sœur vient de naître, lui viendra l’année suivante, ils ont la vie devant eux. L’épidémie les a tués : son père s’est couché d’abord, puis sa sœur et enfin sa mère. Il a peur des lits. Les rues du village restaient désertes, hormis quelques enfants comme lui qui partaient à l’abordage de leurs rêves. Quelques hommes épuisés se rendaient encore aux champs, quelques mères essayaient de s’occuper des malades. Et puis l’évacuation les a dispersés. Il s’endort à l’abordage d’un nouveau rêve

L’infirmière s’est approchée : elle a vite compris qu’il ne respirait plus. Elle fait signe aux brancardiers pour qu’ils emportent le petit corps. Elle jette un coup d’œil à la photo sur laquelle la main s’est crispée : un jeune couple, un bébé et un gamin de cinq ans sourient au photographe, de plus en plus lointains.



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01/01/2005

Ce post m'a été envoyé par Armand : je le publie parce qu

Ce post m'a été envoyé par Armand : je le publie parce qu'il me semble bien résumer la situation présente sur plusieurs blogs. A cause des cloportes, certains doivent vider leurs commentaires, d'autres ont dû les supprimer, d'autres en sont venus à supprimer leurs blogs. J'ai pour le moment eu la chance de n'avoir droit qu'à des commentaires signés : j'espère que cela durera. Mais je ne suis pas optimiste au point de croire que ce qui est arrivé à d'autres, que j'apprécie, ne nous arrivera jamais. Merci à ceux qui signent, quels que soient leurs tendances, leurs goûts, leurs plaisirs ou leurs opinions : c'est et ce sera toujours un plaisir de discuter franchement avec eux. Merdre aux autres qui devront apprendre à ramasser leurs petits besoins d'ânonymes et à les emporter loin, plus loin, très loin.  

La Vérité d’Armand
Quelques malfaisants du monde des blogs m’obligent à sortir de mon cimetière et à rédiger le post suivant:
Les cloportes
Depuis quelques temps, ces sales bêtes envahissent sournoisement les blogs. Ils viennent d’abord seuls, puis par couples et enfin en famille et en cohortes serrées. Au début, c’est amusant de les voir lancer leurs urines et leurs selles sur celui qu’ils ont élu «souffre-douleur». Les autres bloggeurs ne pipant mot par prudence (c’est le mot gentil pour «lâcheté»), ils s’enhardissent, deviennent plus nombreux, versent dans l’insulte ou réalisent des «blagues» de très mauvais goût.
Attention, quand la première victime sera tombée, les cloportes, qui ont besoin d’excréments pour survivre, trouveront une, puis deux… nouvelles victimes jusqu’à ce que plus personne ne puisse exprimer ses idées… et c’en sera fini avec les blogs! En médecine, avec des microbes, cela s’appelle septicémie.

Armand




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30/12/2004

Rêves de feu

Bonne  année

À tous les passagers.

Le commandant Ubu

Vous souhaite

Un bon voyage

Dans vos rêves

Les plus fous.


 


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Tsunami

Si vous désirez faire quelque chose,
même à titre symbolique,

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28/12/2004

Catastrophe

Pour les 25 mille, peut-être 40 mille victimes des tsunamis en Asie du Sud, il n’y avait pas grand-chose à faire, si ce n’est développer certaines mesures de détection et des plans d’évacuation. On évoque également un million de personnes en situation très précaire suite à la catastrophe : l’aide internationale va venir, on l’espère, en conséquence. Sera-t-elle plus efficace que d’autres aides, bien pauvres encore, des aumônes en fait ? L’Unicef rappelle qu’un milliard d’enfants vit quotidiennement dans la misère. La Fao, organisation pour l’alimentation et l’agriculture, rappelle que 815 millions d’affamés peuplent notre monde et que les aides des pays riches ne feraient baisser ce chiffre que dans plusieurs décennies : ces aides sont d’ailleurs moins importantes que les richesses transférées par les travailleurs d’origine immigrée vers leurs pays d’origine. Le BIT (bureau international du travail) constate qu’environ 1,4 milliards de travailleurs gagnent moins de deux dollars par jour. Pendant ce temps, nous disposons de ressources suffisantes pour nourrir à leur faim 22 milliards d’individus : mais seuls ceux qui sont solvables seront servis. Les politiques d’aide alimentaire, américaine comme européenne, se créent des marchés captifs, des ressources à bas prix et cassent les cultures vivrières locales depuis des années : un bas morceau de bœuf, subventionné par la Communauté, coûte moins cher sur les ports africains que les productions de l’intérieur du pays, faute de structure de transport. Merci la Politique agricole commune ! Quant aux cultures locales, on leur substitue ce qui est exportable et les multinationales agro-alimentaires brevètent à tout va le patrimoine local.

Certaines catastrophes sont inévitables : agir sur un mouvement des plaques tectoniques est hors de notre portée, la nature nous dépasse inéluctablement et nous ne pouvons que soutenir les victimes de ces ravages. D’autres pourraient être évitées : elles sont produites par un système économique qui n’assure que quelques positions dominantes au détriment du plus grand nombre, elles sont le fruit de cette globalisation qui déraille parce qu’elle assure des monopoles là où devrait se mettre en place un commerce équitable. Les secondes ne sont pas des calamités naturelles : elles sont des politiques économiques délibérées depuis des dizaines d’années. Pour longtemps encore ?   



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27/12/2004

Clowneries 5 : la fin

Les sbires d’un télévangéliste qui le trouvait plutôt télégénique l’amenèrent chez leur chef : mais Jérôme ne voulut rien entendre, le show-business le lassait décidément et il se voyait mal faire le guignol pour convaincre le pékin moyen qu’il avait avantage à changer deux âmes sales pour une propre, cadeau bonus à l’appui. Le grand prêtre, gourou de secours d’une masse d’éclopés, de désoeuvrés et de vrais escrocs qui avaient trouvé leur maître, le remballa donc, séance tenante, au shérif de l’endroit, un sien cousin qui avait bataillé dans les Batignolles contre des avocats en robe verte, pas mûrs donc, et en justaucorps serrés, ce qui leur donnait très mauvais caractère : essayez messires et vous comprendrez ! Le shérif, pas mauvais bougre mais il fallait bien assurer la paix sociale, les élections, les frais de scolarité de ses enfants reconnus ou non, en plus de ceux de quelques-unes de ses maîtresses pas vraiment majeures mais il faut bien se détendre et puis on prend de mauvaises habitudes à force de fréquenter des prêtres et des politiciens, même qu’il restait de temps en temps une semaine en prison histoire de se refaire l’innocence et de s’égarer, à l’instar de l’auteur du conte, le shérif, disais-je avant d’être grossièrement interrompu par moi-même –il me faudra me ménager des comptes en tête à tête, un de ces jours, quand je l’aurai à nouveau à moi mais à force d’emprunter de multiples personnalités, de revêtir la psychologie de personnages improbables, j’ai parfois l’impression de ne plus me reconnaître le matin dans mon miroir, même quand je cligne de l’œil, et d’ailleurs je galèje derechef –  le shérif, ultimerai-je, décida de s’en laver les mains. Il proposa, parce qu’il aimait bien les clowns, de proposer la libération de Jérôme en le plaçant en compétition avec un cuistot crade, tendance nouvelle cuisine, qui réussissait à merveille le soufflé de cancrelats sur son lit de mouches fraîches : ainsi , la partie serait jouée. Le peuple choisit la libération du cuisinier, se disant que les surgelés n’étaient pas faits pour les chiens.

            On emprisonna donc Jérôme. Sa bande essaya bien de le délivrer, à l’exception notable de Tom, un des nains qui l’avait dénoncé aux autorités et qui passa trois soirées dans un bar branché à essayer de gravir un tabouret haut juché, auquel son veston à carreaux s’accrocha, le laissant en mauvaise posture : Marco, un des nains, resta suspendu aux barbelés de la prison ; Peter fut catapulté sur l’un des murs par un gardien irascible et s’y écrabouilla les os dans un grand pan spongieux; enfin, Jeannot et Matt, les deux géants, se firent dégommer en couvrant la fuite des autres, tant le géant décoré comme un arbre de Noël est une cible facile, même pour un gardien de prison beurré comme un petit Lu (cette publicité clandestine me permet de vivre, merci !). Un dimanche d’automne,  on tira Jérôme de sa prison et on l’amena à la potence cruciforme. Faute de corde, on l’y cloua. Il mourut vers les trois heures, à temps pour permettre à tout le monde de goûter en famille. On l’enterra à la sauvette : des clowns survivants sans doute. Il ne ressuscita point.


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26/12/2004

Clowneries 4 : la dérive

Elle mourut bientôt, suite à l’incompétence patente d’un médecin qui jugeait bon d’émailler ses ordonnances de calembours hâtivement recopiés de l’Almanach Vermot entre deux parties de golf, de papiers de sécurité sociale où manquait toujours une attestation ou une vignette et d’un contrat d’assurance privée dont les petits caractères expliquaient bien, pourtant, que l’on assurerait que les retournements d’ongles selon un certain angle et les panaris siffleurs. Jérôme en conclut une certaine rage : les villes où le cirque s’arrêta en firent souvent les frais. Les commerçants frémissaient lorsqu’ils voyaient débarquer les treize clowns – les deux géants et les trois nains excellaient dans les opérations combinées de vandalisme – avides de se colleter avec le monde entier et de décaper les rideaux gris de leurs farces éclatantes. Ils remplacèrent les filtres de couleur d’un carrefour particulièrement vital : les automobilistes, perturbés par les feux violets, rose saumon et bleu pâle, s’abandonnèrent à un monstrueux carambolage et crurent rêver en entendant les Pouêt-Pouêt idiots des véhicules de police, autre méfait de nos clowns. Ils projetèrent des confettis sur des peintures fraîches, versèrent du bleu de méthylène dans les réservoirs d’eau, arrosèrent façades et trottoirs de farine dérobée à un camionneur, estourbi et ligoté dans des guirlandes de Noël. On ne comptait plus les agressions à la langue de belle-mère, les coups de mirlitons qui tonnaient dans la nuit, les pétards qui résonnaient dans les hôtels de ville hantés par des fonctionnaires bleuis, enfarinés et couverts de confettis. De pauvres policiers furent molestés et couverts de goudron et de plumes. Des bénitiers furent remplis d’encre et gâchèrent les messes dominicales. Des panneaux ignorés du code de la route firent leur apparition. Des boîtes aux lettres officielles furent scellées, soudées ou engluées. Des tonnes de lessive furent larguées sous une pluie battante. Les habitants se terraient dans le refuge précaire de leur domicile dont la cheminée se retrouvait parfois encombrée d’oiseaux agressifs, la pas de porte de chiens furieux attirés par des kilos de boudins, les portes d’une rue complète se retrouvant parfois reliées par du fil de fer. La terreur règna jusqu’à ce que la police finisse par arrêter Jérôme, seul,  dans le square où il cuvait.

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24/12/2004

Joyeux Noël-Noël à tous.  

Joyeux Noël-Noël à tous.

 


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Clowneries 3 : le travail

Engagé dans un fast-food, il y multiplia les pains et les fishsticks, abreuva les tablées d’eau transformée en vin par l’adjonction de poudres diverses, picrate qui fut à ce point miraculeux qu’il réveilla quelques morts et pas mal d’ulcères. Son visage y faisait sensation mais l’attrait de la nouveauté s’estompa bientôt. Alors, il commença à vivre d’expédients : difficile de faire la manche pour une bille de clown ou de mener à bien un cambriolage. Il s’engagea bientôt dans un cirque de passage et y devint bientôt garçon de piste. Un jour où il revenait vers le cirque avec une commande de douze pains d’épeautre, à destination des trois nains et de deux géants dont l’estomac avait des délicatesses peu communes et dont le transit intestinal souffrait pour les uns de la hauteur, pour les autres de l’atterrissage prématuré, il entendit  une voix douce. Il lâcha les pains, qui rompirent leurs chaînes et s’enfuirent vers des pâturages plus verts où ils crurent retrouver leurs racines et ne rencontrèrent que des oiseaux de passage. Il se retourna et regarda : une paire de jambes minces, un tutu, un chignon blond et un visage plein de souvenirs qui baignaient dans un regard vert.  Jenny de retour, rencontre de hasard de l’adolescence devenue femme, Jenny qui rentrait dans son monde : ne trouvant guère de contenance, il s’étala. Il fut rejoint et ce ne fut pas la dernière fois.
Le patron du cirque avait un problème : homme autoritaire mais superstitieux comme pas deux, il s’était toujours fait un devoir d’entretenir une troupe de treize clowns, nains et géants compris. Seulement voilà, sa vedette avait décidé de quitter les aléas de la vie de saltimbanque pour les joies de la banque où, employé modèle, il deviendrait tellement apprécié qu’il pourrait exercer un mi-temps payé temps plein et demi avec quatorzième mois à la clé, ce qui prouve d’ailleurs que le milieu bancaire est beaucoup moins superstitieux que celui des artistes et ce qui explique sans doute pourquoi on parle rarement des intermittents de la finance mais je ne me serais pas égaré, par hasard, dans une digression dont la poésie apparaîtrait sûrement à un lecteur attentif, ce que vous êtes sûrement et ce dont je vous remercie avant de m’arrêter.  Donc, notre directeur se retrouvait avec douze clowns, nombre ridicule, et devait en trouver un treizième : peut-être que le petit jeune, oui vous savez le garçon de piste  acoquiné à sa trapéziste… Jérôme put enfin s’exhiber sur scène sans que nul ne frémisse et il se découvrit la force comique, sans doute parce que grâce à Jenny il se sentait enfin à l’aise dans ses baskets taille 52, faut-il le rappeler. Jusqu’au jour où Jenny tomba gravement malade…

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23/12/2004

Clowneries 2 : enfance et adolescence

Teint blanc à faire envie aux cachets d’aspirine, lèvres et nez rouges comme des cerises-tomates transgéniques - vous ne connaissiez pas encore : en fait, on a manipulé génétiquement des cerises et des pastèques et poum, voilà : on peut faire maintenant de la purée de cerises, une sauce bolognaise à la cerise, de somptueux Cherry Mary, des ravioles de flétan sauce cerise et plein d’autres plats qu’on peut agrémenter également de kiwis-citrouilles, si on aime vraiment la verdure sucrée ! – et des sourcils noirs : bref, une bille de clown.  Ajoutons que ses parents eurent la surprise, mais on n’en était plus à une grande découverte après les quolibets subis à la maternité, de lui voir pousser des cheveux fâcheusement hirsutes et nettement multicolores.  Bref, Monsieur et Madame Lacrèche envoyèrent bien quelques faire-parts de naissance mais en noir et blanc. Ils évitèrent le baptême, tant parce que cela rappelait un peu trop à Monsieur son boulot que parce qu’ils encaisseraient difficilement des fous rires hystériques d’un curé censé incarner la douceur : ils le non baptisèrent donc Jérôme, histoire de ne pas avoir à le décrire en public. Jérôme grandit dans la douceur qui sied à tout enfant : il arrachait les poils des chiens, les ailes des mouches (voire plus, si affinités) et constata très vite que les mouches se défendaient beaucoup moins que les chiens. Il connut quelques incidents avant de rentrer à l’école : un groupe de guêpes myopes confondit sa bouche  avec son essaim naturel, ce qui lui donna une élocution pâteuse pendant quelques temps, juste au moment où il apprenait à parler. Passons sur son entrée à l’école maternelle, où tous les enfants pleurèrent en le voyant ou parce que c’est la rentrée, on l’ignore. Passons sur la frustration de ses institutrices, qui auraient bien voulu être gentilles avec le petit difforme mais se rendirent vite compte que dans le cas de Jérôme, l’habit faisait le moine, à condition d’avoir une idée plutôt perverse du moine. Et puis, allez réagir aux exactions d’un gamin insupportable sans lui intimer de cesser de faire le clown.

            Jérôme, en dépit d’un nombre élevé de dépressions nerveuses dans le corps professoral et d’une forte envie de ses parents de l’inscrire dans une institution pour aveugles, grandit relativement normalement : à vrai dire, ses pieds se développèrent un peu vite, ce qui justifia l’intervention d’un orthopédiste bègue, qui se souvint d’une anecdote amusante d’un sien cousin dermatologue au sujet d’un bébé-clown. « B…b…bon ssssang, mais c’est b…b…bien sssûr »,  osa-t-il en son fort intérieur, prouvant que les phrases incomplètes n’étaient pas une tare de famille  et qu’il avait bien choisi sa voie en renonçant à une carrière d’orthophoniste. Jérôme chaussa donc du 52 fillette assez vite et s’en tint là. Lorsqu’il entra à la grande école, c’était un assez beau bambin, pour peu que l’on ne s’attardât point à ses deux extrémités, ce qui arrivait rarement, il faut l’avouer. Son adolescence se passa plutôt normalement : il eut même un certain succès auprès des demoiselles, dont une certaine Jenny, sans doute parce que ses déboires antérieurs lui évitèrent les problèmes acnéiques « propres » aux adolescents de son entourage. Et puis, se faire rouler des patins par un clown, c’était un fantasme inavoué des nymphes qui l’entouraient. Quant aux études, son intelligence vive et son discours net, hormis un zozotement de guêpe en furie (un souvenir de son enfance ?), déstabilisèrent ses professeurs. Il devint cuisinier qualifié.

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22/12/2004

Clowneries 1 : la naissance

Il était né la nuit de Noël, d’une mère femme de chambre et d’un père plongeur. Ses parents, qui travaillaient dans le même hôtel, avaient fricoté une nuit, à la fin de leur service : les deux étoiles clignotantes de l’enseigne illuminèrent sporadiquement leur accouplement bref mais intense  -qui donna bien des idées à plusieurs chats du quartier, lesquels miaulèrent de dépit par la suite en découvrant que même s’ils pouvaient se dresser sur leurs pattes de derrière, l’excitation du moment les amenait inéluctablement à se casser la gueule et que, décidément, les minettes avaient des griffes, qui leur permettaient d’écarter les pauvres matous, jamais à l’abri de l’atterrissage agressif d’une pantoufle, d’une botte ou d’un bahut breton, si les voisins sont particulièrement costauds et bretons, et il y a qui osent parler d’une vie de chien, je vous jure, c’est scandaleux, amis félins : organisons une rave party, un meeting ou un colloque pour la reconnaissance de nos droits ! On nous brime, on nous spolie : je ne serais pas en train de m’égarer un rien, là ? – sur les poubelles débordant d’enthousiasme et de poulet froid (poisson froid, le samedi matin : heureusement, c’était un jeudi !) où les matous s’égaillaient joyeusement, ce qui prouve que le conteur aussi peut parfois retomber sur ses pattes. Les pattes du plongeur, humides encore de liquide vaisselle, plongèrent  dans le tablier de la femme de chambre : comme elles apprécièrent ce qui s’y trouvait, elles développèrent certains sujets que la décence m’interdit de nommer ici et puis, on peut tout de même leur laisser un peu d’intimité. D’ailleurs, à part les étoiles, les chats et moi, personne n’avait rien remarqué.

            De cet instant de plaisir, outre un passage des tenues de travail dans les machines à laver de l’hôtel (les poubelles, ça tache !), naquit donc, neuf mois, quelques échographies et papiers de mutuelle plus tard, un beau bébé. Enfin, beau mais étrange : le médecin accoucheur faillit le lâcher de surprise quand, après nettoyage, le nouveau né s’avéra maquillé de naissance. Problème de pigmentation : telle fut la conclusion du dermatologue appelé en urgence, une fois son fou rire passé. Un cas intéressant : cela il le dit immédiatement après, révélant à la fois qu’il avait des difficultés avec les phrases complètes  - sujet/verbe/complément, c’est pas compliqué tout de même ?- et qu’il pensait aux colloques somptueux où il pourrait organiser des soirées diapos avec ses copains, en n’oubliant pas les commentaires comiques de rigueur : peut-être qu’à l’occasion, il sortirait même un verbe, rien que pour tous les épater.


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20/12/2004

La poupée

Une gosse chavirée écoule des larmes sales

au fil du temps qui la lacère

Yeux exorbités, jambes craquelées

La Sphynge plane dans la grisaille

ìlluminée des petits matins de la défonce

Un peu de bave sur un peu de boue

Un bras bleui par le temps qui baisse

La poupée de paradis toute fripée

Glisse du banc, embrasse l'asphalte

Et se vomit


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18/12/2004

Le vieil arbre

Un vieil arbre esprit sentencieux

se sent frémir et pleure les feuilles de sa carcasse

Ses émotions qu'il croyait ébranchées

le battent et lui déchirent la raison

Il se laisse aller à ressentir

la peine de n'être qu'une croyance

Sans pouvoir exposer ses sens il chute rouge et or

Et s'écartèle les racines dans la terre

et hurle un appel froid à la hache

pour devenir cercueil et berceau des amants méconnus

L'amour le brûle, l'embrasse au plus ferme de sa chair

Au premier coup un peu de sève s'accouple stérile

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Enseignement soldé

Le psychodrame semble se dénouer : la douche d’Arena a fait office de bain de vapeur. Pendant ce temps, on ne parle plus des sujets qui fâcheraient. On oublie les résultats de l’enquête Pisa (http://www.agers.cfwb.be/@librairie/documents/ressources/A007/index.asp) : une logique du constat n’amène pas une action construite. On oublie de commenter la consultation des enseignants (environ 10% de réponses!) et les projets inclus dans la Déclaration commune, signée par à peu près toutes les organisations représentatives, qui ont juste oublié d’en informer leurs membres ou affiliés auparavant : sans doute est-ce une nouvelle manière de faire fonctionner la démocratie « institutionnelle ». Le texte pratique la langue de bois dans toute sa splendeur : il laisse un goût d’écharde, d’autant qu’il ne recueille, jusqu’à preuve du contraire, que l’approbation des hiérarchies d’organisations qui n’ont, à ce propos, représenté qu’elles-mêmes. Evitons d’ennuyer les enseignants, qui sont sur le terrain et ne comprendraient rien à la bonne gouvernance. Ne préoccupons pas les parents qui ne connaissent pas le jargon institutionnel. Ne perturbons pas les élèves, qui n’ont pas encore le droit de vote et qui coûtent beaucoup trop cher. Et surtout, ne revenons pas sur les causes profondes d’un échec global de l’enseignement de la Communauté française : le citoyen serait obligé de conclure à un échec de la Communauté française elle-même et de s’adresser aux (ir)responsables qui l’ont gérée. Et puis, une génération sacrifiée de plus, des gaspillages supplémentaires, une soumission du service public aux exigences des rares entreprises qui ne délocalisent pas, ne font pas faillite ou ne restructurent pas, qu’est-ce que ça change ? Rien, forcément, quand l’institution perd sa crédibilité, entraînant un chœur émouvant d’organisations dans son marasme grotesque au nom du plus petit commun dénominateur, sans doute. Désolé pour les élèves qui s’efforcent, les parents qui s’investissent, les profs responsables : vous n’avez plus voix au chapitre puisque la page est déjà tournée. D’ailleurs, les premières négociations se produisent déjà et vous l’ignorez, inculte que vous êtes : on travaille pour vous, on vous prépare un beau cadeau ces temps-ci et vous devrez l’accepter, que vous le trouviez à votre goût ou pas. Au moins, vous serez informés, jusqu'à ce que la baignoire à bulles d'un MR, le distributeur de canettes d'un PS, l'indemnité de vélo d'un Ecolo ou la subvention aux bénitiers d'un CDH vous distraie et vous indigne.  Une ministre de plus marquera son passage par une improbable réforme de l’enseignement, jusqu’à la prochaine : on n’oserait dire que l’enseignement public se solde à bon compte ces temps-ci, même si ce n'est pas un phénomène inédit. Dont acte.

 

 http://www.agers.cfwb.be/@librairie/documents/textes_officiels/041129_DC.pdf

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17/12/2004

L'ivrogne

Il est assis : ses jambes sont lourdes, ses yeux sont fatigués. Il est face à son verre : l’éclairage clair du bistrot se reflète, traverse parfois le liquide, lui éclabousse les yeux. Ce qu’il était avant de rentrer s’accroche à lui : l’ivresse n’est pas encore assez forte. Il veut s’oublier, verre après verre, ne plus penser à ce qu’il délaisse, noyer son angoisse à grands flots jaunâtres. Ses lèvres baignent dans une nouvelle amertume. Il ne retournera pas au boulot, chez lui ou ailleurs : il ne bougera plus. Ses gestes pataugent, sa tête part en vrille et sa main renverse le verre.

La serveuse s’approche, avec un torchon qui en a vu d’autres. Elle éponge mécaniquement. Lui regarde, hébété, la main fine, remonte le bras puis l’épaule. Il voit le visage encore juvénile, doux et réservé : elle se sent observée et le regarde, avec un petit plissement des yeux. Il rougit de son ivresse : il voudrait la lune. Il combattrait des dragons, des ogres, des géants, même des créatures qu’aucune imagination n’a encore inventées : il commande un café en bégayant. Elle lui sourit, décidément. Douze cafés et quelques passages aux toilettes plus tard, il se sent à nouveau frais. Le café est fermé, les clients sont partis et Don Quichotte a retrouvé Aldonza : il est à nouveau heureux.  


16:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

La vendeuse

Le sourire se coince : la fatigue épuise les zygomatiques, les étire. Il faut se concentrer : le client attend d’être servi, il paie son respect et exige la politesse, des prosternations. Il faut être gaie jusqu’à l’épuisement : et mon sourire, je vous l’emballe aussi ? Il faut, il faudrait, j’aurais voulu : la paire de ciseaux attaque le papier avec plus de violence, comme s’ils voulaient se lancer dans une parabole bien sèche et se loger dans l’indéfrisable de la cliente qui offre des chaussettes, un porte-serviettes et un raton laveur déshydraté. Les nœuds du ruban se font rageurs. Les parfums lourds de la pluie et les musiques de fêtes, entêtantes, lui poissent le crâne : elle a envie de fuir où on ne sent rien, où on n’entend rien, elle voudrait perdre la tête. Musique aussi dans le métro, mêlée aux odeurs d’aisselles : silence de son appartement qui sent le renfermé, l’abandon. En quelques mouvements, elle se déballe et se couvre de ses tenues confortables : un rien de douceur. Elle se regarde : elle n’a plus cette élégance professionnelle qui impressionne le chaland du lèche-vitrine, le client aux ruts inavoués. Ses cheveux retombent au hasard, le démaquillage laisse respirer la peau. Elle se sourit dans le miroir : elle s’aime quand le soir lui appartient.

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16/12/2004

Le fou

Pas à pas : des trolls hideux le traquent et ses jambes sont lourdes. Il titube : une fée lui tend ses bras blancs. Ses peurs s’exhalent en petits cris, en sueurs moites. Ses jambes lui échappent, il heurte les obstacles : des rochers, des arbres, des pierres qui mollissent dans la chaleur étouffante. Sous les frondaisons, l’éclat insoutenable du soleil semble le poursuivre, comme si chaque rayon avait le désir de le transpercer pour s’abreuver de son sang. Ses goules familières le harcèlent, des harpies lui déchiquètent le foie : des peuples de fourmis, de chenilles, de scolopendres lui parcourent le corps. Et lui poursuit sa course d’une horrible lenteur avec ténacité, jusqu’aux rivage paisible d’un lac où il se plongera et s’abreuvera, bercé d’innocence. Le fou soliloque sur la place froide : le soleil d’automne glisse sur les volutes de sa barbe hirsute. Les badauds le regardent, consternés : le coup d’œil lourd de ceux qui croient se rendre quelque part. Ils sursautent, surpris par ses petits cris, s’émeuvent parfois. Ils oublient qu’il vit chaque jour ses propres aventures où eux n’existent pas, ne sont que des contours de paysage insignifiants. Le fou sourit à son reflet dans un lac qui frémit sous la caresse du vent, qui perce sous la flaque où trois papiers gras et deux  feuilles mortes achèvent de se noyer.

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